vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106198 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MARECHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Marechal, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 10 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de reclassement ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'ouvrir à son bénéfice une nouvelle période de préparation au reclassement d'une durée d'un an avec maintien de son plein traitement et de lui proposer un reclassement dans le cadre des personnels administratifs sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 70 778,84 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de reclassement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite du 10 mai 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;
- en refusant de la reclasser, le ministre de l'intérieur a méconnu l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 Janvier 1984, les articles 2 et 2-1 du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 relatifs au droit à la préparation au reclassement ;
- alors qu'elle a formulé pour la première fois sa demande de reclassement le 12 janvier 2018, le ministre de l'intérieur a commis une faute en s'abstenant de donner suite à sa demande dans un délai raisonnable, ce qui lui a causé un trouble dans ses conditions d'existence et un préjudice financier ;
- le ministre de l'intérieur a commis une faute en s'abstenant de la reclasser, droit qu'elle tient de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 Janvier 1984 et qui constitue un principe général du droit ;
- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice financier qui s'élève à 45 778,84 euros, son préjudice relatif à son droit à retraite et à avancement qui s'élève à 15 000 euros et son préjudice moral qu'il convient d'évaluer à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n°84-1051 du 30 novembre 1984 ;
- le décret n° 2018-502 du 20 juin 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est fonctionnaire de police depuis le 1er décembre 2004. Elle a été placée en congé maladie ordinaire avec maintien de son plein traitement à compter du 19 décembre 2016. Le 28 juillet 2017, elle a sollicité son reclassement dans le corps des personnels administratifs du ministère de l'intérieur. Le 28 novembre 2017, le comité médical interdépartemental l'a déclarée définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions. En décembre 2017, Mme A était placée en position de disponibilité d'office pour raison de santé. Le 12 janvier 2018, elle a renouvelé, sans succès, sa demande de reclassement. Elle a été maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé du 19 mars 2018 au 19 mars 2020, date depuis laquelle elle se trouve hors position. Par un courrier du 8 mars 2021, la requérante a demandé au ministre de l'intérieur de procéder à son reclassement et de l'indemniser des préjudices qu'elle estime subir du fait de cette situation. Le 10 mai 2021, le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté ladite demande. Mme A demande l'annulation de cette décision implicite de rejet, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à son reclassement dans le corps des personnels administratifs et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 70 778,84 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la demande de reclassement :
2. Aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / En vue de permettre ce reclassement, l'accès à des corps d'un niveau supérieur, équivalent ou inférieur est ouvert aux intéressés, quelle que soit la position dans laquelle ils se trouvent, selon les modalités retenues par les statuts particuliers de ces corps, en exécution de l'article 26 ci-dessus et nonobstant les limites d'âge supérieures, s'ils remplissent les conditions d'ancienneté fixées par ces statuts. () / Il peut être procédé au reclassement des fonctionnaires mentionnés à l'alinéa premier du présent article par la voie du détachement dans un corps de niveau équivalent ou inférieur () ".
3. Aux termes de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " La mise en disponibilité ne peut être prononcée d'office qu'à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues à l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / La durée de la disponibilité prononcée d'office ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. / Toutefois, si, à l'expiration de la troisième année de disponibilité, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du comité médical prévu par la réglementation en vigueur qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions ou faire l'objet d'un reclassement avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement ".
4. Lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un fonctionnaire se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi, y compris relevant d'une catégorie inférieure, si l'intéressé l'accepte.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté plusieurs demandes de reclassement en date du 28 juillet 2017, du 12 janvier 2018 et du 8 mars 2021. A la suite de l'avis du comité médical départemental du 28 novembre 2017, concluant à l'inaptitude de Mme A " à toute fonction active ", son administration a, comme elle y était tenue, procédé à la recherche des possibilités de reclassement. Dans l'attente de ce reclassement, l'intéressée a été maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé par plusieurs arrêtés des 5 avril, 16 juillet 2018, 8 mars, 14 octobre 2019 et du 7 juillet 2021. Aux termes de l'arrêté du 14 octobre 2019, la demande de reclassement de Mme A était, à cette date, toujours en cours d'instruction. Par suite, à la date de la décision implicite de rejet, le 10 mai 2021, l'administration, qui n'avait pas licencié Mme A, était toujours tenue de reclasser l'intéressée. La requérante est donc fondée à soutenir qu'en adoptant la décision implicite de rejet de sa demande de reclassement, l'administration a méconnu l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat.
En ce qui concerne la demande de préparation au reclassement :
6. Aux termes du dernier alinéa de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit, selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat, à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif ". L'application des dispositions résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était tributaire de l'intervention de dispositions réglementaires fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif, lesquelles ne sont ainsi entrées en vigueur qu'à la date d'entrée en vigueur, le 23 juin 2018, du décret susvisé du décret du 20 juin 2018 instituant une période de préparation au reclassement au profit des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions.
7. Ainsi qu'il l'a été dit au point 5, Mme A a présenté sa première demande de reclassement le 28 juillet 2017. L'avis du comité médical départemental concluant à l'inaptitude de Mme A " à toute fonction active " a été adopté le 28 novembre 2017. Il s'ensuit que la situation de Mme A était juridiquement constituée avant l'entrée en vigueur du décret du 20 juin 2018 instituant le droit à la préparation au reclassement. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration a méconnu son droit à la préparation au reclassement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est seulement fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 10 mai 2021 en tant qu'elle refuse de procéder à son reclassement.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard au motif d'annulation de la décision implicite du 10 mai 2021, et au regard des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a seulement lieu d'enjoindre à l'administration de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de Mme A, dont la demande de reclassement était toujours en cours d'instruction au cours de l'été 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le délai de reclassement :
10. Il résulte de l'instruction que Mme A a présenté plusieurs demandes de reclassement en date du 28 juillet 2017, du 12 janvier 2018 et du 8 mars 2021. L'administration ne fait état d'aucune diligence pour faire droit à cette demande avant le 29 novembre 2019, date d'envoi d'une première salve de fiches de poste. Ensuite, entre le 29 novembre 2019 et le 30 juin 2023, l'administration a adressé à Mme A plus d'une vingtaine de fiches de poste et s'est enquis régulièrement de l'avancée des démarches de l'intéressée pour retrouver un poste. L'administration indique par ailleurs sans être contredite avoir proposé à la requérante de rencontrer un conseiller en mobilité professionnelle, invitation restée sans réponse. Mme A de son côté n'a jamais répondu à ces sollicitations à part dans un courriel succinct du 19 août 2020 où elle affirmait avoir une piste pour un poste et élargir ses recherches aux postes de catégories B et C. Enfin, la requérante, qui a déménagé dans un autre département en 2021, a refusé le dernier poste proposé, le 30 juin 2023, au motif qu'il ne se situait pas dans son département de résidence, sans toutefois informer l'administration des démarches entreprises pendant deux ans pour trouver un poste dans son nouveau département.
11. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, l'administration doit être regardée comme ayant commis une faute, tenant à son inertie à mettre en œuvre des moyens concrets pour reclasser Mme A, sur la seule période courant entre la réception par l'administration de la première demande de l'intéressée, en juillet 2017, et le 29 novembre 2019, soit sur une période de plus de deux ans. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral ainsi subi par l'intéressée du fait de cette inertie en l'évaluant à hauteur de 1 000 euros.
En ce qui concerne l'absence de préparation au reclassement avec maintien du plein traitement :
12. Ainsi qu'il l'a été dit au point 7, la requérante n'avait pas le droit au bénéfice d'une période de préparation au reclassement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice d'une telle période et s'abstenant de la maintenir à plein traitement pendant un an, l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite attaquée du ministre de l'intérieur en date du 10 mai 2021, en tant qu'elle refuse de procéder au reclassement de Mme A, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'administration de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (ministère de l'intérieur et des outre-mer) versera à Mme A une indemnité de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Article 4 : L'Etat (ministère de l'intérieur et des outre-mer) versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé
G. Pouliquen
Le président,
Signé
J.B. BrossierLa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026