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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106239

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106239

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106239
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2021, Mme B E, M. A D et M. C D, représentés par Me Mistre-Veronneau, demandent au tribunal :

1°) ordonner avant-dire droit une expertise médicale afin de déterminer l'étendue de leurs préjudices consécutifs à la prise en charge de l'enfant C D au centre hospitalier (F le 4 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge du F une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir.

Ils soutiennent que :

- leur fils n'a pas été examiné convenablement lors de sa venue au service des urgences du F et qu'il a fait l'objet d'une erreur de diagnostic, le pédiatre de garde ayant considéré que l'enfant avait seulement besoin d'être porté et réconforté, cette mauvaise prise en charge de leur fils au F étant constitutive d'une faute et ayant entrainé un retard de prise en charge et de soins de ses otites, également fautifs ;

- le retard de prise en charge et de soins à engendré des conséquences dommageables importantes pour leur fils qui a subi deux perforations des tympans qui auront nécessairement un impact sur son audition ;

- compte-tenu des manquements reprochés au F, ils sont fondés à obtenir la réparation de leur préjudice et pour ce faire à demander la réalisation d'une expertise dont les conclusions permettront de déterminer l'étendue des préjudices de leur fils et de leurs préjudices propres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le F, représenté par la SELARL Carlini et associés, ne s'oppose pas à la désignation d'un expert médical et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge des requérants.

Il fait valoir que :

- des réserves sérieuses peuvent être émises s'agissant de l'existence d'une faute médicale dans le cadre de la prise en charge aux urgences le 4 août 2020 de l'enfant C D ;

- il ne s'oppose pas à la désignation d'un expert médicale dans la mesure où seule l'expertise permettra de déterminer l'existence d'une faute et les responsabilités de chacun ;

- il convient de réserver jusqu'en fin d'instance les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et que les frais d'expertise doivent en tout état de cause être mis à la charge des requérants.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire.

Par une décision n°2021/020720 du 25 août 2021 Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- les observations de Me Mistre-Veronneau, pour Mme E et MM. D, et celles de Me Le Goues, substituant Me Carlini, pour le F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E et M. D, inquiétés par les pleurs de leur enfant C, né le 10 juin 2020, se sont présentés au service des urgences du F le 4 août 2020. Après examen de l'enfant réalisé par un médecin des urgences, ils ont été invités à regagner leur domicile le lendemain sans traitement particulier. Le 10 août 2020, le pédiatre traitant de l'enfant a constaté une otorrhée bilatérale. Le 25 août suivant ce dernier sera traité pour une otite interne bilatérale. Sera également constatée par la suite, une double perforation des tympans, confirmée le 2 octobre 2020. Les requérants entendent désormais engager la responsabilité pour faute du centre hospitalier d'Aubagne et demande la désignation d'un expert médical.

Sur la responsabilité :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative :

" La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

4. Il résulte de l'instruction et ce, malgré la production de plusieurs pièces médicales qui posent le diagnostic d'une otorrhée bilatérale dès le 10 août 2020 confirmé le 25 août 2020 et le 2 octobre suivant avec une perforation des tympans, que le tribunal n'est pas en mesure de déterminer avec certitude l'éventuelle faute du F s'agissant des conséquences dommageables subies par l'enfant C D et ses parents Mme E et M. D, suite à sa prise en charge au service des urgences de cet établissement le 4 août 2020. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un spécialiste en oto-rhino-laryngologie pédiatrique sur ces points et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.

Sur la déclaration de jugement commun :

5. La CPAM des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur la charge des frais d'expertise :

6. En vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. En vertu de l'article R. 761-4 du même code, la liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par une ordonnance du président de la juridiction, après consultation, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. L'article R. 621-13 dudit code dispose que lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et

R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Cette ordonnance est ainsi prise après le dépôt du rapport d'expertise. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions du F tendant à ce que les frais d'expertise soient totalement mis à la charge des requérants, cette demande étant prématurée.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme E et de MM. D, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin expert en présence des parties à l'instance.

Article 2 : Cet expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Cet expert, qui devra être un médecin spécialiste en oto-rhino-laryngologie pédiatrique, aura pour mission de :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de l'enfant C D, sans que le secret médical lui soit opposable, et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, aux interventions et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge au service des urgences du centre hospitalier (F le 4 août 2020 en présence de pleurs importantes de l'enfant, ainsi que tous dossiers des praticiens et établissements ayant eu à connaître de son cas ; de convoquer et d'entendre les parties et tous sachants ; de procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de l'enfant C D ;

2°) d'examiner C D et de décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge par le F ; de décrire les conditions de sa prise en charge et l'ensemble des examens réalisés dans cet établissement ; de décrire l'état pathologique de C D ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) de donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements, interventions et les soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de C D et aux symptômes qu'il présentait ; de donner son avis notamment sur la pertinence des examens réalisés, sur l'adaptation des moyens d'investigation médicale mis en œuvre ou non, sur la surveillance mise en œuvre durant le passage aux urgences de C D et sur le traitement prescrit avant sa sortie du service ;

4°) de manière générale, de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de l'enfant C D par le F le 4 août 2020 ; de rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; de rechercher si les interventions et actes médicaux éventuellement pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; en l'absence de faute, de dire si la situation de C D relève d'un aléa thérapeutique ; de donner son avis sur les raisons de la dégradation de l'état de santé de C D et des complications dont il a souffert à compter du 4 août 2020 ;

5°) de donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial antérieur de C D, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6°) de préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, pratiqué sur la personne de l'enfant C D au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; d'indiquer si l'acte en cause présentait un risque connu auquel C D était particulièrement exposé ; de dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque (en pourcentage) ;

7°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement éventuel reproché au F, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec les conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, son évolution, ou toute autre cause extérieure ;

8°) de donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par C D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison des manquements éventuellement constatés ;

9°) d'indiquer à quelle date l'état de C D peut être considéré comme consolidé et dans la négative, d'indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dans le cas de consolidation, de préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, d'en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

11°) de préciser, le cas échéant, la durée de l'incapacité temporaire de C D en indiquant si elle a été partielle ou totale, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°) de dire si l'état de l'enfant C D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, de fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, de mentionner dans quel délai ;

13°) de fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

14°) de dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier, le cas échéant, une indemnisation au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux subis en distinguant, s'il y a lieu, la part imputable au manquement éventuellement constaté ou de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé (pourcentage) ;

15°) s'il y a lieu, de faire toutes autres constatations nécessaires, d'entendre les observations de tous intéressés et d'annexer à son rapport tous documents utiles.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 6 : Le présent jugement est déclaré commun à la CPAM des Bouches-du-Rhône.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, M. A D et M. C D, au centre hospitalier d'Aubagne, à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à Me Mistre-Veronneau.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

L. Journoud La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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