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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106346

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106346

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106346
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTOUBOUL-ELBEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juillet 2021 et 20 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Touboul-Elbez, demande au tribunal :

1°) de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence, responsable pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage, à lui verser une somme de 16 204,67 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi suite à l'immersion de son véhicule dans une voie de mise à l'eau du port de La Ciotat ;

2°) de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise judiciaire ;

3°) de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la matérialité du dommage et la preuve du lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public sont établis ;

- la voie de mise à l'eau n'était pas signalée, cette absence de signalisation démontre le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- les préjudices évalués par l'expert désigné par le tribunal doivent être indemnisés à hauteur d'une somme globale de 16 204,67 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2022, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Pontier, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation sollicitée soit ramenée à de plus justes proportions, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante n'établit pas la matérialité des faits ;

- la requérante ne démontre pas le défaut d'entretien normal ;

- la victime a commis une faute l'exonérant partiellement ou totalement de sa responsabilité ;

- l'indemnisation du préjudice doit être minorée.

Par un courrier enregistré le 1er septembre 2021, la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône fait valoir qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.

Elle précise que Mme B a été prise en charge au titre du risque maladie et que le montant définitif de ses débours s'élève à 284,57 euros.

La clôture de l'instruction a été fixée au 27 octobre 2023 par une ordonnance du 11 octobre précédent.

Vu :

- l'ordonnance n° 1907513 du 18 décembre 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal a désigné le Dr A comme expert ;

- l'ordonnance du 2 février 2021 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au Dr A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Demey pour Mme B, ainsi que celles de Me Durand pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 18 mars 1958, expose avoir, le 24 novembre 2016, quitté la voie de circulation et fait chuter son véhicule dans le port de La Ciotat. Un rapport d'expertise médicale a été déposé le 22 décembre 2020. Mme B demande au tribunal de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence à l'indemniser de ses préjudices à hauteur de la somme totale de 16 204,67 euros.

Sur la responsabilité :

2. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment d'une main courante dressée le 24 novembre 2016 à 19h20 par les agents de police municipale de La Ciotat, que le véhicule dans lequel Mme B et sa mère, passagère, se trouvaient, a été, après une chute dans l'eau du port de plaisance, sorti de celle-ci par la fourrière. Ces éléments sont par ailleurs corroborés par des images de vidéo protection. En outre, la requérante verse au dossier une attestation des marins pompiers du 27 décembre 2016 faisant état de leur intervention à 18h56 pour un véhicule ayant " fini dans les eaux () suite à une erreur d'orientation ". La matérialité de la chute est ainsi établie. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de clichés photographiques que la voie d'accès à l'eau dans laquelle s'est engagée la requérante, était séparée de plusieurs dizaines de mètres de l'aire du parking sur lesquels étaient déjà implantés, à l'époque des faits, des barrières de bois en déterminant la superficie. Les voies de circulation dans le parking étaient quant à elles matérialisées, par des flèches blanches et un marquage séparatif discontinu situés au sol et tout à fait visibles. De plus, le chemin d'accès à la mise à l'eau se prolongeait alors sur une dizaine de mètres au moins, et était longé de grillages le séparant de places de stationnement. En outre, ainsi que la métropole d'Aix-Marseille-Provence le fait valoir, l'existence d'une voie de mise à l'eau de bateaux était, contrairement à ce que soutient la requérante, signalée à deux endroits par des panneaux, à l'entrée du parking ainsi que dans le port, à proximité de la voie. S'il résulte de l'instruction, et notamment des déclarations d'un agent de la capitainerie du port retranscrites dans le rapport d'huissier dressé trois ans après les faits, que des barrières ont été posées à l'entrée de la voie d'accès à l'eau, courant 2019, cette installation résulte non pas de la nécessité d'améliorer la sécurité mais tient à des raisons strictement commerciales, afin de restreindre l'accès à cette voie, le marché de mise à l'eau ayant été concédé à une société privée. Ces barrières sont donc venues compléter la signalisation existante lors de l'accident, qui était, contrairement à ce que soutient la requérante, existante et suffisante pour un conducteur résidant dans la commune, normalement attentif. Il résulte ainsi de l'instruction que le danger correctement signalé résultant de la proximité de l'emplacement de parking avec la voie de mise à l'eau, pour un usager y circulant librement, n'a pas excédé, compte tenu de sa nature et de la configuration des lieux, les dangers contre lesquels les intéressés doivent personnellement, par leur prudence, se prémunir lorsqu'ils circulent à cet endroit et par temps pluvieux. Par suite, la métropole d'Aix-Marseille-Provence apporte la preuve qui lui incombe de l'absence de défaut d'entretien normal et, ce faisant, sa responsabilité ne peut dans ces conditions pas être recherchée.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur la charge définitive des dépens :

5. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidée et taxée à la somme de 900 euros, à la charge définitive de Mme B.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle pour la présente instance et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 900 euros sont mis à la charge définitive de Mme B.

Article 3 : Les conclusions de la métropole d'Aix-Marseille-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée M. A, expert.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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