mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106364 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MSELLATI-BARBARO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juillet 2021 et 9 mars 2023, M. D A B, représenté par Me Barbaro, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 267 471 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du refus illégal du 14 octobre 2013 d'autorisation d'exercice de transport public routier de marchandises, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité fautive du refus d'autorisation du 14 octobre 2013 lui a fait perdre des bénéfices et une chance d'obtenir le renouvellement du marché de transport postal dont il était titulaire et l'a empêché de voir sa candidature retenue pour le marché à bons de commande de transport d'ordures ménagères de la commune d'Annot ;
- il n'a pas pu présenter sa candidature pour d'autres marchés publics comme
celui du transport de sacs postaux ainsi que d'autres postes économiques ;
- il a dû arrêter définitivement son activité de transport de marchandise, ce qui a entraîné une diminution importante de son chiffre d'affaires ;
- l'administration a commis une faute dans la gestion de son dossier en ne procédant pas au réexamen de sa situation dans le délai imparti par l'arrêt de la cour administrative d'appel (CAA) de Marseille du 17 décembre 2019 ;
- il a été contraint de ne pas renouveler le contrat de certains employés ;
- il a subi un préjudice moral du fait de la radiation de son activité de transporteur routier de marchandises à la suite de la demande du préfet région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) ;
- le préjudice résultant du non-renouvellement du marché avec La Poste est estimé à 262 471 euros sur une période de dix ans et son préjudice moral s'élève à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Copelovici, représentant M. A B et de M. C, pour le préfet des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, artisan-taxi, a sollicité, le 26 septembre 2013, auprès de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de PACA, son inscription au registre électronique national des entreprises de transport par route de marchandises pour l'activité de son entreprise " Taxi D ". Cette demande a été rejetée par une décision préfectorale du 14 octobre 2013. Par un arrêt n° 19MA02315 du 17 décembre 2019 rendu sur renvoi du Conseil d'Etat après cassation, la CAA de Marseille a annulé la décision du 14 octobre 2013 et a enjoint au préfet de la région PACA de réexaminer la demande d'inscription de M. A B dans un délai d'un mois. Par une décision du 5 février 2021, le préfet de la région PACA a autorisé l'entreprise de M. A B à exercer la profession de transporteur public routier au moyen de véhicules motorisés. M. A B demande réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive de la décision du 14 octobre 2013.
Sur la responsabilité :
2. Toute illégalité fautive est, comme telle, et qu'elle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, dès lors qu'elle est à l'origine des préjudices subis dont il incombe au requérant de démontrer la réalité et qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec ces préjudices.
3. Il résulte de l'instruction que la décision du 14 octobre 2013 en cause a été prise au motif que M. A B ne satisfaisait pas à l'exigence de capacité professionnelle prévue à l'article 2 du décret du 30 août 1999 relatif au transport routier de marchandises, alors en vigueur. Or, dans son arrêt n° 19MA02315 du 17 décembre 2019, devenu irrévocable, la CAA de Marseille a retenu que le préfet avait commis une erreur de droit en refusant l'autorisation en cause, dès lors que l'intéressé pouvait être dispensé de l'obligation de présenter une attestation de capacité professionnelle, et ce par application du dernier alinéa du VI de l'article 9 du décret n° 99-752 du 30 août 1999 relatif au transport routier de marchandises. Il résulte également de l'instruction, et il n'est pas contesté, que M. A B doit être regardé comme remplissant, à la date du refus, les conditions requises pour l'obtention de l'autorisation sollicitée. L'intéressé est dès lors fondé à demander la réparation par l'Etat du dommage causé par l'illégalité fautive du refus qui lui a été opposé le 14 octobre 2013.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la perte de chance d'obtenir un marché de transport par route :
4. Le requérant invoque l'impossibilité de se porter candidat pour l'attribution de marchés publics, se prévalant notamment de la perte du bénéfice d'un marché de transport postal dont il était titulaire depuis 1991 et de l'impossibilité de candidater à un marché de transport d'ordures ménagères sur le territoire de la commune d'Annot. Toutefois, il résulte de l'instruction que son entreprise n'a été attributaire du marché de transport postal de colis et marchandises que pour les seules années 1991 à 1994. Alors qu'il n'était plus titulaire de ce marché à la date du refus illégal, le 14 octobre 2013, il ne démontre pas qu'il disposait d'une chance sérieuse de se voir attribuer un nouveau marché postal. Il n'établit pas davantage l'existence d'une chance sérieuse d'emporter le marché de transport d'ordures ménagères sur le territoire de la commune d'Annot, ne justifiant notamment pas qu'il aurait été en mesure de présenter des offres économiquement avantageuses ni qu'il disposait des capacités techniques requises. M. A B n'est donc pas fondé à réclamer la réparation d'un quelconque préjudice à ce titre.
En ce qui concerne la perte de chiffre d'affaires :
5. La demande formée à ce titre doit également être rejetée dès lors que le requérant n'établit pas l'existence, à la date du refus illégal, de revenus provenant d'une activité de transport routier de marchandises.
En ce qui concerne le préjudice découlant d'un délai anormalement long de traitement du dossier :
6. Si le retard fautif à la délivrance d'une carte professionnelle constitue une faute de service susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique dont il émane, il n'ouvre cependant droit à indemnité que dans la mesure où le requérant justifie d'un dommage actuel, direct et certain. Dans ce cadre, la charge de la preuve de l'existence du préjudice invoqué incombe à la personne qui demande à être indemnisée.
7. La demande relative au préjudice résultant du délai anormalement long que l'administration aurait mis pour réexaminer sa demande, à la suite de l'arrêt rendu par la CAA de Marseille le 17 décembre 2019 doit être rejetée, dès lors qu'un tel préjudice ne présente pas de lien de causalité avec le refus illégal opposé à sa précédente demande en 2013.
En ce qui concerne le préjudice moral :
8. Il résulte de l'instruction que M. A B a dû introduire trois instances contentieuses, qui ont duré plus de trois ans afin de voir reconnaître l'illégalité fautive de la décision de refus opposée le 14 octobre 2013 à sa demande. Dans ces circonstances particulières, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral qu'il a subi en fixant la réparation à la somme de 5 000 euros.
Sur les intérêts :
9. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
10. M. A B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 5 000 euros que l'Etat est condamné à lui verser, à compter du 3 août 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er L'Etat est condamné à verser à M. A B la somme de 5 000 euros.
Article 2 : Cette somme de 5 000 euros portera intérêts au taux légal à compter du 3 août 2020.
Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées de Mme Boyé, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
F.-L. Boyé
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026