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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106542

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106542

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2021 et le 8 février 2022, Mme A B, représentée par Me Pontier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 ;

2°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle sa réclamation préalable à l'encontre de cette taxe a été rejetée ;

3°) d'enjoindre à l'administration de requalifier sa résidence en résidence principale et dès lors, de lui accorder le bénéfice des abattements, exonérations, plafonnements et dégrèvements applicables aux résidences principales ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision rejetant sa réclamation ne justifie pas d'une délégation à cette fin ;

- le logement qu'elle occupe à Salon-de-Provence depuis l'année 2017 durant laquelle elle s'est séparée de son époux constitue sa résidence principale et non sa résidence secondaire ;

- elle a droit au bénéfice des abattements, exonérations, plafonnements et dégrèvements applicables aux résidences principales.

Par un mémoire, enregistré le 12 janvier 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation à l'encontre de la décision de rejet de la réclamation de la requérante sont irrecevables ;

- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claudé-Mougel, rapporteur,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- et les observations de Me Durand, substituant Me Pontier, représentant Mme B.

Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 29 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été assujettie à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019, à raison d'un logement qu'elle occupe au 211, rue des Frères Kennedy à Salon-de-Provence que l'administration a considéré comme étant sa résidence secondaire. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal que le montant de cette taxe soit déterminé en bénéficiant des exonérations, abattements, plafonnements et dégrèvements applicables aux résidences principales.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 199 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif () ".

3. Le recours par lequel un contribuable conteste devant le juge de l'impôt tout ou partie d'une imposition mise à sa charge relève par nature du contentieux de pleine juridiction. En application des dispositions rappelées au point précédent, celui-ci doit ainsi, d'abord adresser une réclamation contentieuse au service territorial compétent de l'administration des impôts, avant de saisir le cas échéant la juridiction administrative d'une demande de décharge ou de réduction de l'impôt mis à sa charge. Le contribuable pouvant obtenir du juge de l'impôt, dans le cadre d'un recours de pleine juridiction, la satisfaction la plus étendue concernant sa situation, ces articles font en principe obstacle à ce qu'il défère par la voie de l'excès de pouvoir les décisions qu'ils visent, ni, par conséquent, celles qui, s'inscrivant dans la procédure d'imposition, ont seulement servi à les préparer, et dont il pourra discuter la légalité dans le cadre du recours de plein contentieux qui lui est ouvert. Il en va, entre autres, ainsi des décisions par lesquelles l'administration statue sur les réclamations contentieuses des contribuables, qui ne sont pas regardées comme détachables de la procédure d'imposition. Il s'ensuit que les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision par laquelle le directeur des services fiscaux a statué sur sa réclamation préalable sont irrecevables. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. D'une part, aux termes de du 1° du I de l'article 1407 du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () ". L'article 1408 du même code dispose, dans sa version alors applicable : " La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () ". L'article 1415 du même code prévoit que, dans sa version alors applicable : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit établir la taxe afférente à chaque habitation au nom de la personne qui en a la jouissance effective et, à défaut seulement, au nom de la personne qui en a la disposition. En conséquence, lorsque des époux sont séparés de fait, chacun doit être assujetti à la taxe pour les locaux meublés affectés à l'habitation dont il a personnellement la jouissance.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, Mme B a été assujettie à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019, à raison d'un logement qu'elle occupe au 211, rue des Frères Kennedy à Salon-de-Provence en tant que résidence secondaire. Toutefois, il résulte de l'avis d'impôt sur le revenu de l'année 2019 et des factures d'électricité de l'année 2017 établis au seul nom de la requérante à cette adresse, ainsi que de l'ordonnance de non-conciliation du 5 février 2019 rendue par le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence dans le cadre de la demande de divorce présentée par son époux, que ce logement constituait la résidence principale de celle-ci à la date du 1er janvier 2019. Au demeurant, il résulte également de l'instruction qu'à la suite de l'établissement d'une taxe sur les logements vacants relative à ce logement, l'administration, informée par l'époux de Mme B de ce que celle-ci l'occupait depuis 2016, a établi la taxe d'habitation en litige au seul nom de celle-ci. Mme B est donc fondée à soutenir que l'administration devait considérer ce logement comme étant sa résidence principale, et non sa résidence secondaire.

6. D'autre part, aux termes de l'article 1414 C du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " I. - 1. Les contribuables autres que ceux mentionnés au I, au 1° du I bis et au IV de l'article 1414, dont le montant des revenus, au sens du IV de l'article 1417, n'excède pas la limite prévue au 2 du II bis du même article 1417, bénéficient d'un dégrèvement d'office de la taxe d'habitation afférente à leur habitation principale. / 2. Pour les contribuables dont le montant des revenus, au sens du IV de l'article 1417, n'excède pas la limite prévue au 1 du II bis du même article 1417, le montant de ce dégrèvement est égal à 65 % de la cotisation de taxe d'habitation de l'année d'imposition, déterminée en retenant le taux global d'imposition et les taux ou le montant, lorsqu'ils sont fixés en valeur absolue, des abattements appliqués pour les impositions dues au titre de 2017, après application du dégrèvement prévu à l'article 1414 A./ Toutefois, le dégrèvement est déterminé en retenant le taux global applicable pour les impositions dues au titre de l'année lorsqu'il est inférieur à celui appliqué pour les impositions dues au titre de 2017 et les taux ou le montant, lorsqu'ils sont fixés en valeur absolue, des abattements de l'année d'imposition lorsqu'ils sont supérieurs à ceux appliqués pour les impositions dues au titre de 2017. () " Aux termes du II bis de l'article 1417 du même code, dans sa version alors applicable : " 1. Le 2 du I de l'article 1414 C s'applique aux contribuables dont le montant des revenus de l'année précédant celle au titre de laquelle l'imposition est établie n'excède pas la somme de 27 432 € pour la première part de quotient familial, majorée de 8 128 € pour chacune des deux demi-parts suivantes et de 6 096 € pour chaque demi-part supplémentaire à compter de la troisième, retenues pour le calcul de l'impôt sur le revenu afférent auxdits revenus. () ".

7. Il est établi que le revenu fiscal de référence de l'année 2018, au titre de laquelle Mme B a été imposée conjointement avec son époux, s'établissait à 104 euros, et était dès lors inférieur au plafond fixé par les dispositions combinées des articles 1414 C et 1417 du code général des impôts alors applicables pour bénéficier du dégrèvement prévu par ces dispositions à raison de l'habitation principale. Dans ces conditions, Mme B est fondée à demander à être déchargée de la différence entre la taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie, et celle à laquelle elle aurait dû être assujettie à raison de son habitation principale à Salon-de-Provence, après application du dégrèvement prévu par ces dispositions.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est déchargée de la différence entre la taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie, et celle à laquelle elle aurait dû être assujettie à raison de son habitation principale à Salon-de-Provence, après application du dégrèvement prévu par les dispositions des articles 1414 C et 1417 du code général des impôts alors applicables.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

A. Claudé-Mougel La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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