mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106858 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 5B |
| Avocat requérant | GIBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, et un mémoire complémentaire enregistré le 27 juin 2022, M. C A, représenté par Me Gibon, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices de toute nature résultant pour lui de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins depuis 2018.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adaptée à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'il a été reconnu par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 17 mai 2018, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat, ni depuis le jugement du 13 février 2019 par lequel le tribunal a enjoint au préfet de le reloger dans un délai de quatre mois ;
- il subit, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence, le préjudice pour lui, son épouse et leurs quatre enfants à charge pouvant être évalué à 8 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation due au requérant soit limitée à 2 062,43 euros.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé dès lors qu'il lui a adressé des propositions de logement qu'il a refusées de manière injustifiée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 10 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Noire, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclaré prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités, dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 17 mai 2018. En l'absence de proposition de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, M. A a saisi le Tribunal, aux fins de voir ordonner son logement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement du 13 février 2019 devenu définitif, le magistrat désigné par le président du Tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au logement de l'intéressé dans un délai de quatre mois. Par courrier du 27 mai 2021, l'intéressé a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette réclamation. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation des préjudices de toute nature subis résultant pour lui, son épouse et leurs quatre enfants à charge, de l'absence de relogement par l'Etat.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département () désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. Cette seule circonstance n'a toutefois pas pu suffire à délier le préfet de son obligation de procéder au relogement de l'intéressée.
4. M. A a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 17 mai 2018 et le tribunal a ordonné au préfet, par jugement définitif du 13 février 2019, de procéder au logement de l'intéressé. Il résulte de l'instruction que le préfet a proposé à M. A le 31 mai 2018 un logement de type T5 situé dans le 3ème arrondissement de Marseille, procédure qui n'a pas abouti pour des circonstances indépendantes de la volonté tant de l'Etat que de M. A. Une seconde proposition de logement de type T5 situé au 4 avenue de Castellas dans le 15ème arrondissement de Marseille a été faite le 13 septembre 2018 à l'intéressé qui l'a refusée le 17 septembre suivant au motif de l'inadéquation avec les besoins de la famille et ses souhaits géographiques, ainsi que compte tenu de l'environnement social inadapté à l'éducation des enfants du foyer. Toutefois, en s'étant borné à faire valoir en réponse à cette proposition que le changement de quartier entraînerait en cours d'année un bouleversement dans la scolarité des enfants et que l'environnement social du logement serait tendu, le requérant n'établit pas l'existence, dans l'immeuble du quartier des Aygalades où est situé le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait de sa vulnérabilité particulière ou de celle de sa famille ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créerait des risques graves pour lui ou pour sa famille. Ce refus d'un logement de type T5 qui correspondait pourtant aux besoins et capacités de l'intéressé, qui vit avec son épouse et quatre enfants dont trois majeurs encore à charge, tels que déterminés par la commission de médiation, ne peut ainsi être regardé en l'espèce comme justifié par un motif impérieux, le préfet soulignant les moyens de transport public du secteur. Dès lors que le requérant a été informé des conséquences de son refus dans la décision de la commission de médiation du 17 mai 2018 faisant état de ce que le refus d'une proposition pouvait lui faire perdre le caractère de priorité et d'urgence de son logement, conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation, ledit refus sans motif impérieux fait obstacle à la mise en œuvre de la responsabilité de l'Etat compte tenu de ce que le logement a été proposé à l'intéressé avant l'expiration du délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation.
5. Dans ces conditions, le requérant, qui a refusé sans motif impérieux une proposition de logement social qui correspondait à ses besoins et capacités définis par la commission de médiation dans le délai de six mois imparti au préfet pour assurer son logement, n'est pas fondé, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que le retard mis par l'Etat à mettre en œuvre l'obligation de résultat qui lui incombait serait fautif et de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation de M. A ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeait Mme Noire, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La présidente,
signé
F. BLe greffier,
signé
A. BENOIST
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ La greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026