mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106994 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CAMBOLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2021 et le 18 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Marseille Grand V, représentée par Me Camboly, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction, à hauteur de la somme de 50 000 euros, des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé au 117 Traverse de la Montre à Marseille (13011) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le local-type numéro 9 du procès-verbal des maisons exceptionnelles de la commune de Marseille et le local-type numéro 17 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Marseille pris par l'administration pour déterminer la valeur locative du bien en cause ne sont pas des termes valables de comparaison ;
- l'administration ne justifie pas que la valeur locative du local-type n° 20 du PV-C complémentaire de Marseille du 3 juin 2002 qu'elle propose en alternative à ceux qu'elle a initialement retenus ait été régulièrement établie dès lors qu'il n'est pas démontré que le local-type n°10 sur la base duquel le local-type n° 20 a été évalué était occupé au 1er janvier 1970, qu'il n'abritait plus un commerce de chaussures en 2002 mais un cabinet de kinésithérapie et qu'il a une surface de 15 m² alors que le local-type n° 20 a une surface pondérée de 207 m² ;
- le local-type n°22 des maisons exceptionnelles de la commune de Marseille qu'elle propose est un terme de comparaison valable dès lors qu'il abrite un commerce, même s'il n'a pas d'emplacements de stationnement ;
- alors qu'un mesurage physique des locaux litigieux a révélé que les surfaces déclarées étaient erronées, elle était fondée à demander par voie de réclamation à ce que la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 soit calculée sur la base de ces nouvelles mesures auxquelles un géomètre-expert a procédé.
Par des mémoires, enregistrés le 5 octobre 2022 et le 18 novembre 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Claudé-Mougel, rapporteur,
- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Marseille Grand V a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 à raison d'un ensemble immobilier qu'elle possède situé au 117 Traverse de la Montre à Marseille (13011), composé de plusieurs boutiques situées au sein du centre commercial Grand V. Elle demande au tribunal de prononcer la réduction de cette cotisation, à hauteur de 50 000 euros.
2. D'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". En vertu de l'article 1415 du code général des impôts, la taxe foncière sur les propriétés bâties est établie pour l'année entière d'après les faits existants au 1erer janvier de l'année de l'imposition. Aux termes de l'article 1498 de ce code, dans sa rédaction en vigueur au 1er janvier 2017 : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : () / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date, / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III à ce même code : " I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation, de la situation, de la nature de la construction, de son importance, de son état d'entretien et de son aménagement. / Ils sont inscrits au procès-verbal des opérations de la révision. ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'hypothèse où la valeur locative d'un local est déterminée par comparaison, les termes de comparaison retenus doivent être constitués par des immeubles précisément identifiés, situés par priorité sur le territoire de la commune, et dont la valeur locative a été déterminée au moyen de l'une des deux méthodes prévues au b. du 2° de l'article 1498.
3. D'autre part, aux termes de l'article 324 AK de l'annexe III du code général des impôts : " La date de référence de la première révision quinquennale des évaluations foncières des propriétés bâties est fixée au 1er janvier 1970. "
4. Enfin, l'administration a la faculté, à tout moment au cours de la procédure contentieuse, de justifier l'évaluation de la valeur locative d'un bien passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties par référence à un terme de comparaison autre que celui, inapproprié, auquel elle s'est initialement référée, pour autant que son évaluation soit établie dans le respect des dispositions de l'article 1498 du code général des impôts. Par ailleurs, la circonstance que l'administration a évalué la valeur locative des nouveaux locaux types par référence à un autre terme de comparaison ne constitue pas, en soi, quel que soit le nombre de fois auquel elle a procédé à cette opération, une irrégularité, dès lors que ne sont démontrées ni l'existence, pour chacune de ces évaluations, d'un terme de comparaison plus approprié, ni l'inadéquation du terme de comparaison ultime et que l'analogie de situation économique des communes en cause peut être admise.
Sur le local-type proposé par l'administration et le local type proposé par la SCI Marseille Grand V :
5. En premier lieu, si la requérante soutient qu'il n'est pas établi que le local-type n°10 du procès-verbal complémentaire de la commune de Marseille, en référence auquel a été établi le local-type n° 20 du procès-verbal complémentaire de la commune de Marseille du 3 juin 2002 auquel l'administration se réfère dans le cadre de la présente instance, en lieu et place du local-type numéro 9 du procès-verbal des maisons exceptionnelles de la commune de Marseille et du local-type numéro 17 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Marseille qu'elle a initialement retenus et dont elle admet le caractère inapproprié, existait à la date du 1er janvier 1970, il résulte de la déclaration modèle C " locaux commerciaux et biens divers " du local-type n° 10 signée par le propriétaire de ce local le 19 octobre 1970 qu'il était alors occupé par un locataire qui y exploitait un commerce de chaussures depuis 1958. La circonstance que, lorsque le local-type n° 20 du procès-verbal complémentaire de la commune de Marseille a été établi le 3 juin 2002, le local-type n°10 de ce procès-verbal complémentaire n'abritait plus ce commerce, mais une activité libérale n'a aucune incidence sur le caractère approprié de ce terme de comparaison dont le procès-verbal complémentaire a bien été établi alors qu'il constituait un commerce. Enfin, la différence de surfaces entre ces deux locaux-type ne suffit pas, à elle seule, à établir qu'il ne serait pas comparable.
6. En deuxième lieu, si la SCI requérante propose de retenir le local-type numéro 22 du local-type du procès-verbal des maisons exceptionnelles de la commune de Marseille pour l'évaluation de la valeur locative en litige, il est constitué par un local commercial à enseigne " Monoprix " d'une surface pondérée de 1 427 m², près de trois fois supérieure à celle du plus grand des locaux composant le bien immobilier que possède la requérante, est situé 14 boulevard de la Blancarde à Marseille, dans un quartier résidentiel, sans parking, alors que le local-type n° 20 du PV-C complémentaire de Marseille en référence auquel l'administration justifie l'évaluation de la valeur locative du bien de la requérante est d'une superficie de 163 m² pondérés, comparable aux boutiques qui composent ce bien, est occupé par un commerce de chaussures et est situé dans le centre commercial La Valentine, dans le 11° arrondissement de Marseille, à l'instar des locaux de la requérante qui en sont proches, l'administration soutenant sans être contredite qu'ils sont situés à trois minutes en voiture. Ce terme de comparaison apparaît ainsi approprié pour évaluer la valeur locative en litige.
7. En troisième lieu, il est établi que la valeur locative du local-type n° 20 du PV complémentaire de Marseille est supérieure à celle initialement retenue par l'administration. Par suite, la demande de la société tendant à la prise en compte d'un local-type au tarif inférieur pour le calcul de la valeur locative au 1er janvier 2017 utilisée pour les calculs des mécanismes de lissage et de planchonnement ne peut qu'être rejetée.
Sur la surface de l'ensemble immobilier en litige :
8. Aux termes de l'article 1406 du code général des impôts alors en vigueur : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498. () ". Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".
9. Les dispositions de l'article 1406 du code général des impôts peuvent d'autant moins avoir pour effet d'interdire à la société requérante de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales pour demander que les surfaces issues de nouvelles mesures desdits locaux soient prises en compte pour le calcul de la taxe foncière que cette demande ne résulte pas d'un changement de consistance ou d'affectation. La SCI requérante est ainsi fondée, en principe, à demander que les surfaces résultant de ces nouvelles mesures, que l'administration a prises en compte pour l'établissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021, soient prises en compte au titre de l'année 2018 dès lors que la réclamation présentée par la requérante le 27 décembre 2019, dans le délai de réclamation, portait notamment sur la prise en compte des surfaces réelles imposables.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Marseille Grand V est seulement fondée à demander que la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé au 117 Traverse de la Montre à Marseille au titre de l'année 2018, soit établie sur la base des surfaces prises en compte par l'administration au titre de de la taxe foncière due à raison de ce même bien au titre de l'année 2021, et la réduction correspondante de l'imposition en litige, dans la limite de 50 000 euros correspondant au montant de sa demande.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à la SCI Marseille Grand V au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les surfaces à retenir pour le calcul de la taxe foncière sur les propriétés bâties assignée à la SCI Marseille Grand V au titre de l'année 2018 à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire situé au 117 Traverse de la Montre à Marseille sont ramenées aux surfaces retenues par l'administration pour le calcul de cette taxe au titre de l'année 2021, à raison de ce même ensemble immobilier.
Article 2 : La SCI Marseille Grand V est déchargée, dans la limite de 50 000 euros, de la différence entre le montant de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 et celui établi sur la base définie à l'article 1er.
Article 3 : L'Etat versera à la SCI Marseille Grand V la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Marseille Grand V et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Menasseyre, présidente,
M. Claudé-Mougel, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
A. Claudé-Mougel La présidente,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026