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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107070

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107070

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107070
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantRAMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2021, Mme A C, représentée par Me Ramon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 4 mai 2021 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 334,31 euros constitué sur la période du 1er décembre 2018 au 29 février 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer n'est pas suffisamment motivé ;

- la procédure de contrôle a été menée en méconnaissance du principe du contradictoire et de façon déloyale ;

- elle n'a pu bénéficier d'un entretien dans les services de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, en méconnaissance de la charte du contrôle sur place, et n'a donc pas eu communication de ses droits et obligations ;

- elle a déjà fait l'objet d'un contrôle de sa situation au titre de l'année 2019, de sorte que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône ne pouvait procéder à un contrôle de sa situation pour cette même année sans méconnaître le principe général du droit de non renouvellement des contrôles ;

- il a été émis en méconnaissance des dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- l'indu n'est fondé ni dans son principe, ni dans son montant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022 le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Menasseyre, rapporteure,

- les observations de Mme D et de Mme B, pour le département des Bouches-du-Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté, effectué le 21 août 2020, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier le 2 septembre 2020, demandé le reversement d'une somme de 7 334,31 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 002) constitué sur la période du 1er décembre 2018 au 29 février 2020. Afin de recouvrer cet indu, le 4 mai 2021 le département des Bouches-du-Rhône a émis un avis des sommes à payer. Par un recours administratif préalable du 9 juin 2021, adressé à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Mme C a contesté le bien-fondé de cet indu. Par une décision du 19 août 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé le bien-fondé de cet indu. Mme C demande l'annulation de l'avis des sommes à payer.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration étant inapplicables aux titres exécutoires, Mme C ne peut utilement soutenir que le titre exécutoire en litige serait insuffisamment motivé au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme C soutient que la procédure de contrôle menée par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a été conduite en méconnaissance du principe du contradictoire. Toutefois, d'une part, dès lors que la " charte des contrôles sur place " est dépourvue de valeur réglementaire elle ne saurait utilement invoquer le contenu de ce document. En tout état de cause, si elle n'a pu bénéficier d'un entretien dans les services de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, il résulte de l'instruction qu'elle a été convoquée le 11 août 2020 pour un rendez-vous le 21 août 2020 puis, le même jour, pour un rendez-vous le 27 août 2020 dans le services de cet organisme, rendez-vous auxquels elle ne s'est pas présentée, son fils ayant contacté le contrôleur le 18 août afin de l'informer que Mme C était en Suisse et qu'elle reprendrait contact avec les services de la caisse d'allocations familiales à son retour, ce qu'elle n'établit pas avoir fait. Au demeurant, cette convocation mentionnait les documents qu'il lui faudrait présenter lors du contrôle, relatifs à son identité, son domicile, son activité professionnelle et ses ressources, et en particulier l'ensemble de ses relevés de tous ses comptes bancaires, et précisait que les informations recueillies étaient destinées au traitement de son dossier et à la vérification de ses droits. Il résulte également du rapport d'enquête, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le contrôleur l'a informée oralement, lors de son entretien téléphonique, de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications, par tout moyen, ou de contester le rapport d'enquête.

4. D'autre part, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active et que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. Il résulte de l'instruction que Mme C a pu présenter ses observations dans son recours administratif préalable visant à contester le motif de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. En troisième lieu, la seule notification d'un avis de sommes à payer, ne saurait, en toute hypothèse, être de nature à démontrer la déloyauté de la procédure de contrôle.

6. En quatrième lieu, aucun principe général du droit ne prohibe la réitération d'un contrôle de la situation d'un allocataire au titre d'une même année. En outre, la requérante ne saurait utilement se prévaloir ni des dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, ni l'article R. 243-59 du code de la sécurité sociale, lesquelles ne sont pas applicables au contrôle des allocataires de la caisse d'allocations familiales. A supposer qu'elle ait entendu se prévaloir des dispositions de la charte des cotisants contrôlés, ce document, est, en tout état de cause, prévu par les dispositions de l'article R. 243-59 du code de la sécurité sociale, lequel précise les modalités de contrôle prévus par l'article L. 243-7 du même code, limité au contrôle des employeurs cotisants à la sécurité sociale, situation qui ne correspond pas à celle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit prohibant la réitération des contrôles ne peut qu'être écarté.

7. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() " . Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant le foyer.

9. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que sur la période d'indu en litige Mme C percevait une pension de réversion semestriellement qu'elle a omis de déclarer dans ses déclarations trimestrielles de ressources. Mme C soutient que la moyenne mensuelle de cette pension n'excédait pas le montant forfaitaire du revenu de solidarité active. Toutefois, d'une part, il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles qu'une telle pension devait être déclarée afin de calculer le montant de ses droits au revenu de solidarité active, cette allocation n'étant pas forfaitaire et, d'autre part, il résulte de l'instruction que la moyenne mensuelle de sa pension de réversion excède, sur l'ensemble de la période, le montant des droits au revenu de solidarité active qui lui ont été versés. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation que la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a mis à la charge de Mme C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 334,31 euros constitué sur la période du 1er décembre 2018 au 29 février 2020.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 4 mai 2021 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 334,31 euros constitué sur la période du 1er décembre 2018 au 29 février 2020.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761 du code de justice administrative :

11. D'une part, les conclusions présentées par Mme C tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie à la présente instance, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont mal dirigées. D'autre part, Mme C est la partie perdante : ses conclusions relatives aux frais d'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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