lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107370 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | CAUCHON-RIONDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2021 et 23 février 2023, M. A C, représenté par Me Cauchon-Riondet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 500 euros en réparation du préjudice qu'il a subi, assortie des intérêts au taux légal à compter de la décision du 29 juin 2021 rejetant sa demande d'indemnisation, somme à parfaire à la date du jugement à intervenir ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui verser cette somme sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa famille est menacée d'expulsion sans relogement en raison de la liquidation de son patrimoine dans le cadre d'une procédure de rétablissement personnel ;
- ses deux fils, dont l'un est handicapé, nécessitent un suivi médical et sont scolarisés au centre-ville de Marseille ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en s'abstenant de lui proposer un logement adapté à ses besoins et ses capacités dans le délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être relogé en urgence ;
- il a subi des préjudices matériel et moral qui doivent être évalués à 500 euros par mois, soit une somme totale de 10 500 euros pour la période du 2 novembre 2019 au 18 août 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/19904 du 10 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme B a lu son rapport au cours de l'audience.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La famille de M. C, composée de lui-même, son épouse et leurs trois enfants, étant menacée d'expulsion, le requérant a saisi la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône qui l'a reconnu le 2 mai 2019 comme prioritaire et devant être logé d'urgence. Par un jugement du 6 février 2020, le tribunal administratif de Marseille a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'assurer le logement de la famille du requérant dans le délai de quatre mois. Par une lettre du 29 avril 2021, M. C a demandé au préfet de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la carence de l'Etat à procéder à son relogement. Il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 500 euros à parfaire à la date de mise à disposition du jugement à intervenir et d'enjoindre au préfet de lui verser cette somme sous astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. / () Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte ". Enfin, l'article R. 441-16-1 dudit code précise que ledit recours peut être introduit passé un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation.
3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et comme devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Par ailleurs, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
4. Il résulte de l'instruction que le premier logement proposé le 3 juillet 2019 à M. C est situé dans le 15ème arrondissement de la ville de Marseille et est dès lors éloigné du 2ème arrondissement où l'enfant de treize ans du requérant est scolarisé dans une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) au sein de l'école élémentaire publique Major D en raison de son handicap reconnu par la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône (MDPH) avec un taux d'incapacité entre 50 et 79 %. Dans ces conditions, l'éloignement du logement proposé le 3 juillet 2019 de la structure de prise en charge de l'enfant constitue un motif impérieux justifiant que M. C refuse ce logement. Par ailleurs, si le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir que le requérant s'est vu communiquer le 14 novembre 2019 une deuxième proposition de logement situé dans le 3ème arrondissement et que cette proposition n'a pas pu aboutir en raison de son absence de réponse à la convocation du bailleur et de production d'un dossier incomplet, il résulte de l'instruction que le courrier de proposition adressé à M. C est revenu avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse " le 18 décembre 2019 alors que l'administration avait connaissance de l'adresse du domicile du requérant. Dans ces conditions, le préfet ne peut soutenir que la proposition du 14 novembre 2019 a été effectivement adressée à M. C et n'aurait pas abouti du fait de la carence de ce dernier. De plus, le préfet reconnaît que la troisième proposition de logement, datée du 19 octobre 2020, pour un logement situé dans le 4ème arrondissement, n'a pas pu aboutir car il a été préconisé que ce logement soit réservé aux seuls candidats pouvant bénéficier d'un bail glissant. En outre, la quatrième proposition, datée du 3 août 2021, pour un logement situé sur la commune de Plan-de-Cuques, n'a pas pu aboutir car elle a été retirée par l'Etat, réservataire de droit. Par suite, M. C est fondé, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que le retard mis par l'Etat à mettre en œuvre l'obligation qui lui incombait est fautif et de nature à engager sa responsabilité à compter du 2 novembre 2019, date d'expiration du délai de six mois imparti au préfet des Bouches-du-Rhône pour assurer son logement et celui de sa famille à la suite de la décision de la commission de médiation, jusqu'au 16 décembre 2021, date à laquelle il est constant que le requérant a signé le bail d'un logement, proposé par le préfet, dans lequel sa famille a effectivement été relogée.
En ce qui concerne les préjudices :
5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
6. Il résulte de l'instruction que M. et Mme C ont fait l'objet d'une procédure de rétablissement personnel à l'origine de leur demande de logement social et que le préfet des Bouches-du-Rhône ne leur avait pas proposé de logement correspondant aux besoins et aux capacités de leur famille au 2 novembre 2019 soit au terme du délai de six mois après l'intervention le 2 mai 2019 de la décision de la commission de médiation. Toutefois, M. C a signé le 16 décembre 2021 un bail pour l'occupation d'un logement dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il ne répondait pas aux besoins et aux capacités de sa famille, circonstance limitant la période de responsabilité de l'Etat à cette date. Ainsi, la période de responsabilité de l'Etat s'étendant du 2 novembre 2019 au 16 décembre 2021, il y a lieu d'allouer à M. C, au titre des préjudices de toute nature subis par sa famille du fait de l'absence de relogement malgré une mesure d'expulsion, une somme de 2 650 euros sur la base d'une indemnisation de 250 euros par personne composant le foyer et par an, tous intérêts compris à la date du présent jugement.
Sur les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci après reproduites, sont applicables. / " Art. 1er. - I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / () / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement () ".
8. Dès lors que ces dispositions permettent à M. C, en cas d'inexécution du présent jugement dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que l'Etat est condamné à lui verser, il n'y a lieu de faire droit ni à ses conclusions à fin d'injonction ni, par voie de conséquence, à celles à fin d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cauchon-Riondet, avocate de M. C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Cauchon-Riondet de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme globale de 2 650 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Cauchon-Riondet une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Cauchon-Riondet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
E-M. B
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026