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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107575

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107575

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107575
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantWAHED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2021, Mme A C, représentée par Me Wahed, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle habite avec ses deux enfants dans un logement sur-occupé ;

- elle n'a jamais obtenu de logement social malgré l'autisme de l'un de ses enfants ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône ne lui a proposé que des logements qui ne sont pas adaptés aux besoins de sa famille ;

- la carence du préfet est à l'origine de ses préjudices.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2021 et 19 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le montant de la condamnation de l'Etat soit limité à 406,18 euros.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/001709 du 12 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme B a lu son rapport au cours de l'audience.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, qui réside avec ses deux enfants mineurs dans un appartement de type T1 d'une superficie de 38 m2 situé au 4ème étage d'un immeuble sans ascenseur, a déposé une demande d'attribution d'un logement social le 27 juillet 2017. Par une décision du 9 janvier 2020, la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône l'a reconnue comme prioritaire et comme devant être logée d'urgence dans un logement de type T3-T4. Par un jugement du 15 décembre 2020, le tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'assurer son logement dans le délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement. Par une lettre du 2 mars 2021 adressée au préfet, Mme C a sollicité l'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence au motif de la carence de l'Etat à la reloger. Elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. / () Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 de ce code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte ". Enfin, l'article R. 441-16-1 dudit code précise que ledit recours peut être introduit passé un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation.

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.

4. Il résulte de l'instruction que si le préfet des Bouches-du-Rhône a proposé le 11 février 2020 à Mme C un logement situé dans le 14ème arrondissement, celui-ci a été attribué à un autre demandeur. En revanche, il lui a proposé le 24 avril 2020 un logement de type T4 situé dans le 9ème arrondissement, correspondant à la composition de sa famille. S'il ressort des certificats médicaux et des rapports rédigés dans le cadre de l'accompagnement social de Mme C que, compte tenu du handicap de son fils atteint d'autisme, la famille nécessite l'attribution d'un logement proche des unités localisées pour l'inclusions scolaire (ULIS) dans lesquels l'enfant est scolarisé, soit dans le 6ème puis le 7ème arrondissement en raison d'un changement d'établissement, que l'enfant bénéficie d'une carte mobilité inclusion mention " priorité " depuis le 29 septembre 2020, carte qui lui a été attribuée en raison de la pénibilité de la station debout et, de plus, que la requérante qui accompagne son enfant dans tous ses déplacements en raison de son absence d'autonomie, ne dispose pas d'un véhicule, Mme C ne soutient ni même n'allègue que ce logement serait plus éloigné que ceux susceptibles de lui être proposés dans les 1er, 2ème, 4ème et 6ème arrondissements dans lesquels elle a demandé à se voir attribuer un logement. Par ailleurs, elle ne conteste pas que le logement proposé correspond à ses besoins et à ses capacités sur les autres points. Dans ces circonstances, alors qu'elle a été informée dans la décision de la commission de médiation qu'elle était susceptible de perdre le bénéfice de cette décision favorable, elle doit être regardée comme ayant opposé un refus à la proposition du préfet sans motif impérieux. Par suite, celui-ci doit être regardé comme délié de l'obligation de procéder au relogement de la requérante dès le 24 avril 2020.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Wahed.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. B

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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