lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107633 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LAO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août et 16 septembre 2021, Mme B C, représentée par Me Lao, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme de 11 396 euros à titre de dommages et intérêts, avec intérêts au taux légal à compter du 27 juin 2016 et capitalisation des intérêts à compter du 27 juin 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les soins prodigués au service des urgences de l'hôpital Nord, relevant de l'AP-HM, du 19 et 20 août 2009, qui n'ont pas été attentifs et conformes aux données acquises de la science, sont à l'origine de ses préjudices ;
- le préjudice de Mme C doit être réparé à hauteur de 708 euros au titre des frais d'expertise, 2 268 euros au titre de l'assistance temporaire par une tierce personne, 420 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 8 000 euros au titre des souffrances endurées.
Par un mémoire, enregistré le 22 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône, représentée par la SCP BBLM Avocats, demande au tribunal de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 1 425,49 euros au titre de ses débours avec intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir, la somme de 475,16 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 et 17 septembre 2021 et le 11 décembre 2023, l'AP-HM, représentée par Me Deguitre, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle fait valoir que les prétentions de la requérante sont excessives.
Par un mémoire, enregistré le 6 juin 2024, la CPAM des Bouches-du-Rhône déclare se désister purement et simplement de ses demandes.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 27 février 2018 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr A D à hauteur de 960 euros.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ayant été victime le 19 août 2009 d'un accident lors d'une sortie en mer et souffrant de douleurs lombaires, a été conduite par les marins-pompiers au service des urgences de l'hôpital nord de Marseille, relevant de l'AP-HM. L'intéressée est sortie le lendemain, sans immobilisation lombaire, avec un traitement anti-inflammatoire, myorelaxant et antalgique. Du fait de la persistance de douleurs et de l'apparition d'une paralysie progressive du membre inférieur droit, elle a bénéficié d'un scanner le 3 septembre 2009 révélant une fracture de tassement du corps de la vertèbre lombaire L1, laquelle rendra nécessaire plusieurs hospitalisations et interventions chirurgicales. Par la présente requête, Mme C demande la condamnation de l'AP-HM à l'indemniser en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge dans cet établissement en août 2009.
Sur les conclusions indemnitaires
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HM :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que sur les radiographies de face et de profil réalisées le 19 août 2019 lors du passage de Mme C aux urgences, la fracture tassement récente du corps vertébral de L1 était visible. Alors qu'une telle fracture aurait rendu nécessaire la réalisation d'un scanner lombaire en urgence, l'hospitalisation de la requérante et la prescription d'une contention lombaire, celle-ci n'a bénéficié d'aucun de ces actes avant sa sortie le lendemain. Dès lors, l'AP-HM a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à soutenir que la responsabilité pour faute de l'AP-HM doit être engagée et à obtenir l'indemnisation de ses préjudices.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des frais divers :
5. La requérante demande l'indemnisation de 708 euros de frais d'assistance à expertise. Cependant, elle ne justifie pas avoir engagé des frais d'assistance à expertise distincts de ceux exposés au cours de la procédure devant le juge judiciaire. Dès lors, la demande d'indemnisation au titre de ce préjudice doit être écartée.
S'agissant de l'assistance temporaire par une tierce personne :
6. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à raison de six heures par jour du 20 août au 7 septembre 2009, soit 19 jours, du fait du retard de diagnostic qu'elle a subi. Par ailleurs, il doit être tenu compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés et d'un taux horaire pour une aide non spécialisée de 14 euros. Compte tenu de ces modalités de calcul, l'indemnité due au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation doit être évaluée à la somme de 1 801,51 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a subi, du fait de ce retard diagnostic, un déficit fonctionnel temporaire total les 19 et 20 août, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel à 75% du 21 mai au 7 septembre 2009, soit 18 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 17 euros par jour, par la somme de 263,50 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées du fait exclusif de ce retard de diagnostic par Mme C sont évaluées à 3 sur une échelle de 7 du fait des souffrances physiques importantes causées par la fracture dont elle a été atteinte et qui n'ont pas été traitées. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 3 000 euros.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône :
10. Le désistement de la CPAM des Bouches-du-Rhône est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conséquences de l'indemnisation accordée par le juge judiciaire à la charge du responsable de l'accident :
11. La décision du juge administratif ne pouvant avoir pour effet de procurer à la victime une réparation supérieure au montant du préjudice subi, il y a lieu, pour celui-ci, de diminuer la somme mise à la charge de l'AP-HM dans la mesure requise pour éviter que le cumul de cette somme et des indemnités que la victime a pu obtenir devant d'autres juridictions excède le montant total des préjudices ayant résulté, pour elle, de l'accident et des conditions de sa prise en charge par l'AP-HM.
12. Par un jugement du 5 juin 2023 devenu définitif, le tribunal judiciaire de Marseille a retenu la responsabilité du propriétaire du bateau et de son assureur, Allianz IARD, sur le fondement de l'article 1384 alinéa 1. Ce tribunal a condamné le propriétaire du bateau et son assureur, Allianz IARD, à indemniser intégralement Mme C des préjudices qu'elle a subis du fait de son accident du 19 août 2009.
13. Afin d'éviter que le cumul des indemnités allouées à Mme C par le tribunal judiciaire de Marseille et par le présent jugement n'excède les préjudices indemnisables par l'AP-HM tels qu'évalués par le présent jugement, il y a lieu de limiter l'indemnisation devant être supportée solidairement par l'AP-HM à 1 153,51 euros au titre de l'assistance temporaire par une tierce personne, le déficit fonctionnel temporaire ayant été entièrement réparé par la somme de 297 euros allouée par le tribunal judiciaire au titre de la période allant du 19 août au 7 septembre 2009. Dès lors que les souffrances endurées évaluées par le tribunal judiciaire ne correspondent pas à celles considérées dans le présent jugement, il n'y a pas lieu d'en limiter l'indemnisation. L'indemnisation totale incombant à l'AP-HM s'élève ainsi à 4 153,51 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
14. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
15. Mme C a droit aux intérêts légaux sur la somme de 4 153,51 euros à compter du 27 juin 2016, date de réception de sa demande préalable par l'AP-HM, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à compter du 27 juin 2017, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
16. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'AP-HM, partie perdante, les frais de l'expertise ordonnée en référé le 2 janvier 2017, taxés et liquidés à la somme de 960 euros par ordonnance du 27 février 2018.
Sur les frais d'instance :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 2 000 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des demandes de la CPAM des Bouches-du-Rhône.
Article 2 : L'AP-HM est condamnée à verser à Mme C une somme de 4 153,51 euros avec intérêts au taux légal à compter du 27 juin 2016. Les intérêts échus le 27 juin 2017 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.
Article 4 : L'AP-HM versera à Mme C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille.
Copie en sera adressée au docteur A D, expert.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
A. Derollepot
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026