mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107717 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2021 et le 24 mars 2022, la société Chirripo, représentée par Me Maillot, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 95 206 euros en réparation de son manque à gagner en raison de son éviction irrégulière de la procédure de passation de l'accord-cadre pour l'impression et la livraison du magazine d'information départemental et de ses suppléments ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 6 869 euros en remboursement des frais engagés pour présenter son offre ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise aux fins de déterminer le montant de son préjudice ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- si le département des Bouches-du-Rhône a souhaité faire prévaloir le critère du prix des prestations sur les trois autres critères de sélection, les modalités de notation des critères de sélection sont de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération ;
- s'agissant du critère du prix des prestations, et après application de la méthode de notation, il en ressort que si l'offre du groupement attributaire est plus onéreuse de 8,34 % que la sienne, l'écart de notes, après application de cette méthode de notation, n'est que de 7,7 % et il en résulte que les écarts de notes tendent à réduire les écarts des offres de prix ;
- s'agissant du critère des délais de fabrication et de livraison, les formules de notation accroissent les écarts entre les notes, et le délai de transmission du bon à tirer est plus déterminant que le délai d'impression, de façonnage et de livraison à performance égale de l'offre globale des délais ;
- dès lors que son offre était meilleure en ce qui concerne le prix, pondéré à 40 % et égale sur les deuxième et quatrième critères, pondérés respectivement à 30 et 10 %, elle avait une chance sérieuse d'emporter le marché et les manquements qu'elle invoque l'ont lésée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le département des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante.
Il soutient que :
- la méthode de notation n'a pas eu pour effet de priver de portée les critères de sélection des offres ni d'en affecter la pondération ;
- le manquement allégué, interprété comme le fait que la méthode de notation ne permettrait pas de maintenir une stricte égalité entre, d'une part, l'écart proportionnel des prix et, d'autre part, l'écart des notes correspondantes manque en droit et en fait ;
- cette méthode de notation conduit à accorder au candidat proposant le meilleur prix la note maximale de 40 et aux autres candidats une note proportionnelle à celle du mieux-disant, de telle sorte qu'est conservée proportionnellement dans l'écart des notes, l'écart des prix ;
- le prix proposé par le Groupement Real-Mordacq étant supérieur de 8,34 % à l'offre mieux-disante de la société Chirripo, la note reçue par cette société pour le critère du prix est supérieure de 8,34 % à la note attribuée au Groupement Real-Mordacq, de sorte que le moyen manque en fait ;
- le manquement lié à la méthode de notation des délais de fabrication et de livraison manque en droit dès lors que le pouvoir adjudicateur peut prévoir une méthode de notation des délais qui n'est pas strictement proportionnelle aux écarts de délais ;
- l'appréciation de ce critère est fonction non pas du délai absolu, calculé en jours, mais du délai relatif calculé comme l'écart entre l'offre proposée et, d'une part, un délai théorique égal à 0 et, d'autre part, le besoin minimal exprimé par l'acheteur public ;
- aux termes de la première étape de notation du critère " délais de livraison ", l'écart des notes est proportionnel à l'écart des délais par rapport au minimum requis par l'acheteur public ;
- la seconde étape visant à retraiter les notes obtenues permet de donner à la pondération voulue son plein effet tout en conservant l'écart proportionnel des mérites intrinsèques des offres ;
- il était libre de valoriser, au sein de la méthode de notation des délais, la rapidité de transmission du bon à tirer par rapport au délai d'impression, de façonnage et de livraison, cela étant justifié par l'objet du marché et la satisfaction du besoin pour lequel il est conclu ;
- cette méthode de notation n'a pas pour effet de neutraliser le critère du prix ou sa pondération ;
- la société Chirripo ne justifie pas qu'elle aurait eu une chance sérieuse d'emporter le marché ;
- elle ne justifie pas de la réalité de ses préjudices.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public ;
- les observations de Me Raynal, représentant la société requérante et de Me Urien, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Une note en délibéré présentée par la société Chirripo, enregistrée le 28 mars 2022, n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis publié le 7 décembre 2020, le département des Bouches-du-Rhône a engagé une consultation, selon la procédure d'appel d'offres ouvert, pour la passation d'un accord-cadre portant sur l'impression et la livraison du magazine d'information départemental. Le 25 février 2021, le département a attribué le marché au groupement REAL communication / imprimerie Mordacq. Par un courrier du 4 mars 2021, le département des Bouches-du-Rhône a informé la société Chirripo du rejet de son offre, arrivée en deuxième position. Par lettre du 8 juin 2021 adressée au département, la société Chirripo a contesté la validité du marché et demandée être indemnisée de son manque à gagner en raison de son éviction irrégulière du marché. Le département des Bouches-du-Rhône n'a pas répondu à cette demande, faisant naître une décision implicite de rejet. La société Chirripo demande au tribunal de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 95 206 euros en réparation de son préjudice.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat demande la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'irrégularité ayant, selon lui, affecté la procédure de passation de ce contrat, il appartient au juge, si cette irrégularité est établie, de vérifier qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute en résultant et les préjudices dont le candidat demande l'indemnisation. Lorsque l'irrégularité ayant affecté la procédure de passation est insusceptible d'avoir affecté le sort du candidat, il ne saurait y avoir de lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à raison de son éviction. Sa demande de réparation des préjudices allégués ne peut alors qu'être rejetée.
En ce qui concerne les manquements allégués :
3. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
4. L'article 7.3 " attribution des marchés " du règlement de consultation du marché litigieux stipule que les offres seront évaluées à partir de quatre critères, notés de 0 à 100, constitués du prix des prestations pondéré de 40 %, de la qualité des échantillons pondérée de 30 %, des délais de fabrication et de livraison pondérés de 20 % et des performances environnementales pondérées de 10 %.
5. S'agissant du critère du prix, noté sur 40, ce même article précise que " le prix sera noté sur 40 selon la formule suivante : N (i =note attribuée au candidat) = 40 x [P (m=prix de l'offre du candidat) / P (i=prix de l'offre du candidat) et le candidat ayant obtenu le nombre de points le plus élevé à ce critère se verra ensuite attribuer la meilleure (40) et l'ensemble des notes sera recalculé au moyen de la précédente formule. Ce qui signifie que le candidat proposant le meilleur prix se verra automatiquement attribuer 40 points. ".
6. Il résulte de l'instruction que l'offre de la société requérante d'un montant de 811 434,58 euros s'est vu attribuer, suivant la méthode de notation précitée, la note maximale de 40 points alors que l'offre de la société attributaire, d'un montant de 879 127,70 euros, s'est vu attribuer la note de 36,92 points. Selon cette méthode de notation proportionnelle, si le prix proposé par le groupement attributaire est supérieur de 8,34 % à l'offre la mieux-disante, celle de la société requérante, la note attribuée au critère prix est également supérieure de 8,34 % à la note attribuée au groupement attributaire, contrairement à ce que soutient la société requérante. Il s'ensuit que le manquement tiré de ce que l'écart de notes ne refléterait pas l'écart de prix manque en fait.
7. S'agissant de la méthode de notation du critère des délais de fabrication et de livraison, noté sur 20, l'article 7.3 du règlement de la consultation précise que : " Pour la transmission du BAT, le délai maximum de livraison est de 4 jours calendaires ; Pour l'impression, le façonnage et la livraison, le délai maximum de livraison est de 12 jours calendaires. / Le délai de transmission du BAT sera noté sur 10 selon la formule suivante : 10 x (-(délai du candidat -4) /4) ; Le délai d'impression, de façonnage et de livraison sera noté sur 10 selon la formule suivante : 10 x (-(délai du candidat -12) / 12). / () Le candidat ayant obtenu le nombre de points le plus élevé à ce critère se verra ensuite attribuer la meilleure note (20) et l'ensemble des notes sera recalculé au moyen de la formule suivante : N i (note délais attribuée au candidat) = 20 x (ND i (note délais du candidat) / ND m (note du candidat ayant eu la meilleure note). / Ce qui signifie que le candidat ayant eu la meilleure note " délais de livraison " se verra attribuer 20 points ".
8. Il résulte de l'instruction que, dans le premier temps de l'évaluation, l'écart des notes est proportionnel à l'écart des délais par rapport aux délais minimum et maximum requis par le département des Bouches-du-Rhône s'agissant tant du délai de transmission du bon à tirer (BAT) que du délai d'impression, de façonnage et de livraison. Ainsi, la société requérante, qui a proposé un délai de transmission du BAT de 3 jours et un délai d'impression de 11 jours, obtient une note finale de 3,33/10 quand la société attributaire, qui a proposé un délai de transmission du BAT de 2 jours et un délai d'impression de 10 jours obtient une note finale de 6,66/10. Dans le second temps de l'évaluation et après retraitement des notes, la société attributaire, qui a obtenu la meilleure note, s'est vu attribuer 20 points et la société requérante 10 points. Le département pouvait en effet, sans méconnaître le principe d'égalité entre les candidats ni les obligations de publicité et de mise en concurrence, choisir une méthode de notation du critère des délais qui permettait une différenciation des notes attribuées aux candidats, notamment par l'attribution automatique de la note maximale au candidat ayant présenté la meilleure offre, comme précédemment pour le critère prix. Si la société requérante reproche au département d'avoir, par cette méthode de notation, valorisé le délai de transmission du BAT par rapport au délai d'impression, le département justifie ce choix par le fait que l'émission du BAT peut se répéter plusieurs fois, suivant les corrections et ajouts effectués, contrairement au délai d'impression, de façonnage et de livraison et que la rapidité d'exécution du BAT par le prestataire lui donne une souplesse pour intégrer de nouveaux éléments au fichier, en fonction de l'évolution de l'actualité départementale. Contrairement à ce que soutient encore la société requérante, cette méthode de notation n'a pas d'influence sur le critère prix, pour lequel le département a adopté une autre méthode de notation, et n'aboutit donc pas à neutraliser ce critère. Ainsi, les éléments d'appréciation pris en compte ne sont pas dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation, et les exemples chiffrés de la société requérante n'établissent pas que la méthode de notation en cause aboutirait à accroître les écarts de notes. Enfin, et contrairement à ce que soutient la société requérante, cette méthode de notation des délais n'a pas pour effet de priver de portée ce critère et ne conduit pas davantage à écarter l'offre économiquement la plus avantageuse.
9. Il résulte de ce qui précède que les manquements invoqués n'étant pas établis, la société Chirripo n'est pas fondée à soutenir que la procédure de passation du marché en cause était entachée d'irrégularité constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de du département des Bouches-du-Rhône. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise aux fins de déterminer le montant de son préjudice, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Chirripo au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Chirripo une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par le département des Bouches-du-Rhône et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Chirripo est rejetée.
Article 2 : La société Chirripo est condamnée à verser au département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Chirripo et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. ALe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026