mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2107767 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT-LACROIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 septembre 2021 et 25 juillet 2023, Mme A B, représentée par la SELARL Alpazur Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS) à lui verser une somme de 16 907,73 euros en réparation des préjudices qu'elle a subi du fait du mauvais motif de fin de contrat retenu par l'établissement sur l'attestation à destination de pôle emploi, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de sa requête, avec capitalisation annuelle ;
2°) d'enjoindre au CHICAS de lui délivrer une attestation pôle emploi rectifiée, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CHICAS la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le CHICAS a qualifié sa fin de contrat de manière erronée ce qui constitue une erreur manifeste d'appréciation et que le refus du CHICAS de modifier cette attestation en reconnaissant qu'elle a refusé le renouvellement de son contrat de travail pour un motif légitime, est constitutive d'une faute susceptible d'engager sa responsabilité ;
- en tout état de cause, si la perte de son emploi ne peut pas être qualifiée d'involontaire, elle justifie d'un motif légitime pour avoir indiqué à son employeur qu'elle ne souhaitait pas le renouvellement ou la prolongation de son contrat ;
- le fait que le CHICAS ait retenu le motif d'une rupture anticipée à l'initiative du salarié l'a privée du versement de l'allocation chômage en méconnaissance de l'article L.5424-1 du code du travail et l'a mise en difficultés financières durant sa formation d'aide-soignante non rémunérée ;
- elle a subi des préjudices qui sont en lien direct et certain avec le motif erroné de l'attestation pôle emploi ;
- son employeur a commis une erreur de droit en méconnaissant l'application des dispositions de l'article 38-1 du décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- par ailleurs, le CHICAS a également commis une faute en la faisant travailler au sein de l'établissement du 29 mars au 26 mai 2020 sans aucun avenant à son contrat ;
- le CHICAS a prolongé son contrat à durée à déterminée par avenant de manière abusive alors même que ces renouvellements ne sont fondés sur aucun motif objectif et qu'elle n'a perçu aucune indemnité compensatrice de congés payés ce qui constitue une faute ;
- elle est donc fondée à solliciter l'indemnisation de cet abus et de cette seconde faute à hauteur de 476,52 euros correspondant à l'indemnité de licenciement à laquelle elle aurait pu prétendre si elle avait été en contrat à durée indéterminée et à hauteur de 1 431,21 euros d'indemnité compensatrice de congés payés non perçue ;
- enfin, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 15 000 euros pour réparer les conséquences du refus du CHICAS de rectifier son attestation pôle emploi lui permettant d'accéder à l'assurance chômage à laquelle elle avait droit.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 septembre 2021 et 22 août 2023, le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS), représenté par Me Clément-Lacroix, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- l'arrêté du 15 juin 2011 portant agrément de la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage et de son règlement général annexé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme C, magistrate rapporteure,
-et les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, agent de service hospitalier qualifié (ASHQ) contractuel au CHICAS depuis le 16 décembre 2019, a bénéficié d'un contrat à durée déterminée (CDD) jusqu'au 30 janvier 2020 inclus renouvelé par voie d'avenants. Elle s'est inscrite pour une formation professionnelle non rémunérée d'aide-soignante à compter du 1er septembre 2020 en informant préalablement, le 27 juillet 2020, son employeur qu'elle ne souhaitait pas le renouvellement de son contrat. La requérante, qui n'a pas pu bénéficier du versement de l'allocation chômage d'aide au retour à l'emploi, demande au tribunal d'engager la responsabilité du CHICAS pour faute et de condamner l'établissement à réparer les préjudices qu'elle a subi du fait des différents manquements fautifs qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité du CHICAS :
En ce qui concerne les renouvellements de contrat :
2. Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " II. - Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 36 a été effectuée. Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent II, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".
3. Il résulte de l'instruction, et en particulier des pièces produites par le CHICAS, que Mme B a été recrutée au sein de cet établissement afin de pourvoir une vacance de poste dans l'attente d'un recrutement par voie réglementaire et qu'elle a bénéficié d'un contrat initial pour la période du 16 décembre 2019 au 31 janvier 2020 inclus, puis de trois avenants pour les périodes du 1er février 2020 au 29 mars 2020 inclus, du 30 mars 2020 au 31 mai 2020 inclus et du 1er juin 2020 au 30 août 2020.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité du CHICAS doit être engagée du fait d'une période d'emploi non couverte par un contrat ni de renouvellements abusifs de son contrat initial par des avenants de courte durée.
En ce qui concerne les conditions de la fin de contrat :
5. Aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs involontairement privés d'emploi (), aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure ". L'article L. 5424-1 du même code dispose que : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () ". En vertu de l'article L. 5424-2 de ce code, les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent en principe la charge et la gestion de l'allocation d'assurance chômage.
6. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, sous le contrôle du juge, si les circonstances du non-renouvellement d'un contrat à durée déterminée permettent d'assimiler celui-ci à une perte involontaire d'emploi. L'agent public contractuel qui refuse le renouvellement de son contrat de travail ne peut être regardé comme involontairement privé d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime. Un tel motif peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel. Par ailleurs, si l'existence d'actes positifs et répétés accomplis en vue de retrouver un emploi est une condition mise par les dispositions précitées au maintien de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, elle ne saurait conditionner l'ouverture du droit à cette allocation.
7. En vertu de l'article 2 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage, conclue sur le fondement de l'article L. 5422-20 du code du travail et agréée par arrêté du ministre du travail, de l'emploi et de la santé du 15 juin 2011, applicable aux agents publics involontairement privés d'emploi, sont notamment regardés comme involontairement privés d'emploi ou assimilés les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte d'une fin de contrat de travail à durée déterminée ou d'une démission considérée comme légitime. Si l'article 41 du décret du 6 février 1991, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986, impose à l'établissement public de santé qui recrute un agent contractuel pour une période déterminée susceptible d'être reconduite de notifier à l'intéressé, dans un certain délai avant le terme du contrat, son intention de le renouveler ou non, l'agent contractuel qui fait connaître à son employeur, avant que ce dernier lui ait notifié son intention de renouveler ou non le contrat, qu'il refuse un tel renouvellement, sans que ce refus soit fondé sur un motif légitime, ne saurait, alors même qu'aucune proposition de renouvellement de son contrat ne lui aurait ensuite été faite, être regardé comme involontairement privé d'emploi à l'issue de son contrat de travail à durée déterminée.
8. Il résulte de l'instruction que, par une lettre du 27 juillet 2020, Mme B a indiqué au CHICAS qu'elle ne souhaitait pas le renouvellement de son contrat à durée déterminée, en faisant état de son inscription à une formation d'aide-soignante à compter du 1er septembre 2020. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'en estimant qu'elle ne pouvait utilement se prévaloir de ce que son employeur ne lui avait pas notifié dans les délais son intention de renouveler ou non son contrat pour soutenir qu'elle avait été involontairement privée de son emploi, le CHICAS n'a pas commis d'erreur de droit. Par ailleurs, l'entrée en formation de Mme B à compter du 1er septembre 2020 motivant son refus de renouvellement ne constitue un motif légitime de nature à permettre de la regarder comme involontairement privée d'emploi contrairement à ce qu'elle soutient. Il suit de là que les moyens tirés de ce que le CHICAS aurait commis une erreur d'appréciation et inexactement qualifié les faits de l'espèce doivent être écartés.
9. Enfin, Mme B ne saurait se prévaloir de l'application de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 qui concerne les agents contractuels de la fonction publique territoriale et ne lui sont donc pas applicables en l'espèce dès lors que sa situation relevait du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. Le moyen doit être écarté en ce qu'il est inopérant.
En ce qui concerne l'indemnité compensatrice de congés payés :
10. Mme B allègue sans l'établir qu'elle n'aurait bénéficier d'aucune indemnité compensatrice de congés payés. Dans ses conditions, la requérante n'est pas fondée, en l'absence d'éléments sur son calendrier de congés annuels, à demander la condamnation du CHICAS à lui verser une indemnité compensatrice de congés payés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité fautive du CHICAS et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais du litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHICAS, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge du CHICAS la somme exposée par lui au titre de l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CHICAS au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
L. C
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026