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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107843

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107843

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107843
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS REINHART MARVILLE TORRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2021 et le 3 juin 2022 sous le numéro 2107843, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ecurie Romuald Mourice, représentée par Me Goldstein, demande au tribunal :

1°) le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle disposait à l'expiration des années 2018 et 2019, d'un montant de 290 006 euros, ainsi que la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2019 d'un montant de 60 775 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le crédit de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que le montant de taxe sur la valeur ajoutée dont elle demande la restitution correspondent à des gains de courses des chevaux qui lui appartiennent ou sont la propriété d'éleveurs qu'elle entraîne dans sa carrière, qui sont exonérés de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt Odvolací financní reditelství contre Pavlína Baštová du 10 novembre 2016 (C-432/15), et il convient d'écarter l'application des dispositions du 4° du III de l'article 257 du code général des impôts sur la base duquel elle s'est acquittée de cette taxe sur ces gains au cours de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019 ;

- contrairement à ce que fait valoir l'administration, elle a comptabilisé et déclaré la taxe sur la valeur ajoutée en litige, et elle justifie des gains versés par la société d'encouragement à l'élevage du cheval français (SECF) et les propriétaires des chevaux.

Par un mémoire, enregistré le 3 janvier 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2021 et le 3 juin 2022 sous le numéro 2110840, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ecurie Romuald Mourice, représentée par Me Goldstein, demande au tribunal :

1°) le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle disposait à l'expiration de l'année 2020 d'un montant de 417 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le crédit de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que le montant de taxe sur la valeur ajoutée dont elle demande la restitution correspondent à des gains de courses des chevaux qui lui appartiennent ou sont la propriété d'éleveurs qu'elle entraîne dans sa carrière, qui sont exonérés de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt Odvolací financní reditelství contre Pavlína Baštová du 10 novembre 2016 (C-432/15), et il convient d'écarter l'application des dispositions du 4° du III de l'article 257 du code général des impôts sur la base duquel elle s'est acquittée de cette taxe sur ces gains au cours de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020 ;

- contrairement à ce que fait valoir l'administration, elle a comptabilisé et déclaré la taxe sur la valeur ajoutée en litige, et elle justifie des gains versés par la société d'encouragement à l'élevage du cheval français (SECF) et les propriétaires des chevaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ecurie Romuald Mourice, qui exerce une activité d'élevage et d'entraînement de chevaux de course, a déclaré la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur les gains issus de courses hippiques dans lesquelles ces chevaux ont concouru durant la période allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020. Par deux réclamations du 31 décembre 2020 et du 5 mai 2021, elle a demandé le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée résultant de la taxe qu'elle a collectée sur ces gains dont elle disposait à l'issue de cette période, d'un montant total de 417 000 euros. Ces réclamations ont été rejetées par l'administration par des décisions du 6 juillet 2021 et du 22 octobre 2021. La société requérante demande au tribunal le remboursement de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2107843 et 2110840 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le bien-fondé des demandes de remboursement :

En ce qui concerne l'assujettissement des gains de course à la taxe sur la valeur ajoutée :

3. Par un arrêt du 10 novembre 2016 Odvolací financní reditelství contre Pavlína Baštová (C-432/15), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que l'article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, doit être interprété en ce sens que ne constitue pas une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, la mise à disposition d'un cheval par son propriétaire, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'organisateur d'une course hippique aux fins de la participation dudit cheval à cette course, dans l'hypothèse où elle ne donnerait pas lieu au versement d'un cachet de participation ou d'une autre rémunération directe et où seuls les propriétaires des chevaux s'étant classés en ordre utile à l'arrivée de la course reçoivent un prix, fût-il déterminé à l'avance, une telle mise à disposition d'un cheval ne constituant une prestation de services effectuée à titre onéreux que dans l'hypothèse où elle donne lieu au versement, par l'organisateur, d'une rémunération indépendante du classement du cheval en cause à l'arrivée de la course. Il en résulte que les dispositions du 4° du III de l'article 257 du code général des impôts alors applicables, et abrogé depuis le 1er janvier 2021, en vertu desquelles ces gains étaient soumis à la taxe sur la valeur ajoutée, sont incompatibles avec l'article 2, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, qui impose d'écarter ces dispositions aux gains perçus par la société requérante au cours de la période en litige, ce que, au demeurant, l'administration ne conteste plus en défense.

En ce qui concerne le montant du crédit dont le remboursement est demandé :

4. Il résulte de l'instruction, notamment des attestations de l'expert-comptable de l'EURL Ecurie Romuald Mourice des 27 novembre 2020 et 3 mai 2021, des extraits de sa comptabilité qu'elle produit pour les années 2018 à 2020 ainsi que des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a déposées au titre de cette même période, que celle-ci a collecté, du 1er janvier au 31 décembre 2018, 155 677 euros de taxe sur la valeur ajoutée sur des gains de courses d'un montant de 778 382 euros, perçus de la part de propriétaires de chevaux et de la société d'encouragement à l'élevage du cheval français (SECF), autrement dénommée " Le Trot ", du 1er janvier au 31 décembre 2019, 195 104 euros de taxe sur des gains provenant desdits propriétaires et de la SECF et, du 1er janvier au 31 décembre 2020, 140 343 euros de taxe en provenance également de ces propriétaires et de la SECF. Ces montants sont corroborés par les factures de la SECF produites à l'instance dont l'authenticité n'est pas sérieusement remise en cause par l'administration en défense, et l'EURL requérante établit également avoir liquidé cette taxe collectée auprès du Trésor. Si l'administration fait valoir que les sommes indiquées en ligne " TVA gains " de chacun des relevés de la SECF pour la période 2018 aboutissent à un total de 146 719 euros, qui ne correspond pas à la somme de 155 677 euros qui constitue la partie 2018 de la somme de 350 781 euros portées en ligne 2 B " somme à imputer " de la déclaration rectificative du 22 décembre 2020 déposée par la requérante en vue du remboursement du crédit de taxe litigieux, l'EURL requérante soutient sans être contredite, à l'appui de ces relevés, que cette incohérence résulte de la taxe facturée à la SECF au titre du trimestre précédent, et qu'il y a donc un décalage trimestriel sur ces relevés, et que la TVA facturée n'est pas seulement afférente aux prix de course mais également aux primes éleveur et aux aides à l'emploi perçues, qui figurent sur les relevés et les factures. Si l'administration fait également valoir que le montant de 296 589 euros de crédit de taxe reportable inscrit sur la déclaration rectificative du premier trimestre de l'année 2021 ne correspond pas à celui de 290 006 euros dont se prévaut la requérante au titre des années 2018 et 2019, cette dernière explique sans davantage être contredite que la différence de 6 583 euros correspond à une régularisation de taxe déductible de l'année 2020 qui n'avait pas été encore déduite, et ces deux montants apparaissent bien, comme elle le soutient, dans le " cadre réservé à la correspondance " de cette déclaration, aux côté du renvoi à un courrier explicatif qu'elle a adressé à l'appui. Dans ces conditions, l'EURL Ecurie Romuald Mourice est fondée à demander le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle disposait à l'expiration de l'année 2020 d'un montant de 417 000 euros, qui inclut, suivant ses écritures, ceux dont elle disposait à l'expiration des années 2018 et 2019.

Sur les frais de l'instance :

5. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il est accordé à l'EURL Ecurie Romuald Mourice le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle disposait à l'expiration de l'année 2020 d'un montant de 417 000 euros.

Article 2 : L'Etat versera à l'EURL Ecurie Romuald Mourice la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Ecurie Romuald Mourice et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. A La présidente,

Signé

A. Menasseyre

Le greffier,

Signé

I. Abed

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

5

2, 2110840

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