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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107884

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107884

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantGUILLOT-PATRIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Guillot-Patrique, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet ne lui a proposé aucun logement et le jugement du 19 février 2020 du tribunal administratif de Marseille n'a pas été exécuté ;

- il subit des troubles dans ses conditions d'existence dès lors que lui-même et sa famille vivent dans un logement sur-occupé ;

- cette situation dure depuis deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation de l'Etat soit limitée à un montant de 374,94 euros.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/027092 du 11 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a lu son rapport lors de l'audience.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 7 mars 2019, la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône a reconnu M. B, vivant avec son épouse et leurs huit enfants, comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence dans un logement de type T6. Par un jugement du 19 février 2020, le tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'assurer son logement dans le délai de quatre mois à compter de notification de ce jugement. Par une lettre du 11 mai 2021, le requérant a demandé au préfet de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis en l'absence de ce relogement. M. B demande du tribunal de condamner l'Etat lui verser la somme de 5 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. / () Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 de ce code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte ". Enfin, l'article R. 441-16-1 dudit code précise que ledit recours peut être introduit passé un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation.

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet a adressé à M. B une proposition de logement le 19 août 2019 qui n'a pas abouti en raison de l'envoi d'un dossier incomplet par le requérant, circonstance que celui-ci ne conteste pas. Par ailleurs, il ne conteste pas non plus que ce logement, de type T6, ainsi que préconisé dans la décision de la commission de médiation, correspondait à ses besoins et à ses capacités. Dès lors que la décision de la commission de médiation mentionne que le refus sans motif impérieux d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de cette décision, l'absence de justification par le requérant de l'existence d'un tel motif s'oppose à ce que le préfet soit considéré comme ayant omis de lui proposer un logement adapté aux besoins et aux capacités dans le délai de six mois après la décision du 7 mars 2019 de la commission de médiation et ainsi, commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et Me Guillot-Patrique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. C

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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