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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107969

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107969

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107969
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantREZAIGUIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 septembre 2021 et le 17 octobre 2022, Mme D A, représenté par la Selarl Daylitis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2021, prise sur recours administratif préalable, par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône l'a radié du dispositif de revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2021, et a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant global de 21 379,52 euros, correspondant à quatre trop-perçus s'élevant respectivement à 5 247,60 euros, 164,27 euros, 8 675,23 euros et 7 292,42 euros ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental des Bouches-du-Rhône de restituer les sommes récupérées au titre de l'indu et de rétablir ses droits au revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission de recours amiable n'a pas été consultée en méconnaissance de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale a été méconnu dès lors que la décision attaquée n'a pas été précédée de la communication sur la teneur et l'origine des informations obtenues auprès des tiers

- le département des Bouches du Rhône a considéré à tort qu'il existait une situation d'intérêt de vie en communauté avec M. C, le père de ses deux enfants.

Le département des Bouches du Rhône a produit l'entier dossier de l'allocataire le 1er février 2022, et a produit mémoire en défense le 12 octobre 2022.

Mme A a produit un mémoire le 31 octobre 2022, qui n'a pas été communiqué en l'absence d'éléments nouveaux.

Par décision du 26 novembre 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caselles, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caselles, première conseillère,

- les observations de Mme B, de la direction des affaires juridiques, représentant le département des Bouches-du-Rhône.

Par une ordonnance du 18 octobre 2022, La clôture de l'instruction a été reportée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, au 2 novembre 2022 à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande l'annulation de la décision du 7 juillet 2021, prise sur recours administratif préalable, par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône l'a radié du dispositif de revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2021, et a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant global de 21 379,52 euros

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de saisine de la commission de recours amiable :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du dossier de l'allocataire produit par le département des Bouches du Rhône que la commission de recours amiable a bien été saisie, avant l'édiction de la décision attaquée, ainsi qu'en atteste la décision de la commission du 21 juin 2021 n°D20210691 versée aux débats.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation d'informer l'allocataire de l'exercice du droit de communication :

3. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ". Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation.

4. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

5. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès des tiers, il résulte du rapport de contrôle du 13 janvier 2021 que la requérante " a été confrontée aux éléments recueillis lors [des] investigations " menée par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, et qu'elle a donc été informée par le contrôleur de l'exercice du droit de communication exercé auprès notamment des employeurs du père de ses enfants, et du fichier des comptes bancaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 11 doit être écarté.

En ce qui concerne l'existence d'une vie maritale :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment en met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. (). ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). ".

7. Il résulte de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

8. L'indu de solidarité active en litige, ainsi que la décision de radiation contestée ont pour origine la prise en compte par l'administration de l'existence d'une vie de couple entre Mme A et M. C depuis décembre 2016. Il résulte de l'instruction que pour fonder sa décision, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a relevé que M. C est le père des deux enfants de la requérante, qu'il est domicilié chez Mme A à compter de décembre 2016 auprès de sa banque et auprès de ses employeurs, que Mme A a été hébergée par les parents de M. C, ce que cette dernière reconnaît pour les années 2013 et 2014, qu'il ne verse aucune pension alimentaire. A cet égard, la seule production d'une attestation de M. C datée du 12 janvier 2021, au terme de laquelle ce dernier déclare verser à sa compagne 230 euros de pension alimentaire pour contribuer à l'entretien de ses deux enfants, ne suffit pas à établir une absence de mise en commun des ressources et des charges, notamment en l'absence de tout flux financier corroborant le versement de cette allocation. De même la seule circonstance que Mme A soit la seule titulaire du bail du logement qu'elle occupe, et qu'elle règle seule les factures de gaz, ainsi que le loyer de ce même logement, ne prouve pas que Mme A et M. C ne vivent pas sous le même toit. Au regard des éléments précités, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône doit être regardée comme ayant réunie des indices forts et concordant de nature à prouver que M. C et Mme A vivent sous le même toit et qu'ils mènent une vie de couple stable et continue. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a régularisé les déclarations trimestrielles de ressources de Mme A en réintégrant les revenus perçus par son conjoint.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. CasellesLa greffière,

Signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2106979

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