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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2107986

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2107986

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2107986
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2021, Mme C A, représentée par Me Maury, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 10 620,40 euros en réparation des préjudices de toute nature résultant de l'impossibilité d'accès à son box de garage, assortie des intérêts capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille les dépens de l'instance, ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accès au box de garage dont elle est propriétaire Traverse du cimetière des juifs a été rendu impossible par la création en 2011, par les services de la commune de Marseille, de places de stationnement payant situés en face ;

- le trouble de jouissance ayant résulté pour elle de cette situation est rapporté par l'expert désigné par le tribunal ;

- elle doit être indemnisée au titre de ce préjudice, évalué à la somme de 8 260 euros par l'expert, ainsi qu'au titre des frais de conseils qu'elle a engagés, pour un montant de 2 360,40 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, la commune de Marseille conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à la réduction de la condamnation à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne précise pas les fondements de sa demande qui seraient de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- la requérante ne justifie pas de la réalité du trouble de jouissance qu'elle allègue.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2007257 du 12 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Maury, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire d'un box de garage situé Traverse du cimetière des juifs à Marseille. Par un courrier du 10 juin 2021, elle a demandé à la commune de Marseille de l'indemniser au titre des préjudices de toute nature qu'elle impute à l'installation en 2011, en face de ce bien, de places de stationnement. Après que cette demande a été rejetée, elle demande au tribunal de condamner la commune de Marseille à lui verser une somme globale de 10 620,40 euros à ce titre.

Sur la responsabilité :

2. En premier lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, si la faute commise par l'administration est établie, la condamnation de la personne publique est cependant subordonnée à la démonstration d'un préjudice certain, présentant un lien direct de causalité avec l'illégalité fautive retenue.

3. Aux termes du 2° de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement () Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ".

4. Il résulte de l'instruction qu'en exerçant son pouvoir de police de la circulation et du stationnement qu'il tient des dispositions précitées, le maire de la commune n'a pas entaché sa décision d'illégalité. Par suite, il convient d'écarter toute faute de la commune de Marseille.

5. En second lieu, la responsabilité du maître de l'ouvrage est engagée, même sans faute, à raison des dommages que l'ouvrage public dont il a la garde peut causer aux tiers. Il appartient toutefois au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère anormal et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

6. Il résulte de l'instruction, d'une part, que contrairement à ce que soutient la requérante, la décision de créer des places de stationnement devant son box en 2011 n'a pas rendu impossible l'accès à ce garage, mais l'a seulement compliqué. A cet égard, le rapport de l'expert désigné par le tribunal relève, après reconstitution, que s'il n'est pas rendu aisé par ces places de stationnement, cet accès reste possible à un véhicule de petite taille, et qu'un plus gros véhicule peut également accéder au garage. La circonstance que, par un arrêté du 27 octobre 2020, le maire de Marseille a supprimé les places de stationnement situées Traverse du cimetière des juifs est sans influence. D'autre part, la requérante sollicite une indemnisation de son préjudice à hauteur de 8 260 euros comprenant 1 510 euros de taxe foncière et 6 750 euros de perte de jouissance suivant valeur locative. Toutefois, Mme A est domiciliée à Chamonix ainsi qu'il résulte des mentions portées sur ses avis d'imposition au titre de la taxe foncière relatifs aux années 2017 à 2020 et des factures que lui a adressées son conseil au cours de l'année 2021. En outre, la requérante elle-même affirme dans un courrier du 18 août 2017 adressé au maire de Marseille qu'avant 2017, elle n'utilisait pas le box. Si Mme A a subi un préjudice de gêne d'accès à son emplacement privatif de garage, il est constant qu'elle est restée propriétaire de son immeuble, dont le garage ne constitue que l'une des composantes. Aussi, l'indemnisation sollicitée au titre du paiement de la taxe foncière ne peut être que rejetée. De plus, l'intéressée ne justifie pas avoir loué son garage, de sorte que le poste de préjudice se rattachant à la perte de valeur locative du bien doit également être rejeté. La requérante ne démontre pas davantage avoir été contrainte à louer un parking ailleurs pour pouvoir se garer. Mme A n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, que les troubles relatifs à l'accès à son garage, qu'elle impute aux places de stationnement implantées devant son box de garage en 2011, qui n'empêchaient pas l'accès mais le rendaient plus compliqué, constituent un préjudice anormal et spécial excédant les sujétions que les riverains des voies publiques sont normalement tenus de supporter dans un but d'intérêt général. Par suite, la responsabilité sans faute du maire de la commune de Marseille n'est pas établie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens ".

9. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme A les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 514,25 euros par l'ordonnance de la première vice-présidente du tribunal du 21 juin 2021.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 3 514,25 euros sont mis à la charge définitive de Mme A.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à la commune de Marseille et à la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Copie en sera adressée à M. B, expert.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

J. D

Le président,

Signé

J.-M. Laso

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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