lundi 21 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108202 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | D'ONORIO DI MEO |
Vu la procédure suivante :
Par des productions, enregistrées le 8 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me d'Onorio Di Meo, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les impositions ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour l'administration d'avoir donné suite à sa demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur ;
- la méthode de reconstitution retenue par l'administration, fondée sur un ratio global de ventes de liquides, ne pouvait valablement être retenue pour déterminer le chiffre d'affaires des ventes de restauration sans boissons ;
- le ratio global des ventes de liquide retenu, déterminé à partir de tickets Z qui ne reflètent pas la réalité de l'activité de restauration, est excessif ;
- compte tenu du prix moyen du panier facturé aux clients, de 22,45 euros et du nombre de 10 865 couverts servis, son chiffre d'affaires de l'année 2016 s'élève à environ 243 919 euros ;
- les éléments relevés par l'administration ne suffisent pas à démontrer l'existence de manquements délibérés ni à motiver l'application de cette sanction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".
2. L'EURL Au Cœur du Panier, dont Mme A est la gérante et associée unique, exploite un restaurant au 23 rue du Panier à Marseille. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle le service a reconstitué son chiffre d'affaires au titre de l'année 2016, après avoir écarté sa comptabilité comme non probante. A l'issue des opérations de contrôle, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties de pénalité pour manquement délibéré, ont été mises à la charge de Mme A au titre de l'année 2016. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes.
3. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Cette charte, dans sa version soumise à l'EURL Au Cœur du Panier indique que " si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal " et que " si après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur départemental ou régional qui est un fonctionnaire de rang élevé spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ".
4. Les dispositions citées au point 3 assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur dans les conditions qu'elles précisent. La mise en œuvre de cette garantie doit être demandée par le contribuable avant la décision d'imposition, c'est-à-dire la date de mise en recouvrement d'une imposition supplémentaire résultant des opérations de contrôle entrant dans le champ de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié. Au cas d'espèce, la demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur a été présentée par l'EURL Au Cœur du Panier par courrier daté du 20 septembre 2019, soit postérieurement à la date de mise en recouvrement, fixée au 20 avril 2019 en matière d'impôt sur le revenu. Par suite, l'administration fiscale a pu, sans méconnaître les dispositions précitées, ne pas donner suite, en raison de sa tardiveté, à la demande dont elle était saisie. Ainsi, le moyen tiré de ce que les impositions auraient été établies à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'existence d'une demande de saisine du supérieur hiérarchique demeurée sans suite n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que pour reconstituer les recettes de l'EURL Au Cœur du Panier, le service vérificateur s'est fondé sur la méthode dite " des liquides " qui a consisté à déterminer, pour l'exercice clos en 2016, la part que représentent les ventes de boissons, alcoolisées et non alcoolisées, dans le chiffre d'affaires total de la société, à partir du dépouillement des 231 tickets Z journaliers présentés de janvier à décembre 2016, puis à déterminer les recettes TTC générées par les ventes de liquides à partir des achats revendus et des tarifs pratiqués. Pour déterminer les achats revendus de boissons, le service s'est fondé sur l'ensemble des factures de boissons alcoolisées, y compris celles qui n'avaient pas été comptabilisées, obtenues après exercice du droit de communication, auprès de différents fournisseurs, tels que la SARL TMA France, Compagnie des vignes, la SARL midi et demi La Cagole, Metro et Provence Café. Les boissons exclusivement utilisées en cuisine ou uniquement consommées par le personnel n'ont pas été valorisées, et des correctifs ont été appliqués à ce chiffre d'affaires pour tenir compte des pertes, des offerts, des consommations personnelles et du personnel. L'administration fiscale a ainsi déterminé que le chiffre d'affaires global TTC de l'EURL s'élevait à 450 516 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, après extrapolation du ratio des ventes de liquides fixé à 22,66 %.
6. Pour contester, tout d'abord, la part des ventes de liquides par rapport au total des recettes de l'établissement, Mme A soutient qu'elle ne peut pas refléter la réalité économique de l'exploitation du restaurant dès lors que le service s'est fondé sur le dépouillement des tickets Z de l'année 2016, alors qu'une partie d'entre eux sont manquants, et que la majorité de ces tickets manquants se rapporte à la période hivernale, et donc à une saison pendant laquelle l'activité de la société requérante est moindre. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, le service a calculé un rapport entre les ventes de boissons et les ventes globales, pour fixer le ratio mentionné au point précédent, de sorte que le volume des ventes globales en hiver, en valeur absolue, est sans incidence sur la détermination de la part relative des ventes de liquide. Par suite le moyen ainsi invoqué est inopérant.
7. Ensuite, alors que Mme A n'apporte aucun élément permettant de corroborer le fait que, comme elle le soutient, la fréquentation de l'établissement serait restée constante au cours des trois années comparées, le seul constat selon lequel le chiffre d'affaires reconstitué au titre de l'année 2016 est supérieur de plus de 100 000 euros aux chiffres d'affaires reconstitués au titre des années 2014 et 2015, à partir des seuls encaissements de carte bleues et espèces réalisés par Mme A au titre de son activité individuelle, ne saurait suffire à remettre en cause la pertinence et le bien-fondé de la méthode appliquée par le service, ou à démontrer que cette méthode ne reflèterait pas la réalité de l'exploitation de l'établissement, alors que le contrôle de l'activité individuelle de Mme A correspond à une procédure indépendante de la vérification de comptabilité dont l'EURL a fait l'objet. En invoquant la disparité dans les chiffres d'affaires reconstitués, Mme A soulève un moyen qui n'est, ainsi, assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien
8. Enfin, si Mme A soutient que le panier moyen facturé par client, sur la base des tickets Z remis au service, s'élève à 22,45 euros, et qu'à raison de 10 865 couverts servis en 2016, le chiffre d'affaires au titre de l'année 2016 s'élève à environ 243 919 euros, ce calcul n'est pas justifié, dès lors que l'EURL n'a pas été en mesure de fournir les tickets Z correspondant à la période du 11 septembre 2016 au 31 décembre 2016, et que certains tickets correspondant à la période précédente manquent également. Le chiffre d'affaires avancé par la société requérante, été établi sur la base de tickets Z relevés sur une période de huit mois, ne peut, ainsi être regardé comme reflétant, comme elle le soutient, de façon exhaustive l'activité de l'établissement au titre de l'année 2016. Il suit de là que le moyen ainsi invoqué est manifestement dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il revient au service d'établir, en se prévalant d'indices précis et concordants, que c'est en toute connaissance de cause que les contribuables concernés ont commis les errements relevés par le vérificateur.
10. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur l'existence d'un procès-verbal de rejet de comptabilité dressé le 24 novembre 2017 en raison du défaut de conservation des données informatiques du système d'encaissement, sur l'omission de comptabilisation de quatre factures d'achats et sur l'existence d'importantes omissions de recettes. Elle a relevé que le revenu global rectifié sur l'année 2016 s'élevait à 105 886 euros, pour un revenu déclaré de 23 125 euros, évaluées à 113 982 euros correspondant à un écart de 129 011 euros, que les notes délivrées à la clientèle n'ont pas été toutes conservées en tant que pièces justificatives, et qu'aucune sauvegarde n'avait été effectuée malgré la présence d'un matériel en situation de le faire. Elle a, ce faisant, suffisamment motivé l'application de la sanction en cause et caractérisé les éléments établissant le caractère intentionnel des omissions déclaratives rectifiées. En se bornant à soutenir que lors de son déménagement, une partie des pièces justificatives afférentes à son activité professionnelle a été égarée, Mme A n'assortit le moyen dirigé contre les pénalités contestées que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions, par application des dispositions citées au point 1.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie en sera adressée à la directrice régionale des finances publiques Provence Alpes Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 21 août 2023.
La présidente de la 7ème chambre,
signé
A. Menasseyre
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026