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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108357

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108357

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108357
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPORTALIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2021, M. E et Mme C D, alors représentés par Me Heam, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision statuant sur leur réclamation préalable a été signée par une autorité incompétente ;

- c'est à tort que l'administration a refusé de prendre en compte les dépenses engagées par les trois SCI, d'une part au titre de dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration et d'autre part au titre des frais d'administration et de gestion alors que les justificatifs produits étaient suffisants pour admettre ces charges en déduction des bénéfices de ces sociétés.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2023 :

- le rapport de Mme Charbit,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- les observations de Me Portalis, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D sont associés à 100 % des SCI Pilot Phine et SCI Clem JBP et à 90 % de la SCI Immo JBP, leur fils G D en détenant 10 %. M. D est gérant des trois SCI. Ces sociétés ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2016 et 2017 à l'issue duquel l'administration fiscale a remis en cause des charges foncières initialement déduites et a tiré les conséquences de ces rectifications en imposant les requérants à raison des parts détenues dans ces sociétés. Ils demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont ainsi été assujettis au titre des années 2016 et 2017, et des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision en date du 16 novembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 5 609 euros, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme D ont été assujettis. Les conclusions relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes du a) du 1° du I de l'article 408 de l'annexe II au du code général des impôts, le directeur a seul pouvoir de statuer sur les réclamations contentieuses des contribuables mentionnées à l'article L 190 du livre des procédures fiscales. Toutefois, le directeur peut être remplacé par des délégataires autorisés, dans les conditions fixées par les II à V de l'article 408 de l'annexe II au code général des impôts. Mme B a reçu délégation le 9 septembre 2020 et en tout état de cause, la circonstance que la décision rejetant la réclamation préalable des requérants serait entachée d'incompétence est sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé de l'imposition. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision est inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En vertu de l'article 28 du code général des impôts, les revenus des propriétés bâties sont imposables, dans la catégorie des revenus fonciers, à raison de " () la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". Selon le I de l'article 31 du même code, ces charges déductibles comprennent notamment : " 1° pour les propriétés urbaines : a) les dépenses de réparation et d'entretien () ; b) les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction, ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation, ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros-œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants. Les dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration doivent notamment, pour être admises en déduction, avoir été effectuées par le propriétaire, réellement payées au cours de l'année d'imposition, et il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant toutes pièces justificatives, telles que des factures, des plans, des photographies, et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.

5. Conformément au e) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, sont déductibles pour leur montant réel, lorsqu'ils ont été effectivement supportés par le propriétaire : les frais de rémunération des gardes et concierges, les frais de rémunération, honoraire et commission versés à un tiers pour la gestion des immeubles, les frais de procédure, les autres frais de gestion sont réputés couverts par une somme forfaitaire.

En ce qui concerne la SCI Pilot Phine :

S'agissant de l'année 2016 :

6. Il résulte de l'instruction que les factures présentées qui mentionnent l'adresse du domicile du gérant et non celle de l'immeuble en litige, ne permettent pas de déterminer le lieu d'exécution des travaux. Le procès-verbal d'huissier, daté du 22 septembre 2020, n'établit pas, en raison de la date de réalisation des travaux, un lien entre la réfection de l'appartement et les factures produites. Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

S'agissant de l'année 2017 :

7. L'absence de mention de l'adresse du bien et du nom du locataire sur les factures présentées ne permet pas, faute de toute précision complémentaire apportée par les requérants, de savoir si les dépenses dont la déduction est contestée ont réellement été engagées pour les appartements donnés en location. S'agissant de la facture Rateau Enzo relative à une pompe à chaleur, le procès-verbal d'huissier du 28 novembre 2019 fait état d'une climatisation Panasonic. Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

En ce qui concerne la SCI Clem JBP :

S'agissant de l'année 2016 :

Quant aux travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration :

8. L'administration fiscale soutient, sans être contredite, que la SCI détient, au 27 bd Georges Clémenceau 13700 Marignane, un bien présentant à la fois des locaux professionnels et des locaux d'habitation. Dès lors, ces types différents de locaux obéissant à des régimes distincts, il importe de préciser le lieu de réalisation des travaux afin d'identifier le bien concerné, ce que ni les factures, ni le procès-verbal d'huissier du 16 novembre 2019 ne permettent d'établir. Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

Quant aux frais d'administration et de gestion :

9. M. et Mme D sollicitent la somme de 2 541, 54 euros, soit 1 351,39 euros au titre de la gestion des biens, 61,20 euros de frais bancaires et 1 125 euros de frais de procédure. Il ressort du rapport de gestion de Via Immobilier relatif à la société Clem JBP pour l'année 2016 que la somme des frais de taxe sur la valeur ajoutée et des dépenses au titre d'honoraires et d'assurance pour loyers impayés correspond au montant de 1 118 euros, les montants des charges locatives au 31 décembre 2016 figurant en dernières lignes du rapport, n'étant pas prises en compte. Les frais bancaires ne peuvent être retenus car ils ne permettent pas la conservation du revenu. Si les frais de procédure sont déductibles, M. et Mme D n'établissent pas que l'instance concernée était en lien avec les biens détenus par la SCI Clem JBP, par la seule production de la facture Rousseau et associés relative à l'appel d'un jugement prononcé le 24 mars 2016 sous le n° RG 14/00910 par le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence, concernant l'affaire " D contre Banque Chaix ". Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

S'agissant de l'année 2017 :

Quant aux travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration :

10. Si les requérants soutiennent que la facture ALP Construction, d'un montant de 7 320 euros, concerne la reconstruction de piliers et d'un portail existant, cette allégation est contredite par l'intitulé de la facture " démolition, reconstruction ". Les autres factures, à défaut d'indication du lieu de réalisation des travaux, ne peuvent être prises en compte. Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

Quant aux frais d'administration et de gestion :

11. Conformément à ce qui a été indiqué au point 9 et les frais bancaires n'étant pas exposés en vue de la conservation du revenu, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

En ce qui concerne la SCI Immo JBP :

S'agissant de l'année 2016 :

Quant aux travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration :

12. Le procès-verbal d'huissier, en date du 22 septembre 2020, ne permet pas de pallier le défaut d'adresse du lieu des travaux, ce qui rend impossible la vérification de la réalité des dépenses réalisées. Par suite, la preuve du caractère déductible des charges litigieuses n'est pas apportée.

Quant aux frais d'administration et de gestion :

13. L'administration a retenu le montant figurant sur la déclaration de revenus foncier de la SCI Immo JBP de l'année 2016, soit la somme de 2 852 euros au titre des frais d'administration et de gestion, la somme de 100 euros au titre des autres frais de gestion et la somme de 563 euros au titre des primes d'assurance. Les requérants n'apportant pas de justification de frais supplémentaires, leur contestation ne peut qu'être écarte sur ce point.

S'agissant de l'année 2017 :

Quant aux travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration :

14. Pour refuser d'admettre la déduction des sommes mentionnées sur la facture en date du 21 juillet 2017, le service fait valoir que celle-ci ne comporte aucune adresse du logement dans lequel les travaux ont été effectués et qu'en raison du nombre d'appartements de type 2 loués dans la résidence, il est impossible d'identifier le bien concerné. Néanmoins, l'attestation de l'agent commercial de cette même entreprise indique que les travaux d'un montant de 4 744,38 euros TTC ont été réalisés dans le T2 au 1er étage de la propriété située Chemin de Saint Pierre à Marignane, qui appartient à la SCI Immo JBP. Les autres factures sont incomplètes quant au lieu de réalisation des travaux. Concernant la facture de E Baumier du 2 octobre 2017, d'un montant de 500 euros, le service soutient sans être contredit qu'il ressort de l'examen des documents produits que les travaux de peinture, normalement à la charge du propriétaire, dont la déduction est sollicitée se retrouvent dans les charges locatives de Madame A F, telles qu'elles apparaissent dans le rapport de gestion de l'agence gestionnaire du bien. En conséquence, les requérants ne sauraient solliciter la déduction de ce montant en dépenses de réparation, d'entretien, ce d'autant qu'aucune régularisation pour charges n'a été portée sur la déclaration de revenus fonciers de la SCI Immo JBP. Par suite, seul le montant de 4 744,38 euros peut être admis en déduction du revenu foncier de la SCI Immo JBP au titre de l'année 2017.

Quant aux frais d'administration et de gestion :

15. L'administration a admis la déductibilité du montant figurant sur la déclaration de revenus fonciers de la SCI Immo JBP de l'année 2017, soit la somme de 2 936 euros au titre des frais d'administration et de gestion, la somme de 100 euros au titre des autres frais de gestion et la somme de 587 euros au titre des primes d'assurance, telle que retenue par le service. Faute de justifier de dépenses supplémentaires, les requérants ne sont pas fondés à revendiquer la déduction de charges supplémentaires à ce titre.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D sont seulement fondés à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 résultant de la réintégration, dans leurs revenus fonciers, de dépenses d'un montant de 4 744,38 euros regardées comme non déductibles, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais de l'instance :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de M. et Mme D dans la mesure du dégrèvement partiel prononcé postérieurement à l'introduction de la requête.

Article 2 : Les bases de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales assignées à M. et Mme D au titre de l'année 2017 sont réduites d'une somme 4 744, 38 euros.

Article 3 : M. et Mme D sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 2, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E et Mme C D et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Charbit, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Charbit

Le greffier,

Signé

I. Abed

La présidente,

Signé

A. Menasseyre La République mande et ordonne à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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