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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108378

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108378

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108378
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantDE LAUBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2021 et 25 juillet 2023, Mme B, représentée par Me de Laubier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le directeur général de l'assistance publique -hôpitaux de Marseille (AP-HM) a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 5 mai 2021 et reçue le 12 mai suivant ;

2°) condamner l'AP-HM à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'intervention du 26 janvier 2017 à l'hôpital Sainte Marguerite ;

3°) mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- lors de sa prise en charge à l'hôpital Sainte Marguerite du 25 au 27 janvier 2017, l'AP-HM a commis une faute du fait d'un défaut d'information à son égard s'agissant de l'intervention qu'elle devait subir et de ses conséquences ;

- le lien de causalité direct et certain entre la faute dont elle a été victime et les préjudices qu'elle a subi est établi ;

- à raison de la responsabilité pour faute de l'AP-HM, elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices, à savoir un préjudice moral d'impréparation par l'allocation d'une somme de 10 000 euros, un déficit fonctionnel temporaire par le versement d'une indemnité de 15 000 euros, des souffrances endurées par l'octroi d'une somme de 7 500 euros, un préjudice moral et une perte de chance de 50%, une indemnité de 5 000 euros, un préjudice d'incidence professionnelle par l'allocation d'une somme de 10 000 euros et un préjudice d'agrément, par une indemnité de 2 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, l'assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), représentée par Me Deguitre, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante à l'indemnisation du seul préjudice moral d'impréparation. L'AP-HM demande, en outre, la condamnation de Mme B aux entiers dépens.

Elle fait valoir que l'expert ne retient que le seul préjudice moral d'impréparation comme préjudice indemnisable et que les autres postes de préjudices dont Mme B demande l'indemnisation doivent être rejetés.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance n°1706314 du 28 février 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné le Professeur A comme expert médical ;

- le rapport du Professeur A enregistré au greffe du tribunal le 29 janvier 2019 ;

- l'ordonnance du 19 février 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les frais d'expertise à hauteur de 1 200 euros et les a mis à la charge de Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, âgée de 58 ans au moment des faits, a été victime d'un accident sur la voie publique le 20 août 2016 à la suite duquel elle a présenté une déchirure méniscale. En raison de douleurs persistantes, Mme B est hospitalisée du 25 au 27 janvier 2017 pour subir le 26 janvier 2017 au centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte Marguerite, relevant de l'AP-HM, une résection méniscale par arthroscopie. Plusieurs mois après cette intervention, Mme B continuant à ressentir d'intenses douleurs au genou gauche, après plusieurs nouveaux examens, une algodystrophie (ou syndrome douloureux régional complexe - SDRC) est diagnostiquée. Mme B demande l'engagement de la responsabilité fautive de l'AP-HM et souhaite obtenir la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de l'intervention du 26 janvier 2017.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 juillet 2021 :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. Dans le cadre de la présente instance, Mme B sollicite la condamnation de l'AP-HM au paiement d'une somme d'argent. Ainsi, compte tenu de l'objet du recours, la requête présentée par Mme B présente le caractère d'un recours de plein contentieux. Ce faisant, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision du 23 juillet 2021 portant rejet de la demande indemnitaire préalable, qui n'a eu pour effet que de lier le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". D'autre part, aux termes de l'article L. 1111-2 du même code : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

5. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé de la patiente et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'elle aurait fait, qu'informée de la nature et de l'importance de ce risque, elle aurait consenti à l'acte en question.

6. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise judiciaire, que Mme B n'a pas reçu une information préalable quant aux risques et complications associés à la réalisation d'une intervention de résection méniscale sous arthroscopie, dont la complication connue et classique d'algodystrophie, lui permettant de donner son consentement à l'intervention du 26 janvier 2017 de manière éclairée. L'AP-HM ne conteste pas utilement l'absence d'information donnée, ni l'absence de document formalisant le consentement éclairé de la patiente à ce geste chirurgical. Ce manquement à l'obligation d'information de la requérante est, par suite, de nature à engager la responsabilité de l'AP-HM à l'égard de Mme B et à ouvrir droit à la réparation des préjudices en lien direct et certain avec cette faute.

Sur le préjudice d'impréparation :

7. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressée, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'elle a subis du fait qu'elle n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient à la patiente d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'elle n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité de complications, la souffrance morale qu'elle a endurée lorsqu'elle a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi un préjudice du fait de l'impossibilité dans laquelle elle s'est trouvée de se préparer psychologiquement à la réalisation des risques auxquels elle était exposée et qui se sont réalisés, consistant, ainsi qu'il résulte notamment du rapport d'expertise, en des douleurs prolongées et intenses au genou gauche accompagnées d'un œdème, à l'origine d'une inaptitude physique au travail, les positions debout et assise prolongées étant devenues insupportables. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation subi de ce fait en en fixant sa réparation en condamnant l'AP-HM à verser à l'intéressée la somme de 3 000 euros.

Sur les autres postes de préjudices :

9. Si Mme B invoque d'autres postes de préjudices, il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'expert ne retient aucune faute médicale de l'établissement ni aucun préjudice indemnisable en lien direct et certain avec le défaut d'information fautif relevé, eu égard à la présence d'un état antérieur consécutif à une chute le 20 août 2016 et de l'aléa thérapeutique que représente la complication connue, classique et non anticipable d'algodystrophie ou syndrome douloureux régional complexe (SDRC) dans le cadre de la réalisation d'arthroscopies. En l'espèce, les postes de préjudices invoqués ne sont pas liés au seul défaut d'information imputable à l'AP-HM, qui n'a au demeurant commis aucune faute médicale dans le geste chirurgical lors de l'intervention en litige. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à l'indemnisation de ses préjudices liés au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées, au préjudice moral et à la perte de chance, à l'incidence professionnelle et au préjudice d'agrément, ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à solliciter la condamnation de l'AP-HM, au versement de la somme de 3 000 euros en réparation du seul préjudice d'impréparation imputable au défaut d'information retenu à l'encontre de l'établissement hospitalier.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône :

11. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône n'a pas produit de mémoire à l'instance. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais d'expertise :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme totale de 1 200 euros, à la charge définitive de l'assistance publique-hôpitaux de Marseille.

Sur les frais du litige :

13. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HM est condamnée à verser à Mme B une somme de 3 000 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme totale de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 3 : L'AP-HM versera une somme de 1 500 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'assistance publique-hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Copie du présent jugement sera adressée au Pr A, expert médical.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Micheline Lopa Dufrenot, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Journoud La présidente,

signé

M. D

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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