lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108405 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | CHAMPEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre et 28 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Champeau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de de 10 000 euros au titre des préjudices qu'il a subis, assortie des intérêts au taux légal, somme à parfaire à la date du jugement à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une faute en s'abstenant de lui proposer un logement adapté à ses besoins et à ses capacités et a, par suite, engagé la responsabilité de l'Etat ;
- le maintien de lui-même, de son épouse et de leurs enfants, dans un logement sur-occupé et en très mauvais état, est à l'origine de troubles dans ses conditions d'existence.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2021 et 19 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation de l'Etat soit limitée à un montant de 1 145,65 euros.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/022675 du 23 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Champeau, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui est hébergé au centre d'hébergement et de réinsertion sociale " Unité familles " de l'association Sara Logisol avec son épouse et leurs trois enfants, a sollicité l'attribution d'un logement social le 17 janvier 2017. Par une décision du 12 décembre 2019, la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône l'a reconnu comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Par un jugement du 22 janvier 2021, le tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'assurer le logement de M. A dans le délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement. Par une lettre du 21 juillet 2021, M. A demande à celui-ci de l'indemniser des préjudices subis du fait de l'absence de relogement. Il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. / () Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 de ce code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte ". Enfin, l'article R. 441-16-1 dudit code précise que ledit recours peut être introduit passé un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation.
3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
4. L'existence, dans l'immeuble où est situé le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait d'une vulnérabilité particulière du demandeur ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, crée des risques graves pour lui ou pour sa famille justifie un refus du logement proposé. Le fait, pour le demandeur, d'avoir été victime d'une agression au cours de la visite du logement qui lui a été proposé est également susceptible de justifier un refus dès lors que, eu égard à sa nature et aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue, elle suscite des craintes légitimes d'être exposé à une situation d'insécurité.
5. Il résulte de l'instruction que M. A, qui a déposé une demande de logement social le 17 janvier 2017, a été reconnu pour la première fois comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence le 15 mars 2018 par la commission de médiation. La circonstance que celle-ci a à nouveau édicté une décision favorable au bénéfice du requérant le 12 décembre 2019, s'oppose à ce que la carence éventuelle du préfet à proposer au requérant un logement adapté à ses besoins et à ses capacités puisse engager la responsabilité de l'Etat pour la période débutant six mois après l'édiction de la décision du 12 décembre 2019. En tout état de cause, le 19 avril 2018, M. A s'est vu proposer un logement de type T4 situé dans le 10ème arrondissement de la ville de Marseille qu'il a refusé aux motifs, d'une part, qu'il avait demandé un logement situé dans les 14ème ou 15ème arrondissements alors que le préfet n'était pas tenu par les souhaits de localisation formulés devant lui et, d'autre part, que le balcon du logement présentait pour ses enfants un danger dont il n'établit toutefois pas la réalité. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le 19 septembre 2018, le préfet a proposé à M. A un logement dans le 14ème arrondissement et que ce dernier ne conteste pas que ce logement ne lui a pas été attribué en raison de son absence au rendez-vous prévu pour l'établissement de l'état des lieux et la signature du bail et qu'il était adapté à ses besoins et à ses capacités. Ainsi, et en tout état de cause, M. A ne saurait utilement soutenir ne pas avoir bénéficié de proposition de logement adaptée antérieurement à l'édiction de la décision du 12 décembre 2019 de la commission de médiation.
6. Il résulte également de l'instruction que M. A a refusé le logement proposé par le préfet des Bouches-du-Rhône le 21 décembre 2020 situé dans le 16ème arrondissement car estimant cet environnement trop dangereux pour ses enfants respectivement âgés de 6, 15 et 18 ans sans toutefois démontrer qu'il crée, du fait d'une vulnérabilité particulière de ceux-ci ou d'autres éléments liés à leur situation personnelle, des risques graves pour eux justifiant un refus du logement proposé. En outre, en se bornant à produire un certificat médical se limitant à mentionner que l'un de ses enfants, suivi dans un centre médico-psycho-pédagogique deux fois par semaine, devait garder ses repères pour le centre et pour son école est insuffisant pour établir que M. A justifierait d'un motif impérieux constitué du suivi médical de son fils, alors qu'il résulte de l'instruction que ce logement correspond à ses besoins et à ses capacités et qu'il a été préalablement informé que le refus d'un tel logement serait de nature à lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation. Dans ces conditions, le préfet qui était tenu de proposer à M. A un logement adapté à ses besoins et à ses capacités avant le 12 juin 2020, doit être regardé comme délié de cette obligation le 21 décembre 2020.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
8. Il résulte de l'instruction que la période de responsabilité de l'Etat s'étend du 12 juin 2020 au 21 décembre 2020. Il y a lieu, par suite, d'allouer à M. A, au titre des préjudices de toute nature ayant résulté pour lui et sa famille de leur maintien dans une structure d'hébergement en raison de leur absence de relogement, une somme de 653 euros sur la base d'une indemnisation de 250 euros par personne composant le foyer et par an, tous intérêts compris à la date du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Champeau, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Champeau de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme globale de 653 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Champeau une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Champeau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
E-M. C
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne à la ministre de la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026