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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108419

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108419

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108419
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGONZALEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 6 août 2021 sous le n° 2107050, la société B ) Shaper, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques (DGFIP) a sollicité le remboursement partiel des aides octroyées au titre du fonds de solidarité Covid-19 pour les mois d'avril et juin 2020 ainsi que pour les mois de février et mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne comporte ni les voies et délais de recours ni la qualité de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la méthode de détermination du chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois retenue par l'administration méconnaît les articles 3-1, 3-5, 3-22 et 3-24 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle-même remplit l'ensemble des conditions pour obtenir les aides sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône (DRFIP PACA), demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir que :

- les aides perçues au titre des mois d'avril et juin 2020 par la société requérante ne seront pas remises en cause car elles sont légitimes ;

- les moyens soulevés par la société B ) Shaper ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 6 août 2021 sous le n° 2107051, la société B ) Shaper, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le DGFIP a refusé de lui accorder l'aide du fonds de solidarité Covid-19 pour le mois d'avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au DGFIP de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne comporte ni les voies et délais de recours ni la qualité de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas motivée ;

- la méthode de détermination du chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois retenue par l'administration méconnaît l'article 3-26 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle-même remplit l'ensemble des conditions pour obtenir les aides sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, la DRFIP PACA demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée à hauteur de l'aide accordée à la société requérante d'un montant de 1 500 euros et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société B ) Shaper ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée le 6 août 2021 sous le n° 2107052, la société B ) Shaper, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le DGFIP a refusé de lui accorder l'aide du fonds de solidarité Covid-19 pour le mois de janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au DGFIP de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne comporte ni les voies et délais de recours ni la qualité de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas motivée ;

- la méthode de détermination du chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois retenue par l'administration méconnaît l'article 3-19 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle-même remplit l'ensemble des conditions pour obtenir les aides sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, la DRFIP PACA conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société B ) Shaper ne sont pas fondés.

IV. Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2021 sous le n° 2108419, la société B ) Shaper, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le DGFIP a refusé de lui accorder l'aide du fonds de solidarité Covid-19 pour le mois de mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au DGFIP de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne comporte ni les voies et délais de recours ni la qualité du signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas motivée ;

- la méthode de détermination du chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois retenue par l'administration méconnaît l'article 3-27 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle-même remplit l'ensemble des conditions pour obtenir les aides sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2021, la DRFIP PACA conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société B ) Shaper ne sont pas fondés.

V. Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2021 sous le n° 2108420, la société B ) Shaper, représentée par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2021 par laquelle le DGFIP a refusé de lui accorder l'aide du fonds de solidarité Covid-19 pour le mois de juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au DGFIP de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle ne comporte ni les voies et délais de recours ni la qualité de son signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la méthode de détermination du chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois retenue par l'administration méconnaît l'article 3-28 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- elle-même remplit l'ensemble des conditions pour obtenir les aides sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2021, la DRFIP PACA conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société B ) Shaper ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent la situation d'une même société quant à un même objet et ont été instruites de manière commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. La société B ) Shaper a été immatriculée le 28 février 2020 auprès du greffe du tribunal de commerce de Marseille. Son objet consiste en la réalisation de toutes prestations de conseil, de services, de formation et d'apport d'affaires auprès de toute entreprise et tout véhicule d'investissement quel que soit leur domaine d'intervention, auprès des particuliers, des professionnels ainsi que de tout organisme public ou parapublic. Elle intervient auprès des entreprises de tourisme et de l'événementiel. Elle a bénéficié d'aides du fonds national de solidarité Covid-19 pour les mois d'avril et juin 2020 ainsi que de février et mars 2021. Par une décision du 10 juin 2021, le DGFIP lui a réclamé le remboursement partiel d'un montant total de 6 467 euros des aides accordées pour ces périodes. Par deux autres décisions du même jour puis par deux décisions du 29 juillet et 4 août suivant, la société requérante s'est vu refuser cette aide respectivement pour les mois d'avril, de janvier, de mai et de juin 2021. Elle demande au tribunal d'annuler ces cinq décisions et d'enjoindre au DGFIP de procéder au réexamen de ses demandes pour les mois de janvier, avril, mai et juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les exceptions de non-lieu opposées en défense :

3. S'agissant des décisions du 10 juin 2021, d'une part, concernant le reversement d'une partie des aides accordées et, d'autre part, rejetant la demande d'aide de la société B ) Shaper pour le mois d'avril 2021, l'administration n'a pas produit, malgré la demande qui lui a été adressée à cette fin par le tribunal, d'élément permettant d'établir ainsi qu'elle l'affirme qu'elle a procédé aux retraits de ces premières décisions et ce, de manière définitive, et qu'elle a versé pour le mois d'avril 2021 une aide d'un montant de 1 500 euros également à titre définitif. Par suite, les exceptions de non-lieu à statuer opposées en défense doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées :

4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; () ".

5. Il ressort des pièces des dossiers que les décisions attaquées du 10 juin 2021, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne précisent pas la qualité de leur auteur et n'en comportent que le prénom et l'initiale du nom. Par ailleurs, la décision du 29 juillet 2021 n'indique que le nom et le prénom de son auteur et aucune des mentions prévues par les dispositions précitées des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration n'est portée sur celle du 4 août 2021. Dans ces conditions, la société B ) Shaper était dans l'impossibilité d'identifier avec certitude les agents signataires des décisions contestées et de s'assurer de leur compétence pour prendre ces décisions. Par suite, elle est fondée à soutenir que ces dernières ont été prises en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, les décisions attaquées doivent être annulées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il est enjoint au DGFIP de procéder au réexamen des demandes de la société B ) Shaper pour les mois de janvier, avril, mai et juin 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme totale de 1 000 euros à verser à la société B ) Shaper au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 juin 2021 par laquelle le DGFIP a demandé à la société B ) Shaper de rembourser un montant de 6 467 euros des aides accordées au titre du fonds de solidarité Covid-19 pour les mois d'avril et juin 2020 ainsi que de février et mars 2021, les deux décisions du même jour rejetant la demande d'aide déposée par la société pour les mois de janvier et avril 2021 et les décisions du 29 juillet et 4 août 2021 rejetant de telles demandes pour les mois de mai et juin 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au DGFIP de procéder au réexamen des demandes de la société B ) Shaper pour les mois de janvier, avril, mai et juin 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société B ) Shaper la somme totale de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société B ) Shaper et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction générale des finances publiques et à la direction régionale des finances publiques Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

E.-M. A

La présidente,

Signé

K. Jorda-LecroqLa greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

Nos 2107050,

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