lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2108551 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | WAHED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2021, M. C A, représenté par Me Wahed, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices qu'il a subis ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui octroyer un logement, sous astreinte, conformément aux termes de la décision du 4 novembre 2020 de la commission de médiation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'a reçu aucune proposition pour un logement adapté à ses besoins et à ses capacités dans le délai de six mois après la décision du 4 novembre 2020 de la commission de médiation par laquelle il a été reconnu comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône est responsable de la faute constituée par l'absence de proposition de logement ;
- il a subi un préjudice en raison de l'atteinte à sa dignité et à son honneur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation de l'Etat soit limitée à un montant de 687,39 euros.
Il fait valoir que :
- M. A ne dispose pas d'un intérêt à agir suffisant pour demander la condamnation de l'Etat ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/015454 du 25 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme B a lu son rapport au cours de l'audience.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé une demande d'attribution de logement social le 16 mars 2020. Par une décision du 1er octobre 2020 de la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône, il a été reconnu comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Par lettre du 25 juin 2021, le requérant a demandé au préfet de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement. Il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 500 euros et d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui attribuer un logement en application de la décision de la commission de médiation.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt pour agir de M. A :
2. La circonstance, à la supposer avérée, que M. A a été radié de la liste des demandeurs de logement à la date d'enregistrement de la requête est sans incidence sur la recevabilité de celle-ci dès lors que ses conclusions se fondent sur la responsabilité de l'Etat et tendent à l'indemnisation du requérant suite au refus opposé par l'administration à sa demande préalable indemnitaire du 25 juin 2021. Ainsi, la requête est recevable.
En ce qui concerne la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. / () Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 de ce code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte ". Enfin, l'article R. 441-16-1 dudit code précise que ledit recours peut être introduit passé un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation.
4. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant à ses besoins et à ses capacités est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
5. Il résulte de l'instruction que le préfet a proposé à M. A un logement de type T3 le 10 novembre 2020 qui a toutefois était attribué à un autre demandeur. A la suite du dépôt d'une nouvelle demande de logement social le 12 avril 2021, trois logements ont été proposés au requérant les 16 juin, 22 juillet et 4 novembre 2021 sans toutefois lui être attribués en raison de l'existence d'une dette locative et de la communication aux services d'un dossier incomplet. Le comportement de M. A ainsi décrit est de nature, dans les circonstances de l'espèce, à faire obstacle à l'exécution par le préfet de la décision de la commission de médiation et délie par suite l'administration de son obligation de résultat à compter du 16 juin 2021. Enfin, M. A et sa famille ont bénéficié d'un relogement dans un appartement de type T3 avec la conclusions d'un bail glissant le 20 décembre 2021.
En ce qui concerne les préjudices :
6. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
7. Il résulte de l'instruction que la période de responsabilité de l'Etat s'étend du 1er avril au 16 juin 2021. Par suite, il y a lieu d'allouer à M. A, au titre des préjudices de toute nature ayant résulté pour lui et sa famille de vivre sous la menace d'une procédure d'expulsion en l'absence de relogement, une somme de 210 euros sur la base d'une indemnisation de 250 euros par personne composant le foyer et par an, tous intérêts compris à la date du présent jugement.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. M. A a bénéficié d'un bail glissant le 20 décembre 2021 pour l'occupation d'un logement situé dans le 13ème arrondissement. Ainsi, à la date du présent jugement, M. A ayant été relogé, ses conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, sont devenues sans objet.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Wahed, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Wahed de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme globale de 210 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Wahed une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Wahed renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Wahed.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
E-M. B
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026