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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108610

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108610

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108610
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBAILLARGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021, Mme D B, représentée par Me Baillargeon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'université Aix-Marseille Université à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis pour n'avoir pas validé sa première année de licence de langue et de littérature anglaise à l'issue de l'année universitaire 2019 - 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'université Aix-Marseille Université la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'université Aix-Marseille Université a commis plusieurs fautes quant à la notation de certaines de ses copies du second semestre, en la considérant comme défaillante dans plusieurs matières du second semestre alors qu'elle a remis ses copies d'examen, en s'abstenant d'organiser des épreuves de rattrapage pour les matières du premier semestre, au regard des modalités spéciales de rattrapage telles qu'elles ont été fixées pour les matières du second semestre et en s'abstenant de prendre en compte son handicap ;

- ces fautes ont empêché la validation de sa première année de licence de langue et de littérature anglaise et l'ont obligée à redoubler ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence évalués à 15 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, l'université Aix-Marseille Université conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-351 du 27 mars 2020 ;

- l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme de licence ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baillargeon, représentant Mme B, et de Mme A, représentant l'université Aix-Marseille Université.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, inscrite à l'université Aix-Marseille Université au cours de l'année 2019 - 2020, n'a pas validé sa première année de licence de langue et de littérature anglaise. Estimant que cet échec était dû à plusieurs fautes de l'université, elle a présenté une demande indemnitaire en vue d'obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Sa réclamation, reçue le 4 juin 2021, a fait l'objet d'un rejet implicite de la part de l'université Aix-Marseille Université. Mme B demande de condamner l'université Aix-Marseille Université à lui verser 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

2. En premier lieu, d'une part, si la requérante soutient que les notes qu'elle a obtenues en " langue anglaise : théorie et application ", " méthodologie du travail universitaire anglais " et " études culturelles du monde anglophone 3 " ne reflètent pas son niveau, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation faite par le jury d'un examen de la valeur des copies remises par les candidats. Par suite, et quelles que soient les notes obtenues par Mme B au baccalauréat et en première année de licence au cours de l'année 2020 - 2021, le moyen tiré de ce que l'université Aix-Marseille Université a commis une faute en lui attribuant les notes, respectivement, de 1,125/20, 7,5/20 et 8/20 dans ces matières, est inopérant et doit être écarté.

3. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des copies rendues par la requérante pour ces trois matières et produites par l'université Aix-Marseille Université dans le cadre de la présente instance, que les notes précitées obtenues par Mme B résulteraient d'une erreur de l'université Aix-Marseille Université dans le report de ses notes dans le logiciel de notation de l'administration ou dans la correction de ces trois épreuves.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient qu'elle a été considérée à tort comme défaillante dans les enseignements du second semestre " renforcement ou ouverture " et " Langue vivante Semestre 2 " alors qu'elle aurait rendu ses copies, d'une part, l'administration indique sans être contredite que la requérante n'a pas passé ces épreuves, s'étant abstenue de s'inscrire dans ces matières. D'autre part, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient Mme B, Mme C, personnel de l'université Aix-Marseille Université, mentionne dans son mail du 6 octobre 2020, une copie blanche rendue pour l'épreuve intégrative dite " cœur de compétences " correspondant à des matières du premier semestre, et non pas une copie blanche pour les deux matières précitées du second semestre pour lesquelles la requérante a été notée défaillante. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que l'université Aix-Marseille Université a commis une faute en la considérant comme défaillante dans plusieurs matières du second semestre alors qu'elle a remis ses copies d'examen.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme de licence : " () les modalités de contrôle des connaissances et des compétences sont fixées par décision de la commission de la formation et de la vie universitaire ou du conseil ayant compétence en matière de formation. () / Les modalités de contrôle des connaissances et des compétences mises en place en application des articles 10 et 11 ci-dessus sont organisées de telle sorte qu'elles garantissent à l'étudiant de bénéficier d'une seconde chance. Cette seconde chance peut prendre la forme : / 1° D'une évaluation supplémentaire organisée après publication des résultats de l'évaluation initiale ; / 2° Ou, en cas d'évaluation continue intégrale, être comprise dans ses modalités de mise en œuvre ".

6. Aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 27 mars 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid 19 : " les autorités compétentes pour la détermination des modalités d'accès aux formations de l'enseignement supérieur dispensées par les établissements relevant des livres IV et VII du code de l'éducation ainsi que pour la détermination des modalités de délivrance des diplômes de l'enseignement supérieur () peuvent apporter à ces modalités les adaptations nécessaires à leur mise en œuvre. S'agissant des épreuves des examens ou concours, ces adaptations peuvent porter, dans le respect du principe d'égalité de traitement des candidats, sur leur nature, leur nombre, leur contenu, leur coefficient ou leurs conditions d'organisation, qui peut notamment s'effectuer de manière dématérialisée ". En application de ces dispositions, l'université Aix-Marseille Université a adopté en avril 2020, un " guide des examens " pour la " situation exceptionnelle COVID 19 " qui prévoit les modalités d'adaptation du système dit de " deuxième chance ".

7. Dans une circulaire sur la mise en œuvre du dispositif de la deuxième chance dans le contexte de la crise sanitaire au cours de l'année universitaire 2019-2020, la directrice adjointe chargée de l'unité de formation et de recherche (UFR) arts, lettres, langues et sciences humaines précise que : " Le Conseil d'UFR du 28 mai dernier a fixé les modalités particulières de la deuxième chance (). / En 2019-2020, la deuxième chance ne donne lieu à aucun examen, elle prend la forme d'un nouveau calcul, plus favorable à l'étudiant, sur la base des notes obtenues en session 1 et d'une délibération de jury : / - la compensation peut porter sur l'ensemble des semestres du diplôme et pas seulement sur l'année en cours / - pour chaque Parcours Type, le jury définit des UE fondamentales qui constituent un cœur de compétences (). Si ce cœur de compétences atteint un niveau jugé satisfaisant, le jury peut valider le semestre pour l'étudiant, ce qui revient à neutraliser les autres UE (). / Dans les cas où le jury de la deuxième chance ne disposerait pas des éléments lui permettant d'opérer un nouveau calcul ni une délibération, il peut proposer à l'étudiant une session exceptionnelle (). Ceci concerne les étudiants défaillants qui n'ont pas de note au semestre impair, que ce soit pour la totalité du semestre ou à certaines UE jugées indispensables par le jury de deuxième chance. Pour le SFAD, cela concerne aussi le semestre pair. () La session exceptionnelle prend la forme d'épreuves à distance, écrites (rapports) ou orales. Le CUFR du 28 mai 2020 a limité strictement le nombre de ces épreuves à une ou deux maximum par semestre et par niveau (année, parcours-type) ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié de ce dispositif dit de la deuxième chance. Pour les épreuves du premier semestre, elle a passé une épreuve de rattrapage intégrative correspondant au cœur de compétences défini par le jury. Ayant rendue copie blanche à cette épreuve, ainsi que l'établit l'université Aix-Marseille Université en défense, la requérante a obtenu la note de 0/20 aux quatre matières constituant ce cœur de compétence. Pour le second semestre, l'administration indique sans être contredite que la requérante " a bien bénéficié de la réunion du jury de seconde chance " mais ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un examen de rattrapage. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'université Aix-Marseille Université a commis une faute eu égard aux modalités d'organisation du dispositif de la deuxième chance, qui sont conformes aux dispositions de l'article 2 de l'ordonnance du 27 mars 2020, en s'abstenant d'organiser une session de rattrapage.

9. En quatrième et dernier lieu, et ainsi qu'elle l'a d'ailleurs admis, au cours de l'audience, la requérante ne conteste pas n'avoir pas fait de demande pour l'année 2019 - 2020, d'aménagement des épreuves à raison de son handicap. Elle n'est, en conséquence, pas fondée à soutenir que l'université Aix-Marseille Université a commis une faute en n'aménageant pas les épreuves au regard de sa situation de handicap.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à engager la responsabilité de l'université Aix-Marseille Université pour faute doivent être rejetées. Doivent également être rejetées en conséquences ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à l'université Aix-Marseille Université.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

Mme Charbit, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

R. Berkat

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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