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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2108800

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2108800

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2108800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBELLILCHI-BARTOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 octobre 2021 et le 24 octobre 2022, Mme F B, représentée par Me Bellilchi-Bartoli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a notifié un indu de revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 6 août 2021, prise sur recours administratif préalable, par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 14 150 euros constitué au titre de la période de février 2019 à janvier 2020, et un indu d'un montant de 4 929,65 euros constitué sur la période de juin 2018 à janvier 2019 ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, et au département Bouches-du-Rhône le reversement des sommes prélevées, sous délai et sous astreintes ;

4°) à titre subsidiaire d'accorder la remise de la dette ;

5°) à titre subsidiaire d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de justifier du montant du trop-perçu mis à sa charge, et de réduire le montant de l'indu à concurrence du montant justifié ;

6°) de mettre à la charge la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision du 17 mai 2021 portant notification de l'indu :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- la décision de la décision de la commission de recours amiable du 8 octobre 2021, ainsi que la décision du 17 mai 2021, ne lui ont pas été communiquées ;

- elle est restée bloquée ponctuellement en Italie du fait de la pandémie de covid 19 ;

- son fils D est régulièrement scolarisé en France, et les dates de soin relevées par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône ne correspondant pas à un suivi médical réalisé en Italie ;

- bien qu'elle se connecte à son ordinateur via un VPN hébergé en Italie, les déclarations de ressources trimestrielles ont bien été réalisées en France ;

En ce qui concerne la décision de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône du 6 août 2021 :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son recours gracieux n'a pas été examinée par la commission de recours amiable, la procédure est par suite entachée d'un vice de procédure ;

- elle est restée bloquée ponctuellement en Italie du fait de la pandémie de Covid 19 ;

- son fils D est régulièrement scolarisé en France et les dates de soin relevées par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône ne correspondant pas à un suivi médical réalisé en Italie ;

- c'est par erreur que les extraits de naissance de ses deux enfants, D et H, mentionnent une résidence commune du père et de la mère ;

- elle a déclaré la somme versée par le père de ses enfants à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône ;

- son seul logement se trouvait en France, ainsi que ses activités et ses liens familiaux, contrairement aux conclusions du contrôle mené par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône ;

En ce qui concerne la remise de l'indu :

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'une remise de dettes.

Le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier de l'allocataire le 1er août 2022 et a produit deux mémoires en défense le 12 et le 17 octobre 2022.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont justifiés et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme Caselles, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caselles, première conseillère, qui précise que le tribunal est susceptible de retenir deux moyens soulevé d'office tirés d'une part de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 mai 2021, et d'autre part de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal accorde une remise de dette ;

- les observations de Me Guillo-Patrique, substituant à l'audience Me Bellichi-Bartoli, pour représenter les intérêts de Mme B ;

- les observations de Mme G, de la direction des affaires juridiques, représentant le département des Bouches du Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, au 2 novembre 2022 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône. Dans le cadre de la vérification de ses droits, le département des Bouches-du-Rhône a remis en cause le montant des allocations qui lui avaient été versées au titre du revenu de solidarité active de juin 20018 à janvier 2021, générant un indu d'un montant total de 19 079,77 euros. Ce trop perçu notifié le 17 mai 2021 a été contesté par un recours gracieux formé par Mme B, que la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté le 6 août 2021. Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 mai 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Le recours administratif effectué le 21 juillet 2021, conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles précité, contre la décision de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui met à sa charge l'indu en litige ayant un caractère obligatoire, la décision de rejet du 6 août 2021 s'est substituée à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme B dirigées contre la décision initiale du 17 mai 2021 en raison de leur irrecevabilité.

Sur les conclusions tendant à la remise de dette :

4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article L. 262-47 de ce code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ".

5. Si la décision prise par l'administration sur une demande de remise d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité n'a pas à faire obligatoirement l'objet d'un recours administratif avant la saisine du juge, l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles impose néanmoins à la personne demandant une remise gracieuse de sa dette de solliciter l'autorité administrative avant de saisir le juge. Le recours administratif préalable daté du 21 juillet 2021 annexé à la requête tend uniquement à contester le bien-fondé de l'indu mis à la charge de Mme B et non à en demander la remise gracieuse. En l'absence de justification de l'existence d'une telle demande, les conclusions de la requête à fin de remise de dette sont irrecevables, et doivent être rejetées comme telles. Par suite, Mme B n'est pas recevable à solliciter du tribunal qu'une telle remise lui soit accordée

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 août 2021 :

6. En premier lieu, par un arrêté de délégation de signature n°20/11/SC du 12 mai 2020, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a délégué la signature des décisions relatives au revenu de solidarité active à Mme A E, cheffe du service de gestion de l'allocation du revenu de solidarité active de la direction de l'insertion, de la direction générale adjointe de la solidarité. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, elle se réfère notamment au fait que Mme B avait omis de déclarer sa résidence en Italie depuis au moins juin 2018. Elle précise également la période au titre de laquelle l'indu a été constitué, ainsi que la nature de l'allocation concernée. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des prescriptions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".

9. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclue la consultation de la commission de recours amiable. En l'espèce, en vertu de l'article 7 de la convention de gestion du revenu de solidarité active 2019-2021, seules les contestations portant sur les décisions relatives aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre état partie à l'accord sur l'espace économique européen ou de la confédération Suisse sont soumises pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 18 novembre 2019 est entachée d'un vice de procédure faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie. En tout état de cause, les conditions de notification d'un acte sont sans incidence sur sa légalité, par suite le moyen tiré de ce que la décision de recours amiable, ainsi que l'indu du 17 février 2021, n'ont pas été communiqués à la requérante est inopérant.

10. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

11. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

12. Pour fonder la décision en litige, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est fondée sur la circonstance que Mme B avait omis de déclarer sa résidence en Italie depuis juin 2018. Il résulte en effet d'un rapport d'enquête diligenté par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, et daté du 18 janvier 2021, que Mme B a confirmé qu'elle se rendait souvent en Italie, car sa belle-famille y réside, que son fils D n'est pas scolarisé dans un établissement scolaire français et qu'il a d'ailleurs été suivi médicalement en Italie comme le prouve son carnet de santé de juin 2018 à octobre 2019, que son fils C est né le 13 mars 2020 à Rome, que le dépouillement de ses comptes bancaires établit que Mme B utilise principalement son compte en Italie, ainsi que le confirment les mouvements de dépenses réguliers effectués dans ce même pays de janvier 2019 à décembre 2020 ; enfin Mme B a déposé cinq déclarations trimestrielles de revenus depuis l'étranger à compter à compter du 1er mars 2020. Si Mme B conteste que les conclusions que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône tire de la lecture du carnet de santé de son fils en affirmant que des dates ont été confondues, que le jeune D était suivi en France, et que Mme B a rempli elle-même le carnet de santé de son fils à partir de consultations réalisées par téléphone, elle ne rapporte pas la preuve d'affirmations qui pour certaines d'entre elles apparaissent assez peu vraisemblable, notamment au regard de la tenue d'un carnet de santé d'un enfant mineur.

13. Si Mme B soutient par ailleurs que sa résidence habituelle se trouve en France, et qu'elle s'est trouvée bloquée en Italie une partie de l'année 2020 en raison de la pandémie de Covid 19, et, que son fils D est bien scolarisé en France, quoique à domicile, ces affirmations ne suffisent pas à contester sérieusement les conclusions du rapport d'enquête précité, fondées notamment sur les preuves de présence de Mme B en Italie avant la période de confinement et de fermeture des frontières, et qui contredisent ses allégations selon lesquelles elle n'avait pas d'autre choix que de rester en Italie, et elle aurait laissé ses moyens de paiements au père de ses enfants en 2018 quand il est revenu s'occuper de sa mère malade en Italie. Par suite, la condition de résidence n'étant pas remplie, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des deux indus en litige.

14. En tout état de cause, les circonstances, à les supposer avérées que les extraits de naissance du fils et de la fille de Mme B mentionnent que le père et la mère ont une résidence commune, et que la requérante ait informé la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône que le père des enfants lui versait une pension alimentaire sont sans incidence sur le bien-fondé de l'indu, uniquement motivé par la condition de résidence en France prévue par les dispositions de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à d'annulation et par voie de conséquence à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge du conseil départemental.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. CasellesLa greffière,

Signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2108800

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