mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109015 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | PAUZANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, les consorts B et C D, représentés par Me Pauzano, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) à leur verser une somme globale de 303 564,08 euros en réparation des préjudices propres de leur mère, Mme A D, et subis dans le cadre de sa prise en charge à l'hôpital de la Conception à compter du 12 octobre 2010 ;
2°) de condamner l'AP-HM à leur verser une somme globale de 277 353,67 euros en réparation de leurs préjudices propres subis en tant que victimes indirectes des manquements de l'établissement durant la prise en charge de leur mère à compter du 12 octobre 2010 ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'AP-HM a commis deux fautes majeurs dans le cadre de la prise en charge de leur mère à compter du 12 octobre 2010 : d'une part, un arrêt de son traitement antiagrégant plaquettaire sans discernement médical sans considération pour sa pathologie vasculaire et avec un mauvais dosage compte tenu de son poids, et, d'autre part, un retard de prise en charge de l'accident vasculaire-cérébral (AVC) dont elle a été victime dans la nuit du 18 au 19 octobre 2010 ;
- l'état médical antérieur de leur mère ne peut avoir concouru à l'intervention de son AVC qu'à hauteur de 15% conformément aux conclusions des experts et en conséquence, l'AP-HM doit voir sa responsabilité pour faute engagée à hauteur de 85% des préjudices subis par Mme D et par eux, victimes indirectes ;
- compte-tenu du décès de leur mère, intervenu le 1er octobre 2016, ils sont fondés à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'elle a subi à savoir un déficit fonctionnel temporaire total durant neuf mois à hauteur de 9 000 euros, des souffrances endurées à hauteur de 20 000 euros, un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 8 000 euros, un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 30 560 euros, un besoin en assistance par une tierce personne à hauteur de 132 004,08 euros, un préjudice esthétique permanent à hauteur de 4 000 euros et un préjudice d'agrément à hauteur de 100 000 euros ;
- ils sont également fondés à solliciter l'indemnisation de leurs préjudices propres à savoir les frais de prise en charge de leur mère en maison de retraite depuis le 9 novembre 2011 jusqu'à son décès à hauteur de 11 333,44 euros pour M. B D et de 4 145,23 euros pour M. C D, les frais de restauration qu'ils ont engagés tous les weekends pour s'occuper de leur mère et maintenir les liens familiaux à hauteur de 61 875 euros et, enfin, leur préjudice moral d'affection à hauteur de 100 000 euros chacun.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, l'AP-HM, représentée par la SELARL Carlini et associés, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires des requérants à de plus justes proportions et l'application d'un taux de perte de chance de 10%.
Elle fait valoir que :
- l'arrêt des traitements antiagrégant plaquettaires et contre l'hypertension de la requérante ne constitue pas un manquement en soi en présence d'une intervention chirurgicale indispensable concernant la fracture pour laquelle Mme D a été initialement admise à l'AP-HM et le risque hémorragique en découlant, seul le défaut de renseignement préalable et l'absence de posologie conforme du traitement relais constituent des manquements ;
- une thrombolyse ou une thrombectomie étaient contre-indiquées compte-tenu des antécédents de la requérante et en tout état de cause, si de telles interventions avaient été possibles, Mme D était assujettie à un risque de décès ou de séquelles graves à hauteur de 50% ;
- la commission de conciliation et d'indemnisation de Provence-Alpes-Côte d'Azur (CCI PACA) a retenu un taux de perte de chance de 10% compte-tenu de l'ensemble des facteurs de risque de maladie vasculaire présentés par Mme D ;
- l'indemnisation des consorts D ne saurait, en tout état de cause, excéder la somme de 3 758,50 euros et à titre subsidiaire à la somme de 4 501,07 euros ;
- le montant des frais irrépétibles doit être limité à 1 500 euros.
Un mémoire enregistré le 21 octobre 2023 présenté par Me Pauzano pour les consorts D n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Journoud, rapporteure,
- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,
- les observations de Me Pauzano, pour MM. D ;
- et les observations de Me Baverel, substituant Me Carlini, pour l'AP-HM.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, âgée de 73 ans au moment des faits et mère des requérants, a été victime d'une chute le 12 octobre 2010 et s'est fracturé le tibia gauche. Cette fracture complexe devant faire l'objet d'une intervention chirurgicale d'ostéosynthèse le 18 suivant à l'hôpital de la Conception, qui relève de l'AP-HM, ses traitements d'antiagrégants plaquettaire et contre l'hypertension ont été arrêtés avec un relais de traitement pour prévenir un risque hémorragique. Dans la nuit du 18 au 19 octobre 2010 vers 1 heure du matin Mme D s'est plainte d'un déficit moteur du bras droit et a été placée sous surveillance. Un scanner cérébral réalisé le 19 octobre 2010 à 10 heures et interprété à 16 heures et 30 minutes, révèlera que Mme D a été victime d'un accident vasculaire-cérébral (AVC) ischémique frontal antérieur gauche, associé à une thrombose de la carotide interne gauche. Elle a alors été transférée le 25 octobre suivant à l'hôpital de la Timone avec une immobilisation de sa jambe gauche cassée puis hospitalisée à la clinique Saint Martin en rééducation du 9 novembre 2010 au 7 novembre 2011. Opérée du membre inférieur gauche le 14 avril 2011 à la clinique Bonneveine, le retrait du matériel d'ostéosynthèse a eu lieu le 17 août 2011. Mme D a enfin séjourné à compter du 7 novembre 2011 et jusqu'à son décès le 1er octobre 2016 à la maison de retraite La Salette Montval.
2. A la suite de la saisine par Mme D et ses deux fils, M. B D et M. C D E, un rapport d'expertise a été déposé le 23 mai 2016 concluant à l'existence de plusieurs fautes médicales imputables à l'AP-HM dans le cadre de la prise en charge de Mme D à compter du 12 octobre 2010 avec l'intervention d'un état antérieur à hauteur de 15% dans la survenue de l'AVC dont l'intéressée a été victime. Toutefois, la CCI PACA a rendu son avis le 9 septembre 2016 en retenant la responsabilité fautive de l'AP-HM avec application d'un taux de perte de chance de seulement 10% sur l'évaluation des préjudices de Mme D. Par la présente requête, M. B D et M. C D demandent au tribunal de condamner l'AP-HM à les indemniser en réparation des préjudices propres de leur mère et de leurs propres préjudices.
Sur la responsabilité de l'AP-HM :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il incombe au juge retenant l'existence d'une faute du service public hospitalier lors de la prise en charge d'un patient de déterminer quelles en ont été les conséquences. S'il n'est pas certain qu'en l'absence de faute le dommage ne serait pas advenu, le préjudice qui résulte directement de la faute commise par l'établissement et doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte d'une chance de l'éviter. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
Sur les fautes médicales :
5. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise diligenté par la CCI PACA, que plusieurs manquements fautifs doivent être retenus à l'encontre de l'AP-HM dans la prise en charge de Mme D à compter du 12 octobre 2010. Ainsi, d'une part, l'arrêt des traitements antiagrégants plaquettaires (Kardégic et Plavix) et contre l'hypertension artérielle (Triatec) de celle-ci sans la mise en place d'une surveillance adaptée et sans avoir au préalable évalué, par la réalisation d'examens complémentaires, les raisons de l'existence de ce traitement et les éventuelles conséquences de son arrêt, alors que Mme D présentait des facteurs de risque de la maladie vasculaire, est constitutif d'une faute médicale. Cet arrêt des traitements est de façon directe, certaine et exclusive à l'origine de l'AVC dont Mme D a été victime alors même que l'intervention envisagée pouvait être réalisée en maintenant la prise de Kardégic dès lors que seul le Plavix pouvait constituer une contre-indication. En outre, le dosage de Kalciparine instauré en relais était inadapté au poids de la patiente. D'autre part, le retard de prise en charge de l'AVC dont Mme D a été victime, et dont les premiers signes ont été identifiés dès 1 heure du matin dans la nuit du 18 au 19 octobre 2010 alors que la réalisation d'un scanner cérébral n'intervenait qu'à 10 heures le 19 octobre, est également constitutif d'une faute médicale.
6. Il résulte de ce qui précède que les consorts D sont fondés, en tant qu'ayant-droits et en leurs noms propres, à rechercher la responsabilité pour faute de l'AP-HM dans le cadre de la prise en charge de leur mère, Mme A D, désormais décédée.
Sur le taux de perte de chance applicable :
7. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise diligenté par la CCI PACA que Mme D était notamment atteinte d'hypertension artérielle et de diabète et présentait des facteurs de risque de la maladie vasculaire avec notamment une sténose carotidienne jugée significative. En l'espèce, si les experts rappellent l'existence de cet état antérieur chez la patiente, ils précisent toutefois que celui-ci l'exposait à un risque d'AVC de 15% en l'absence d'intervention chirurgicale et concluent que les manquements survenus dans la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral sont à l'origine pour Mme D d'une perte de chance d'avoir évité les dommages qu'elle a subis et d'en limiter les conséquences. Dans les circonstances de l'espèce, et contrairement à ce que la CCI PACA a retenu, il sera fait une juste appréciation de cette perte de chance d'éviter une aggravation des dommages subis à hauteur de 85%.
8. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés, en tant qu'ayants-droits et en leur nom propre, à solliciter l'indemnisation des préjudices subis par leur mère et de leurs préjudices propres du fait des fautes commises par l'AP-HM après application d'un taux de perte de chance de 85%.
Sur l'évaluation des préjudices :
9. A titre préalable, la date de consolidation, non contestée, de Mme D est fixée au 19 octobre 2011, soit après un délai de douze mois suivant l'intervention de l'AVC dont elle a été victime dans la nuit du 18 au 19 octobre 2010.
Sur les préjudices temporaires de Mme D, victime directe :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant la période du 19 octobre 2010 au 19 octobre 2011, soit douze mois jusqu'à la date de consolidation de son AVC, dont il convient de déduire une période de trois mois relative à la convalescence découlant d'une intervention chirurgicale d'ostéosynthèse du plateau tibial. Ainsi, sur la base d'un déficit fonctionnel temporaire total ramené à neuf mois, ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la condamnation de l'AP-HM au paiement de la somme de 3 666 euros, soit 3 116 euros après application du taux de perte de chance de 85%.
11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les experts dans leur rapport retiennent des souffrances endurées par Mme D, incluant ses souffrances physiques et psychologiques, qu'ils évaluent à 4 sur une échelle de 1 à 7. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 6 120 euros après application du taux de perte de chance de 85%.
12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que les experts dans leur rapport retiennent un préjudice esthétique temporaire caractérisé par une paralysie faciale et la nécessité de se déplacer en fauteuil roulant consécutives à l'AVC dont Mme D a été victime, qu'ils évaluent à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 2 550 euros après application du taux de perte de chance de 85%.
Sur les préjudices permanents de Mme D, victime directe :
13. En premier lieu, il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise que Mme D a subi un déficit fonctionnel permanent évalué à 20% compte-tenu des atteintes à son intégrité physique et psychique. Il s'ensuit que ce préjudice, en tenant compte de l'âge de la requérante à la date de consolidation de son état de santé (74 ans), doit être évalué à la somme de 22 712 euros après application du taux de perte de chance de 85% retenu au point 7.
14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les experts retiennent pour Mme D un besoin en assistance par une tierce personne non spécialisée postérieur à sa consolidation de six heures par jour, deux jours par semaine durant les weekends à compter du 19 octobre 2011, date de consolidation retenue. Toutefois, l'intéressée est entrée en maison de retraite le 9 novembre 2011 où elle a été prise en charge jusqu'à son décès intervenu le 1er octobre 2016. Son besoin en assistance par une tierce personne doit donc être calculé uniquement durant période courant entre le 19 octobre et le 9 novembre 2011 à temps plein, soit 20 jours, d'autant plus qu'il résulte de l'instruction que les requérants ne prenaient pas leur mère en charge à leur domicile durant les weekends pour des raisons d'accessibilité. Ce besoin doit être déterminé sur la base d'un montant horaire de 13 euros pour une aide non spécialisée et sur une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne doit être fixée à la somme de 1 761 euros pour 60 heures réparties sur 20 jours, soit une somme de 1 497 euros après application du taux de perte de chance de 85%, qui sera mise à la charge de l'AP-HM.
15. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D conserve à titre permanent une asymétrie faciale en lien avec l'AVC dont elle a été victime. D'après le rapport d'expertise, ce préjudice s'établit à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il convient de réparer ce dommage en mettant à la charge de l'AP-HM la somme de 1 530 euros après application du taux de perte de chance de 85%.
16. En dernier lieu, le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs. Par suite, d'une part, les consorts D ne peuvent utilement faire valoir au titre du préjudice d'agrément que leur mère était autonome et indépendante dans ses déplacements dès lors qu'elle gérait seule son appartement, conduisait son véhicule et participait à la garde de ses petits-enfants. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que Mme D pratiquait une ou plusieurs activités sportives ou de loisir alors qu'il est constant qu'elle était âgée de 73 ans au moment des faits et qu'elle prenait également un traitement contre l'hypertension artérielle. Par suite, les demandes indemnitaires formulées par les consorts D au titre du préjudice d'agrément subi par leur mère doivent être rejetées.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts D sont fondés à obtenir de l'AP-HM en tant qu'ayants-droits de leur mère, Mme A D, une somme de 37 525 euros en réparation des préjudices que cette dernière a subi du fait de sa prise en charge par l'hôpital de la Conception à compter du 12 octobre 2010.
Sur les préjudices propres des consorts D, victimes indirectes :
18. En premier lieu, les consorts D soutiennent qu'ils ont supporté des frais divers composé d'une part des frais de prise en charge de leur mère en maison de retraite à hauteur de 15 478,67 euros et des frais de bouche correspondant à des frais de restauration lorsqu'ils emmenaient leur mère au restaurant le midi chaque weekend, évalué à 61 875 euros. Les frais de prise en charge de Mme D en maison de retraite sont établis par la production de deux bordereaux de situation de la Direction départementale des finances publiques des Bouches-du-Rhône. Par suite, il convient de condamner l'AP-HM à prendre en charge l'indemnisation de ces frais qui se répartie de la manière suivante : 9 633,42 euros pour M. B D et 3 523,44 euros pour M. C D après application du taux de perte de chance de 85%.
19. Toutefois les frais de restauration invoqués par les consorts D à hauteur de 61 875 euros ne sont établis par aucune pièce probante, les productions de témoignages de certains restaurateurs ayant reçu la famille étant insuffisantes pour caractériser ce poste de préjudice dont le lien de causalité avec les fautes retenues à l'encontre de l'AP-HM n'apparait au demeurant pas établit. Par suite, la demande d'indemnisation des consorts D au titre des frais de bouche engagés doit être rejetée.
20. En second lieu, les consorts D soutiennent que les conséquences dommageables de la prise en charge fautive de leur mère par l'AP-HM, et notamment le fait de la voir souffrir, perdre son autonomie de déplacement ou encore l'usage de la parole, leur ont causé un préjudice moral d'affection. Compte-tenu du décès de Mme D au 1er octobre 2016, il convient d'indemniser le préjudice moral d'affection de ses fils majeurs qui n'habitaient plus au foyer familial à hauteur de 5 525 euros chacun après application du taux de perte de chance de 85%.
21. Il résulte de tout ce qui précède que, d'une part, M. B D est fondé à obtenir de l'AP-HM une somme de 15 158,42 euros en réparation de ses préjudices propres et, d'autre part, que M. C D également fondé à obtenir de l'AP-HM une somme de 9 048,44 euros en réparation de ses préjudices propres, et ce tous deux à la suite de la prise en charge fautive de leur mère au sein de l'établissement.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône :
22. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône n'a pas produit de mémoire à l'instance. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais du litige :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HM une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B D et M. C D dans la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 37 525 euros aux consorts D en tant qu'ayant-droits de leur mère Mme A D du fait des manquements subis dans le cadre de sa prise en charge par l'AP-HM à compter du 12 octobre 2010.
Article 2 : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 9 048,44 euros à M. C D et une somme de 15 158,42 euros à M. B D en réparation de leurs préjudices propre du fait des manquements de l'établissement dans la prise en charge de leur mère à compter du 12 octobre 2010.
Article 3 : L'AP-HM versera une somme globale de 1 500 euros aux consorts D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à M. C D, à l'assistance publique-hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
L. Journoud
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026