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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109093

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109093

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109093
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBENHAMOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2021, un mémoire complémentaire et des pièces reçus le 16 mars 2023, Mme C A, représentée par

Me Benhamou, demande au tribunal :

1°) de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser la somme de 58 030,46 euros en tant qu'ayant droit de Mme D, au titre des préjudices qu'elle a subi en tant que victime directe ;

2°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 100 005,72 euros en réparation des préjudices subis du fait du décès de sa mère ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en tant qu'ayant droit, l'indemnisation des préjudices subis par sa mère à hauteur de 150 euros pour le déficit fonctionnel temporaire total durant 5 jours, de 25 000 euros pour les souffrances endurées, de 8 000 euros pour le préjudice esthétique temporaire, de 7 881,46 euros pour l'atteinte physique et psychologique de 100% durant les 5 jours de survie et de 30 000 euros pour le préjudice de mort imminente ;

- l'indemnisation de ses préjudices propres du fait du décès de sa mère, à savoir le préjudice d'affection à hauteur de 40 000 euros, le préjudice économique du fait de la perte des revenus de la victime décédée à hauteur de 30 005,72 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), représentée par Me Carlini, conclut à ce que le tribunal donne acte du fait qu'elle ne conteste pas sa responsabilité, prenne acte de ses propositions indemnitaires à l'endroit de la requérante et rejette ses autres demandes.

Elle fait valoir que :

- si le décès de Mme D est imputable à l'AP-HM du fait d'un surdosage d'adrénaline administré à l'intéressé, il convient d'évaluer les prétentions indemnitaires de la requérante à la baisse ;

- s'agissant des préjudices subis par la victime directe, il convient d'évaluer le déficit fonctionnel temporaire de 5 jours à 100% à 80 euros, les souffrances endurées à 8 000 euros au lieu de 25 000 euros ;

- elle ne conteste pas l'évaluation du préjudice esthétique temporaire à hauteur de

8 000 euros ;

- il convient de rejeter les prétentions de Mme A s'agissant du préjudice de mort imminente, dès lors que Mme D n'était pas consciente au moment de son décès ;

- s'agissant du préjudice d'affection invoqué, il conviendra d'en revoir l'évaluation à hauteur de 22 000 euros ;

- il conviendra de déduire la somme de 15 000 euros versée à Mme A à titre de provision ;

- enfin, s'agissant du préjudice économique invoqué du fait de la perte des revenus de la victime décédée, il convient d'en réévaluer le montant à hauteur de 16 321,04 euros pour

Mme A âgée de 22 ans à la liquidation.

Vu :

- l'ordonnance n°1801799 du 24 septembre 2018 désignant le Dr I en vue de la réalisation d'une expertise médicale ;

- l'ordonnance du 28 janvier 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné le Dr E comme sapiteur ;

- les ordonnances du 28 janvier 2019 par lesquelles le juge des expertises a ordonné le versement d'une allocation provisionnelle de 1 800 euros au Dr I et de 1 200 euros au

Dr E, mises à la charge de M. B ;

- le rapport d'expertise définitif du 19 avril 2019 et déposé au greffe le 2 mai 2019 ;

- l'ordonnance du 21 août 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les frais d'expertise à hauteur de 2 850 euros, mis à la charge de

M. B, auxquels s'ajoutent les honoraires du sapiteur à hauteur de 1 200 euros couverts par l'allocation provisionnelle déjà versée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G F,

- les conclusions de M. Gilles Ricard, rapporteur public,

- et les observations de Me Benhamou représentant Mme A et de Me Geiger substituant Me Carlini, représentant l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été admise à l'hôpital Sainte-Marguerite le 5 septembre 2017 pour une cinquième cure annuelle dans le cadre du traitement de sa polyarthrite rhumatoïde. Après une première réaction allergique, elle a été victime d'un second choc anaphylactique provoquant une détresse respiratoire et fera l'objet d'une injection d'une dose mortelle de 100 milligrammes d'adrénaline. Transférée en urgence de réanimation au centre hospitalier de la Timone, elle décède le 9 septembre 2017. Mme C A, fille cadette de la victime a d'abord initié une transaction amiable avec l'AP-HM ayant donné lieu au versement d'une provision de

15 000 euros, avant de formuler une demande préalable en indemnisation le 6 janvier 2023, reçue le 11 janvier suivant par l'AP-HM. La requérante demande à être indemnisée des préjudices subis du fait de la faute commise par l'hôpital.

Sur la responsabilité fautive de l'AP-HM :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise remis le 2 mai 2019, et il n'est pas contesté, que le décès de Mme D est directement et exclusivement imputable à l'injection d'adrénaline qui lui a été administrée en surdosage, près de 1000 fois supérieure à la dose prescrite. Par suite, Mme A est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité pour faute de l'AP-HM et la réparation intégrale des préjudices qui en découlent.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices des ayants-droits de la victime :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant les 5 jours de sa prise en charge à l'hôpital Sainte Marguerite puis au centre hospitalier de la Timone du 5 au 9 septembre 2017. Après application d'un montant journalier de 13,33 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 66 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

5. L'expert évalue les souffrances endurées par Mme D avant son décès à 4 sur une échelle de 5, soit de manière importante. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces souffrances résultent quasi-exclusivement des deux accidents allergiques avec des troubles cutanés et des douleurs liées au choc anaphylactique lorsqu'elle était encore consciente, et non de l'injection fautive d'adrénaline. Par suite, les souffrances endurées retenues par l'expert ne sauraient être intégralement imputables à la faute commise par l'AP-HM. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 2 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

6. Il résulte du rapport d'expertise que Mme D a également subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 4 sur une échelle de 5 par l'expert et caractérisé par les troubles cutanés liés à l'allergie et les modalités de réanimation jusqu'à son décès le 9 septembre 2017. Toutefois, ce poste de préjudice, en lien avec les allergies préalables et non avec l'injection d'adrénaline, n'est pas imputable à la faute retenue à l'encontre de l'AP-HM. Mme D était inconsciente après l'injection d'adrénaline et n'a pas eu conscience de l'altération de son état physique au regard des tiers et notamment de ses proches. Par suite, ce poste de préjudice devra être écarté.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent et du préjudice de mort imminente :

7. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment pas du rapport d'expertise, que

Mme D ait subi un préjudice d'atteinte à son intégrité physique et psychologique totale autre que le déficit fonctionnel temporaire total retenu, ni qu'elle ait subi un préjudice dit de mort imminente, dès lors qu'elle était inconsciente dans les suites directes de l'injection litigieuse le

5 septembre 2017 et ce, jusqu'à son décès le 9 septembre suivant. Mme D n'a ainsi pas eu conscience de la dégradation progressive de son état de santé jusqu'à son décès. Par suite,

Mme A n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de ce poste de préjudice.

8. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HM doit être condamnée à verser à l'ensemble des ayants-droits de Mme D, dont Mme A, la somme totale de 2 066 euros.

En ce qui concerne le préjudice économique du foyer au titre de la perte de revenus :

9. Il résulte de l'instruction d'une part, que les revenus du foyer s'élevaient pour l'année 2016, avant le décès de Mme D, à 45 587 euros par an. Il convient de déduire de ces revenus un taux de 20 % correspondant à la part de consommation personnelle de

Mme D avec un enfant à charge rattaché au foyer fiscal, soit la somme de 9 917,40 euros, portant le revenu de référence avant le décès à un montant de 39 669 euros par an. Les revenus annuels de M. B l'année suivant le décès de Mme D, en 2018, correspondent à la somme de 29 813 euros. La perte de revenus des proches de Mme D peut ainsi être évaluée à 9 856,60 euros par an.

10. Le préjudice économique global de la famille doit être déterminé en prenant en compte, d'une part, les arrérages échus de cette somme entre la date du décès de Mme D et la date de lecture du présent jugement, soit cinq années et six mois, ce qui représente la somme de 54 211,30 euros. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. H A était rattaché au foyer fiscal familial au moment des faits, il convient de répartir le préjudice économique uniquement entre M. B, conjoint de la défunte, et Mme A, fille de la défunte, mineure et à charge à la date du décès, à hauteur de 50% chacun, soit une somme de 27 105,65 euros chacun. Les conclusions de M. H A au titre du préjudice économique subi doivent en revanche être rejetées.

11. D'autre part, la détermination du préjudice économique doit également tenir compte de la capitalisation de la somme annuelle de 9 856,60 euros, soit une base de 4 928 euros chacun pour M. B et Mme A, pour la période postérieure à la date du présent jugement. Pour

Mme C A, âgée de 23 ans à la date du présent jugement et ayant vocation à être considérée comme à la charge du foyer jusqu'à l'âge de 25 ans, il convient d'appliquer le coefficient du barème de la gazette du palais pour 2022 de 2,03, sur la somme annuelle de

4 928 euros, pour un montant total de 10 004 euros, dont il conviendra de déduire la somme de 4 707,36 euros au titre de la rente BTP Prévoyance qu'elle a perçue jusqu'en septembre 2018.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à obtenir le versement d'une somme globale de 32 402 euros par l'AP-HM, au titre de l'indemnisation de son préjudice économique lié à la perte des revenus de Mme D.

En ce qui concerne les préjudices propres de Mme A :

13. Mme A, fille de Mme D, mineure et résidant au foyer au moment des faits, a subi un préjudice d'affection en raison du décès de celle-ci, qui sera justement apprécié à la somme de 25 000 euros. Par suite, l'AP-HM versera une somme de 10 000 euros à Mme A au titre de son préjudice d'affection, après déduction de la provision de 15 000 euros d'ores et déjà versée à l'intéressée.

Sur la déclaration de jugement commun :

14. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône a qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais du litige :

15. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HM une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: L'AP-HM est condamnée à verser la somme totale de 2 066 euros aux ayants-droit de Mme D, en cette qualité, dont Mme C A.

Article 2 : Après déduction faite de la provision de 15 000 euros d'ores et déjà versée, l'AP-HM est condamnée à verser la somme de 42 402 euros à Mme A en réparation des préjudices économiques et des préjudices propres subis du fait du décès de Mme D.

Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 4 : L'AP-HM versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à l'assistance publique - hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée aux docteurs I et E.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Frédéric Salvage, président,

Mme Florence Le Mestric, première conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

L. F

Le président,

signé

F. SALVAGE

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la solidarité et de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

N°2109093

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