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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109242

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109242

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109242
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPHILIP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 octobre 2021, le 14 février et le 7 avril 2023, M. B A, représenté par Me Philip, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification du 16 décembre 2019 méconnaît les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors que :

* la proposition de rectification adressée à la société HPA n'a pas été valablement notifiée à celle-ci et elle n'est pas jointe à la proposition de rectification qui lui a été adressée,

* les indications qui ont été reproduites dans la proposition de rectification qui lui a notifiée ne sont que partielles et ne contiennent pas les motifs de fait et de droit utiles à une compréhension globale,

* la proposition de rectification qui lui a été notifiée ne comporte pas les conséquences financières sur son revenu imposable ;

- les avis d'imposition qui lui ont été adressés sont irréguliers dès lors que le service aurait dû émettre un avis de mise en recouvrement comportant toutes les mentions requises conformément aux dispositions de l'article 1658 du code général des impôts ;

- les revenus ne peuvent être réputés distribués à son bénéfice, dès lors qu'il n'est plus le directeur général de la société Haute Provence Aromatiques (HPA) depuis janvier 2017 et ne disposait pas des biens de cette société comme de ses biens propres ;

- l'administration n'établit pas qu'il a appréhendé les revenus faisant l'objet des rectifications ;

- la somme de 1 800 euros figurant sur son compte courant d'associé correspond à une dette de la société HPA qu'il a réglée à la société Trotabas ;

- la somme de 20 000 euros correspond à la régularisation d'une erreur comptable, son compte courant d'associé détenu auprès de la société Pépinière de Haute Provence ayant été débité à tort à la suite du règlement partiel d'une dette détenue par la société Pépinière de Haute Provence sur la société HPA ;

- la somme de 10 000 euros correspond à une avance, dans l'intérêt de la société HPA, pour débloquer les relations commerciales avec la société Ateliers des fluides ;

- les pénalités ne sont pas motivées, en l'absence de précisions dans la proposition de rectification quant aux bases de calcul et en l'absence de motivation en fait ;

- les contributions sociales, les majorations et pénalités ne sont pas justifiées pour les mêmes raisons que celles invoquées à l'encontre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu.

Par des mémoires en défense enregistrés le 17 mars 2022, le 20 mars et le 13 avril 2023, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Haute Provence Aromatiques a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle le service l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années vérifiées. L'administration considérant que les sommes inscrites au compte courant d'associé de M. A constituait des revenus distribués, elle l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales sur le fondement du 2 de l'article 109 du code général des impôts au titre des années 2016 et 2017. M. A demande la décharge de ces cotisations supplémentaires et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".

3. En premier lieu, à supposer que ce soit le cas, la circonstance que la proposition de rectification adressée à la société HPA n'a pas été valablement notifiée à celle-ci est sans incidence sur la régularité de la procédure suivie dans le cadre de la rectification de l'imposition sur le revenu du requérant. Par suite, le moyen, qui est inopérant doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la proposition de rectification du 16 décembre 2019, notifiée à M. A, qu'elle reproduit l'ensemble des paragraphes de la proposition de rectification du 5 décembre 2019 adressée à la société Haute Provence Aromatiques, qui ont fondés les rectifications en litige. La proposition de rectification du 16 décembre 2019 mentionne ainsi le numéro de compte courant de M. A qui a été crédité, les intitulés et les montants débités de comptes fournisseurs ou de comptes de paie et le fait que la société n'a pas justifié de ces dépenses. Par suite, et même si la proposition de rectification du 5 décembre 2019 n'a pas été annexée à celle du 16 décembre 2019, cette dernière, qui comporte les motifs de fait et de droit sur lesquels sont fondés les rectifications, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales manque donc en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " A l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu, d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications ".

6. Il résulte de l'instruction que la rectification dont a fait l'objet M. A était consécutive à un contrôle sur pièces et ne résultait pas d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle. La circonstance que l'administration a utilisé, pour établir cette rectification, des informations qu'elle avait recueillies dans le cadre de la vérification de la comptabilité de la société Haute Provence Aromatiques, est sans incidence sur la nature de la procédure de contrôle suivie, distincte de celles prévues à l'article L. 48 du livre des procédures fiscales. Par suite, le requérant ne peut utilement critiquer l'absence de conséquences financières dans la proposition de rectification du 16 décembre 2019. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1658 du code général des impôts : " Les impôts directs () sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement. / Pour l'application de la procédure de recouvrement par voie de rôle prévue au premier alinéa, le représentant de l'Etat dans le département peut déléguer ses pouvoirs aux agents de catégorie A placés sous l'autorité des directeurs départementaux des finances publiques ou des responsables de services à compétence nationale, détenant au moins un grade fixé par décret en Conseil d'Etat. La publicité de ces délégations est assurée par la publication des arrêtés de délégation au recueil des actes administratifs de la préfecture ".

8. D'une part, l'administration n'étant pas tenue de recouvrer les impositions en litige par l'émission d'un avis de mise en recouvrement plutôt que par un avis d'imposition. D'autre part, les mentions devant obligatoirement figurer, respectivement sur les avis de mise en recouvrement et sur les avis d'imposition, sont déterminées non par l'article 1658 du code général des impôts mais, respectivement, par les articles L. 256 et R. 256-1 du livre des procédures fiscales et par l'article L. 253 du même livre. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que les avis d'imposition qui lui ont été adressés sont irréguliers, dès lors que le service aurait dû émettre un avis de mise en recouvrement comportant toutes les mentions requises conformément aux dispositions de l'article 1658 du code général des impôts. En tout état de cause, le moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes, le requérant n'indiquant pas quelles seraient les mentions que l'administration aurait omis de porter à sa connaissance dans ces avis d'imposition.

Sur le bien-fondé des impositions :

9. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

10. Il résulte de l'instruction que pour fonder les rectifications en litige, l'administration a relevé que le compte courant d'associé de M. A avait été crédité, en 2016 notamment, des montants de 1 800 euros, 20 000 euros et 10 000 euros. Ces écritures ont trouvé leur contrepartie au débit de comptes fournisseurs n° 401 ou de comptes de paie, sans pour autant que la société n'ait été en mesure de justifier, malgré des demandes répétées du service, que M. A aurait avancé à titre personnel des frais pour ces montants.

11. En premier lieu, si le requérant soutient que la somme de 1 800 euros créditée à son compte courant d'associé correspond à une dette de la société HPA qu'il a réglée à la société Trotabas, la seule production du compte n° 421TRO " TROTOBAS Valentin " du Grand Livre de la société HPA, du compte client HPA du Grand Livre de l'EARL Pépinières de la Haute Provence, et de l'écriture comptable au journal Banque - Crédit Mutuel de cette même EARL, ne suffisent pas à l'établir, en l'absence de toute pièce bancaire ou comptable pour établir la réalité d'un tel versement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé cette somme comme un revenu distribué.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le 30 juin 2016, le compte n° 455170 a été débité par le crédit du compte client de la société HPA, pour 20 000 euros. Dans la comptabilité de la société HPA, le compte fournisseur " Pépinière de Haute Provence " a été débité de 20 000 euros le 25 octobre 2016. D'une part, à supposer que ces opérations doivent s'analyser comme une transmission de créance, les éléments que M. A soumet au juge, en dépit du caractère symétrique de certaines écritures comptables passées par les deux sociétés, ne permettent pas d'établir, en l'absence des formalités prescrites par l'article 1690 du code civil et de tout autre élément probant, la réalité de ce transfert de créance. D'autre part, si comme l'allègue le requérant, son compte courant détenu auprès de l'EARL Pépinières de la Haute Provence a été débité par erreur, la régularisation aurait dû être opérée au sein de cette comptabilité et non pas de celle de la société HPA. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé la somme de 20 000 euros inscrite à son compte courant d'associé, comme un revenu distribué.

13. En troisième lieu, si le requérant soutient que la somme de 10 000 euros inscrite à son compte courant d'associé correspond à une avance qu'il aurait versée à la société Ateliers des fluides depuis son compte personnel " afin de débloquer les relations commerciales entre les sociétés HPA et Ateliers des fluides ", M. A, qui n'établit pas le respect des formalités de l'article 1690 du code général des impôts dans le cadre de la cession de créance alléguée, ne produit pas le chèque de 10 000 euros correspondant à la transaction. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé la somme de 10 000 euros inscrite à son compte courant d'associé, comme un revenu distribué.

14. En quatrième lieu, le requérant, qui est nécessairement le bénéficiaire des sommes inscrites à son compte courant d'associé, ne peut utilement soutenir qu'il n'était plus le directeur général de la société Haute Provence Aromatiques depuis janvier 2017 et ne disposait pas des biens de cette société comme de ses biens propres. Ces circonstances, au demeurant étayées par aucun justificatif, sont donc sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige. Le moyen, à supposer qu'il soit soulevé, tiré de ce que M. A n'était pas le maître de l'affaire, doit donc être écarté.

Sur les pénalités :

15. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable ". Aux termes du I de l'article 1758 A du code général des impôts : " Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue ".

16. En premier lieu, si le paragraphe IV. B de la proposition de rectification du 16 décembre 2019, relatif à l'application de l'article 1758 A du code général des impôts, se borne à reproduire les dispositions du I de cet article, le II de la proposition de rectification mentionne le chef des rectifications et le montant en base du rehaussement des capitaux mobiliers au titre des années 2016 et 2017. Par suite, la proposition de rectification du 16 décembre 2019, qui porte uniquement sur l'impôt sur le revenu et les contributions sociales, comporte tous les éléments permettant aux contribuables de comprendre la nature et les motifs de ces pénalités, nécessairement justifiées par une insuffisance des déclarations de revenus, et de formuler des observations. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification en matière de pénalités, manque donc en fait et doit être écarté.

17. En second lieu, le requérant, qui soutient que " les majorations et pénalités ne sont pas justifiées pour les mêmes raisons que celles invoquées à l'encontre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ", ne conteste pas l'insuffisance de ses déclarations de revenus au titre des années 2016 et 2017. Il n'est donc pas fondé à contester l'application de la pénalité prévue à l'article 1758 A du code général des impôts.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. Pouliquen

Le président,

Signé

J.B. BrossierLa greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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