vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109288 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | FERRANDI-ACQUAVIVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, la SAS Travaux Publics Grand Littoral représentée par Me Ferrandi-Acquaviva, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre des périodes du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014 et du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification du 3 mai 2017 est entachée d'un défaut de motivation, les calculs détaillés étant erronés ;
- c'est à tort que l'administration a considéré que sa comptabilité était irrégulière et non probante ;
- le service vérificateur a reconstitué les encaissements à partir des seuls comptes clients, sans tenir compte des journaux de banque, et sans avoir analysé les comptes bancaires ;
- le montant des encaissements retenus par le service est bien supérieur au montant réel des encaissements ;
- c'est à tort que le service a refusé la déduction de taxe sur la valeur ajoutée figurant sur sept factures, la déduction ayant bien été opérée lorsqu'elle a acquitté les factures et non par anticipation ;
- les rectifications envisagées en matière de taxe sur la valeur ajoutée étant contestées, les rectifications en matière de profits sur le Trésor sont contestées en conséquence ;
- c'est à tort que le service a rehaussé le résultat de l'exercice 2015 d'un montant de 40 214 euros, ce qui conduit à une double taxation ;
- les pénalités ne sont pas dues dès lors qu'elle n'a jamais cherché à éluder l'impôt.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2022, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est outre-mer conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Travaux Publics Grand Littoral ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Travaux Publics Grand Littoral a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle lui a été notifiée une proposition de rectification en date du 3 mai 2017. L'administration, après avoir reconstitué la base soumise à taxe sur la valeur ajoutée, constituée d'encaissements ou sommes assimilées, a assujetti la SAS Travaux Publics Grand Littoral à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015, et lui a réclamé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014 et du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015. La société demande la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
3. En premier lieu, si la société requérante soutient que la proposition de rectification est entachée d'une erreur de calcul, le service ayant omis la taxe sur la valeur ajoutée déductible déclarée et comptabilisée de février à septembre 2014, il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification que le service s'est fondé sur les écritures comptables produites par la société, les factures comptabilisées et les déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée. Or l'administration affirme sans être contredite, que, si les écritures postérieures à janvier 2014 dont se prévaut la société ont été enregistrées au journal " HA " - Achats (au débit du compte), ces montants n'ont pas été portés sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée déposées. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est insuffisamment motivée quant aux bases de calcul des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible.
4. En deuxième lieu, si le service ne précise pas, dans la proposition de rectification du 3 mai 2017, comment il a effectué le rapprochement entre déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée et factures comptabilisées, l'administration ayant nécessairement opéré des comparaisons, la proposition de rectification n'est pas insuffisamment motivée sur ce point.
5. En troisième lieu, la circonstance que la proposition de rectification ne liste pas les factures rapprochées des déclarations mensuelles n'entache pas celle-ci d'irrégularité, le service ayant nécessairement opéré un tel rapprochement à partir des factures auxquelles il a eu accès dans le cadre du contrôle. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la société aurait manqué d'information sur ce point pour présenter des observations en réponse aux rectifications.
6. En quatrième lieu, le service admet avoir mentionné en page 9 de la proposition de rectification une insuffisance en base de taxe sur la valeur ajoutée collectée à 20 % de 268 126 euros au lieu de 284 793 euros, soit un rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 53 625 euros au lieu de 56 959 euros. Toutefois, il s'agit d'une simple erreur de plume, dès lors qu'à la page 14 de la proposition de rectification, figure, dans le tableau récapitulatif des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, la somme de 56 959 euros, correspondant à 20 % de 284 793 au titre de l'exercice clos au 30 septembre 2014. De plus, le détail du calcul, précisé en annexe de la proposition de rectification, mentionne également une base de 284 793 euros et un " Écart déclaratif de TVA collectée " au taux de 20 % de 56 959 euros. Par suite, la requérante, qui ne soutient pas s'être plainte de ces incohérences à l'occasion de ses observations, n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est insuffisamment motivée.
Sur le bien-fondé des impositions :
7. Il résulte de l'instruction que le service a rejeté la comptabilité de la société Travaux Publics Grand Littoral comme irrégulière et non probante aux motifs que les écritures avaient été validées un an après la clôture des deux exercices vérifiés, que la comptabilité remise par la société sur clé USB ne comportait aucun lettrage contrairement à la comptabilité papier constatée lors des opérations de vérification sur place et que les bilans ne reflétaient pas la réalité, dès lors qu'aucune dette fiscale antérieure aux exercices vérifiés n'était inscrite en comptabilité malgré l'existence d'une dette fiscale résultant d'un précédent contrôle. Enfin, pour considérer la comptabilité de la société requérante irrégulière et non probante, l'administration s'est également appuyée sur plusieurs irrégularités de comptabilisation. Des règlements affectés à l'apurement de la dette fiscale ont été portés au compte n° 447 " autres impôt et taxes " sans que cette dette ne soit inscrite en " A nouveau " à l'ouverture de la période vérifiée. Pour l'exercice 2014, une charge fictive de 60 000 euros a été comptabilisée. Et pour l'exercice clos en 2015, des sommes transférées de compte à compte ont été imputées irrégulièrement sur des règlements affectés sur une autre dette, ce qui a conduit à faire disparaître une dette de taxe sur la valeur ajoutée non prescrite.
8. En premier lieu, si la société Travaux Publics Grand Littoral soutient que la validation de sa comptabilité un an après la clôture de l'exercice ne peut s'expliquer que par les caractéristiques techniques du fonctionnement du logiciel comptable utilisé par le cabinet auquel elle fait appel, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. De même, la société requérante n'explique pas pourquoi elle a remis au service une version numérique de sa comptabilité qui diffère de la version papier présentée au vérificateur lors du contrôle en ce qu'elle ne comporte pas de lettrage. Par suite, la requérante, qui ne conteste aucun autre des motifs de rejet de sa comptabilité par l'administration, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que cette dernière a regardé sa comptabilité comme irrégulière et non probante.
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que pour reconstituer les encaissements, le service s'est s'appuyé sur des écritures passées dans les comptes clients représentatives d'encaissements réels ou de compensations qui procèdent des enregistrements comptables aux journaux de banque, tout en les rapprochant des sommes figurant sur les relevés bancaires produits. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service vérificateur a reconstitué les encaissements à partir des seuls comptes clients, sans tenir compte des journaux de banque et sans avoir analysé les comptes bancaires.
10. En troisième lieu, si la société requérante soutient qu'elle a produit un tableau pendant le contrôle retraçant les encaissements réels, le service dément cette allégation et la société ne l'établit pas. Elle ne produit pas non plus un tel tableau dans le cadre de la présente instance. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le montant des encaissements retenus par le service est bien supérieur au montant réel des encaissements.
11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le service a refusé la déduction de taxe sur la valeur ajoutée figurant sur sept factures au motif que celle-ci avait été déduite par anticipation. Si la société soutient que la déduction a bien été opérée lorsqu'elle a acquitté les factures, elle ne produit aucun élément pour l'établir.
12. En cinquième lieu, les rectifications de taxe sur la valeur ajoutée n'étant pas excessives, la société requérante n'est pas fondée à contester, en conséquence, le montant du profit sur le Trésor.
13. En sixième lieu, l'administration a rehaussé le résultat imposable de la société au titre de l'année 2015 de 40 214 euros. Il résulte de l'instruction que cette somme a été collectée à tort par la SAS Travaux Publics Grand Littoral auprès d'un client et comptabilisée, alors que la taxe sur la valeur ajoutée du même montant était auto-liquidée par ce dernier. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a rectifié son résultat de l'exercice 2015 et que ce rehaussement, d'un montant de 40 214 euros, conduit à une double taxation.
Sur les pénalités :
14. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
15. Il résulte de l'instruction que, pour appliquer à la société requérante la pénalité pour manquements délibérés, l'administration s'est fondée sur le caractère répété des manquements déclaratifs, pour des montants élevés, correspondant respectivement à 14 et 15 % des encaissements hors taxes imposables au titre des exercices clos en 2014 et 2015. L'administration a également relevé des transferts de compte à compte de montants de taxe sur la valeur ajoutée non déclarés, des écritures comptables visant à effacer une dette de taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que la récupération systématique et abusive de taxe sur la valeur ajoutée ne figurant pas sur des factures d'achat comptabilisées. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et de la circonstance que la société a déjà fait l'objet d'un contrôle fiscal sur la période du 1er septembre 2008 au 30 septembre 2011 à l'issue duquel elle s'était déjà vue infliger des majorations pour manquements délibérés, l'administration établit que la société requérante a volontairement cherché à éluder l'impôt. Celle-ci n'est donc pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a infligé la pénalité prévue à l'article 1729 du code général des impôts.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Travaux Publics Grand Littoral doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Travaux Publics Grand Littoral est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Travaux Publics Grand Littoral et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé
G. Pouliquen
Le président,
Signé
J.B. BrossierLa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026