vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2109353 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Leonhardt, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 34 001,30 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité du refus de sa demande de renouvellement de titre de séjour, assortie des intérêts à compter du 13 juillet 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Leonhardt, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 20 décembre 2018 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour était illégal ;
- cette illégalité lui a causé un préjudice financier du fait de la perte de chance d'exercer une activité professionnelle et de la perte subséquente de salaires, à hauteur de 14 077 euros ;
- cette illégalité lui a causé un préjudice financier du fait de la perte du droit à l'allocation adulte handicapé, à hauteur de 16 924 euros ;
- elle a subi un préjudice moral du fait de la perte d'opportunités d'un suivi social et professionnel, source de stress et d'angoisse, à hauteur de 3 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'a commis aucune illégalité fautive ;
- le caractère certain de la perte de salaire et des prestations sociales, alléguée par la requérante, n'est pas établi ;
- la requérante ne démontre pas que la cessation du versement de l'allocation adulte handicapé n'a pas fait l'objet d'un rappel pour la période de juin 2019 à décembre 2020 ;
- son préjudice moral n'est pas démontré.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2109351 du 13 janvier 2022 par laquelle le juge des référés a condamné l'État à verser, à titre de provision, la somme de 17 924,30 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 juillet 2021.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delzangles,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 20 décembre 2018 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur la responsabilité :
2. Par un jugement n° 1904315 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 20 décembre 2018 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A, au motif qu'il méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'illégalité de l'arrêté du 20 décembre 2018 pour un motif de légalité interne de l'arrêté a été constatée par le jugement précité devenu définitif et passé en force de chose jugée. Cette illégalité constitue, contrairement à ce que fait valoir le préfet des Bouches-du-Rhône, une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
Sur les préjudices :
3. Il résulte de l'instruction que la période durant laquelle l'État est responsable des préjudices du fait de la décision administrative du 20 décembre 2018 court de cette date jusqu'au 18 décembre 2020, date de début de la validité du certificat de résidence algérien délivré par le préfet des Bouches-du-Rhône à la requérante et mettant fin à la situation irrégulière de celle-ci.
S'agissant du préjudice financier :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 344-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les établissements et services d'aide par le travail accueillent des personnes handicapées dont la commission prévue à l'article L. 146-9 a constaté que les capacités de travail ne leur permettent, momentanément ou durablement, à temps plein ou à temps partiel, ni de travailler dans une entreprise ordinaire ou dans une entreprise adaptée ou pour le compte d'un centre de distribution de travail à domicile, ni d'exercer une activité professionnelle indépendante. Ils leur offrent des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, ainsi qu'un soutien médico-social et éducatif, en vue de favoriser leur épanouissement personnel et social ". Aux termes de l'article R. 243-5 du même code : " Dès la conclusion du contrat de soutien et d'aide par le travail mentionné à l'article L. 311-4, les travailleurs handicapés admis dans un établissement ou un service d'aide par le travail et qui exercent une activité à caractère professionnel à temps plein perçoivent une rémunération garantie () ".
5. Il résulte de l'instruction que la décision de la commission de la maison départementale des personnes handicapées du 16 avril 2019, qui a orienté la requérante " à l'essai " dans l'établissement et service d'aide par le travail des Catalans à Marseille, ne lui garantissait ni de bénéficier d'une place dans cette structure, ni, a fortiori, de conclure un contrat de soutien et d'aide par le travail, dont la signature est conditionnée par une période d'essai. Par suite, la requérante n'établit pas que l'arrêté du 20 décembre 2018 aurait eu pour conséquence directe et certaine une perte de chance d'exercer une activité professionnelle.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de sécurité sociale : " Toute personne résidant sur le territoire métropolitain () ayant dépassé l'âge d'ouverture du droit à l'allocation prévue à l'article L. 541-1 et dont l'incapacité permanente est au moins égale à un pourcentage fixé par décret perçoit, dans les conditions prévues au présent titre, une allocation aux adultes handicapés. / Les personnes de nationalité étrangère, hors les ressortissants des États membres de l'Union européenne ou parties à l'accord sur l'Espace économique européen, ne peuvent bénéficier de l'allocation aux adultes handicapés que si elles sont en situation régulière au regard de la législation sur le séjour ou si elles sont titulaires d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Un décret fixe la liste des titres ou documents attestant la régularité de leur situation ".
7. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 13 août 2019 de la caisse d'allocations familiales indiquant que l'absence de récépissé de renouvellement du titre de séjour de l'intéressée fait obstacle au versement de l'allocation adulte handicapé, que la perte de versement de cette allocation procède directement du refus illégal de renouvellement du titre de séjour de Mme A et que cette cessation de versement n'a pas fait l'objet de rappel par la caisse. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, et ce n'est au demeurant pas allégué par l'administration défenderesse, que la requérante ne remplissait pas toutes les conditions légales pour en bénéficier. Par suite, Mme A est fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice financier lié à la perte de l'allocation adulte handicapé, pour la période du mois de juin 2019, date de la suspension de ses droits, au 1er janvier 2021, date du rétablissement des droits, à hauteur de la somme de 16 924,30 euros.
S'agissant du préjudice moral :
8. Eu égard à la situation personnelle de Mme A et à son état de handicap, il sera fait une juste évaluation du préjudice moral, né de la perte d'opportunités d'un suivi social et professionnel lié à son handicap, et des troubles dans les conditions d'existence, du fait de la précarisation de sa situation sociale, financière et administrative, en lui allouant une somme globale de 1 000 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser à Mme A une indemnité d'un montant total de 17 924,30 euros.
Sur les intérêts des sommes dues :
10. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme lui étant due à compter de la réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable. Par suite, il y a lieu d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 13 juillet 2021, date de réception de sa réclamation préalable par la préfecture des Bouches-du-Rhône.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leonhardt, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 200 euros à Me Leonhardt.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 17 924,30 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 juillet 2021, sous déduction de la somme de 17 924,30 euros et des intérêts au taux légal versés à titre provisionnel en application de l'ordonnance du 13 janvier 2022 susvisée.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Anaïs Leonhardt, avocate de Mme A, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Anaïs Leonhardt et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
B. Delzangles
Le président,
Signé
P-Y. Gonneau
Le président,
P-Y. Gonneau
Le rapporteur,
B. DELZANGLES
Le président,
P-Y. Gonneau La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026