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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109712

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109712

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109712
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES NOY GAUER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 novembre et 19 mai 2022,

Mme E B, représentée par Me Pavard, demande au Tribunal de condamner le centre hospitalier d'Aubagne à lui verser la somme de 20 813,31 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'infection nosocomiale contractée le 15 juin 2015.

Elle soutient que :

- il ressort du rapport d'expertise judiciaire des Dr A et F qu'elle a contracté une infection nosocomiale dans le cadre de sa prise en charge au sein de cet établissement au cours de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 15 juin 2015 ;

- en l'absence de cause étrangère et même en l'absence de faute, le centre hospitalier d'Aubagne, est responsable des dommages qui résultent de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée ;

- elle est reconnue travailleur handicapé depuis le 1er février 2020 ;

- l'infection nosocomiale qu'elle a contractée a engendré des préjudices dont elle entend demander réparation : ses frais d'assistance à expertise à hauteur de 600 euros, son déficit fonctionnel temporaire total et partiel en fonction des différentes périodes retenues par les experts à hauteur de 685,80 euros, les souffrances endurées à hauteur de 10 000 euros, ses préjudices esthétiques temporaire et permanent à hauteur de 1 000 euros et 1 500 euros chacun et enfin son déficit fonctionnel permanent évalué à 1% à hauteur de 1 800 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le centre hospitalier d'Aubagne, représenté par la SELARL Abeille et associés, agissant par Me Zandotti, conclut à ce que les sommes allouées à la requérante et à la CPAM soient réduites et, si le Tribunal ordonne l'exécution provisoire du jugement, à ce que cette exécution provisoire soit subordonnée à la constitution d'une garantie.

Il fait valoir que :

- il accepte d'allouer la somme de 600 euros au titre des frais d'assistance à expertise supportés par la requérante ;

- il prendra en charge le remboursement des frais d'expertise correspondant aux notes d'honoraires des Dr A et Dr F à hauteur de 5 227,51 euros ;

- les prétentions de Mme B s'agissant des autres postes de préjudices doivent être réévaluées et réduites à de plus justes proportions, de même que les prétentions de la caisse primaire d'assurance maladie.

Par des mémoires, enregistrés les 28 janvier 2022 et 31 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hautes-Alpes, pour la CPAM des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Constans, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier d'Aubagne à lui verser la somme de 33 228,33 euros en remboursement de ses débours définitifs servis à Mme B, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du jugement à intervenir, ainsi qu'une indemnité forfaitaire de gestion à hauteur de 1 114 euros en application de l'article L. 376-1 alinéa 9 du code de la sécurité sociale et, en outre, à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge du centre hospitalier d'Aubagne en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- l'ordonnance de référé expertise n° 2004645 du 12 novembre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné les docteurs G et F comme experts médicaux ;

- le rapport d'expertise des docteurs G et F enregistré au greffe du tribunal le 21 février 2021 ;

- les ordonnances du 8 mars 2021 par lesquelles le président du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les honoraires du Dr G et du Dr F à hauteur de

5 227,51 euros et les a mis à la charge du Trésor public.

Vu la décision n° 2020/001315 du 19 novembre 2020 accordant à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C,

-les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,

- les observations de Me Kazewski, substituant Me Pavard, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, alors âgée de 31 ans, a, le 14 juin 2015, fait une chute entraînant une fracture de la malléole de la cheville gauche. Elle est opérée de la cheville gauche le 15 juin 2015 par le service orthopédique du centre hospitalier d'Aubagne. Le 20 juin 2015, elle présente une inflammation et un œdème douloureux qui s'aggravent jusqu'à ce qu'un germe infectieux soit identifié et traité par antibiothérapie du 30 juin au 7 juillet suivant. L'infection ne diminuant pas, Mme B a dû être hospitalisée à domicile avec un traitement antibiotique au long court et l'antibiothérapie a pris fin en février 2016. Mme B est reconnue travailleur handicapé à partir du 1er février 2020. Elle demande au Tribunal de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme 20 813,31 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée à la suite de l'intervention du 15 juin 2015.

Sur la responsabilité sans faute du CH d'Aubagne :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial, au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient, et qui n'était, ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise des docteurs

G et F, que Mme B a été victime d'une infection nosocomiale dans les suites de l'opération orthopédique de la malléole gauche réalisée le 15 juin 2015 au centre hospitalier d'Aubagne. Il résulte également de l'instruction que cette infection survenue au décours de la prise en charge de l'intéressée par le centre hospitalier d'Aubagne n'était, ni présente, ni en incubation avant ou au début de celle-ci et que l'établissement hospitalier, qui ne conteste pas sa responsabilité, n'établit aucune autre origine ou aucune cause étrangère permettant d'exonérer ou d'amoindrir sa responsabilité.

5. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le centre hospitalier d'Aubagne est responsable de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au décours de l'opération du 15 juin 2015. La date de consolidation, non contestée, de Mme B est fixée au 4 avril 2016.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais d'assistance à expertise :

6. Mme B demande le remboursement des frais qu'elle a engagés et dont elle justifie pour un montant de 600 euros au titre de l'assistance à expertise du Dr D. Il y a lieu de condamner le centre hospitalier d'Aubagne à lui verser cette somme de 600 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme B a présenté un déficit fonctionnel temporaire total durant la période du 30 juin au 7 juillet 2015, soit 8 jours, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe I, soit 10 %, du 8 juillet au

22 septembre 2015, soit 2,5 mois ou 77 jours, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe I de 5 %, du 23 septembre 2015 au 3 avril 2016, veille de la date de consolidation de son état de santé, soit 6,5 mois ou 194 jours. Il sera fait une juste évaluation du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire de Mme B, en le fixant, sur une base de 13,33 euros par jour, à la somme de 339 euros.

S'agissant des préjudices esthétiques :

8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'infection nosocomiale contractée par Mme B est à l'origine pour l'intéressée, d'une part, d'un préjudice esthétique temporaire évalué à 0,5 sur une échelle de 7 eu égard au pansement et, d'autre part, d'un préjudice esthétique permanent évalué à 0,5 sur une échelle de 7 eu égard à l'élargissement de la cicatrice par l'infection. Il sera fait une juste appréciation de ces postes, en les évaluant à la somme de 500 euros chacun.

S'agissant des souffrances endurées :

9. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme B ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 3 600 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

10. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise, que Mme B présente un déficit fonctionnel permanent résiduel évalué à 1%. Mme B étant âgée de 31 ans et onze mois à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 1 200 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier d'Aubagne doit être condamné à verser à Mme B une somme totale de 6 739 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'infection nosocomiale contractée à la suite de l'intervention chirurgicale réalisée le 15 juin 2015.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes :

En ce qui concerne les débours assortis des intérêts au taux légal :

12. La CPAM des Hautes-Alpes pour la CPAM des Bouches-du-Rhône sollicite la prise en charge de débours au titre des frais hospitaliers du 30 juin 2015 au 2 octobre 2015, à la suite de l'intervention litigieuse du 15 juin 2015 et jusqu'à la fin de la période d'hospitalisation à domicile de Mme B, à hauteur de 28 161,96 euros, au titre des frais médicaux engagés sur cette même période à hauteur de 493,70 euros, au titre des frais pharmaceutiques du

7 octobre 2015 au 4 février 2016, correspondant à la date de fin de l'antibiothérapie de la requérante, à hauteur de 497,12 euros, au titre des frais de transport du 7 juillet 2015 au

2 octobre 2015, soit avant la période d'hospitalisation à domicile, à hauteur de 1 331 euros et enfin au titre des indemnités journalières du 30 juin 2015 au 2 octobre 2015, soit 95 jours, à hauteur de 2 744,55 euros. L'état des débours produit est suffisamment détaillé et la caisse justifie, par une attestation d'imputabilité du médecin conseil, du lien de causalité entre ces frais et l'infection nosocomiale dont Mme B a été victime au cours de sa prise en charge. La CPAM des Hautes-Alpes est fondée à solliciter le remboursement par le centre hospitalier d'Aubagne de la somme de 33 228,33 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts à compter du 25 mai 2023.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

13. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM des Hautes-Alpes pour la CPAM des Bouches-du-Rhône est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros.

Sur les frais d'expertise :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise liquidés et taxés à hauteur de 5 227,55 euros, et pris en charge par le Trésor public, à la charge définitive du centre hospitalier d'Aubagne.

Sur l'exécution provisoire du jugement :

15. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Le jugement étant exécutoire de plein droit par application de ces dispositions, seules applicables devant les juridictions administratives, les conclusions du centre hospitalier d'Aubagne tendant à ce que l'exécution provisoire du présent jugement ne soit pas prononcée et à la constitution d'une garantie ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aubagne une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la CPAM des Hautes-Alpes.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier d'Aubagne est condamné à verser à Mme B une somme de 6 739 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Aubagne est condamné à verser à la CPAM des Hautes-Alpes pour la CPAM des Bouches-du-Rhône la somme de 33 228,33 euros en remboursement de ses frais et débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du 25 mai 2023.

Article 3 : Le centre hospitalier d'Aubagne est condamné à verser à la CPAM des Hautes-Alpes pour la CPAM des Bouches-du-Rhône la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 alinéa 9 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme globale de 5 227,51 euros seront mis à la charge définitive du centre hospitalier d'Aubagne.

Article 5 : Le centre hospitalier d'Aubagne versera une somme de 1 500 euros à Mme B et une somme de 800 euros à la CPAM des Hautes-Alpes pour la CPAM des Bouches-du-Rhône, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au centre hospitalier d'Aubagne et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes pour la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée aux docteurs G et F.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ghislaine Markarian, présidente,

Mme Elisa Fabre, première conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

signé

L. C

La présidente,

signé

G. MARKARIANLa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

N°210971

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