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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2109932

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2109932

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2109932
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL JOB-RICOUART & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 novembre 2021, 31 mars 2022, 1er avril 2022, 20 juin 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 1er février 2023, M. A B, représenté par Me Cielle-Raphanel, demande au tribunal :

1°) de condamner la société ONET et la société d'assurance XL Insurance Company SE à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice ;

2°) d'ordonner une expertise aux fins de déterminer ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la société ONET et de la société d'assurance XL Insurance Company une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur sa demande dès lors que le contrat conclu entre la société ONET et l'AP-HM est un marché public ;

- la responsabilité de la société ONET est engagée en raison de la faute commise par son employé ;

- le lien de causalité entre les dommages qu'il a subis et l'ouvrage public en cause est établi ;

- aucune signalisation n'annonçait le danger, la luminosité du couloir ne permettait pas de le déceler et l'agent d'entretien n'était pas présent au moment de la chute ;

- la société ONET a méconnu son obligation de sécurité envers les usagers des locaux de l'AP-HM ;

- la société ONET et son assureur, la société d'assurance XL Insurance Company doivent être condamnés à l'indemniser de ses préjudices ;

- il convient de lui verser une provision de 10 0000 euros et de désigner un expert afin de déterminer l'étendue de ses préjudices.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 janvier 2022, 30 mai 2022, 15 juillet 2022, 11 janvier 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 15 février 2023, la société ONET et la société XL Insurance Company SE concluent au rejet des conclusions présentées à leur encontre et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions présentées à l'encontre de la société XL Insurance Company SE en sa qualité d'assureur ;

- la responsabilité de la société ONET ne peut être engagée dès lors que les circonstances de l'accident sont indéterminées ;

- il n'y a pas de lien de causalité direct entre l'accident dont a été victime M. B et l'ouvrage public ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage ne peut être imputé à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 décembre 2022 et le 27 janvier 2023, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et la société Relyens concluent :

1°) à la condamnation solidaire de la société ONET et de son assureur XL Insurance Company SE à leur verser la somme de 143 341,18 euros en réparation de ses débours ;

2°) à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société ONET et la société d'assurance XL Insurance Company au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que leur créance correspond aux dépenses exposées pour l'accident de M. B et s'élève à 143 341,18 euros, soit 139 930,11 euros au titre du maintien des traitements du requérant pendant son congé pour accident de service et 3 411,07 euros au titre des frais de santé.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 21/155 du tribunal judiciaire de Marseille du 24 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Simeray ;

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteur public ;

- les observations de Me Cielle-Raphanel, représentant M. B, de Me Job, représentant les sociétés ONET et XL Insurance Company SE, et de Me Chavalarias, représentant l'AP-HM et la société Relyens.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 novembre 2017, vers 11h, M. B, cadre de santé à l'hôpital de la Timone, a chuté, en sortant de son bureau, sur le sol du couloir qui venait d'être lavé par un agent de la société ONET, prestataire pour l'entretien des locaux de l'hôpital. M. B demande au tribunal de condamner la société ONET et son assureur, la société d'assurance XL Insurance Company, à lui verser la somme de 10 000 euros à parfaire, en réparation de ses préjudices, et d'ordonner une expertise.

En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative :

2. La juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître d'une action de la victime d'un dommage de travaux publics dirigée contre l'assureur d'une société privée dont les obligations trouvent leur origine dans les clauses du contrat privé d'assurances. Dès lors, les conclusions de M. B dirigées contre la société XL Insurance Company SE doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité de la société ONET :

3. Il résulte de l'instruction que la société ONET est titulaire d'un marché public de mise en propreté et de bionettoyage des locaux de l'AP-HM, conclu avec cet hôpital. Il résulte également de l'instruction que la chute de M. B, agent de l'AP-HM, aurait pour cause, selon lui, l'entretien du sol du couloir de l'AP-HM par un agent de la société ONET. Ainsi, M. B, qui a la qualité d'usager de l'ouvrage public en cause, est fondé à rechercher la responsabilité de la société ONET en raison des préjudices subis du fait des conséquences dommageables de son accident.

Sur le principe de responsabilité :

4. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. En premier lieu, M. B, qui ne peut utilement invoquer la méconnaissance par la société ONET de ses obligations contractuelles résultant du marché conclu avec l'AP-HM, n'est pas fondé à faire valoir que cette société aurait méconnu son " obligation de sécurité " à l'égard des usagers des locaux dont elle assure l'entretien.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que la chute de M. B a été provoquée par l'état glissant du sol du couloir qui venait d'être lavé par l'agent d'entretien. Toutefois, cette opération de nettoyage, effectuée à un horaire habituel, de jour, ne pouvait manquer d'être connue de la victime qui était sorti de son bureau, dès lors notamment que le chariot de l'agent d'entretien se trouvait dans le couloir, étroit et éclairé de manière suffisante par des néons, à proximité du bureau de M. B qui aurait dû faire preuve de vigilance et d'une attention particulière compte tenu de l'humidité visible du sol, quand bien même une signalétique n'aurait pas été présente à l'endroit de l'accident mais à l'autre extrémité du couloir. Enfin, il résulte encore des pièces produites que l'agent a nettoyé le sol suivant le protocole habituel, avec des franges humides, permettant d'éviter un excès d'eau au sol. Dans les circonstances de l'espèce, les risques d'un sol mouillé n'excédent pas, par leur importance, ceux contre lesquels les usagers habituels de l'ouvrage public doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires et dont ils sont seuls tenus de supporter les conséquences. Par suite, M. B n'apporte pas la preuve du lien de causalité le bâtiment dont il était usager et son dommage.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par l'AP-HM :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par l'AP-HM tendant au remboursement des frais engagés suite à l'accident de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société ONET, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B les sommes demandées par la société ONET ni de mettre à la charge de la société ONET les sommes demandées par l'AP-HM sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la société XL Insurance Company SE sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société ONET, à la société XL Insurance Company SE, à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et à la société Relyens.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. SimerayLe président,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régional de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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