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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110149

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110149

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantDRISSI BOUACIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 novembre 2021, le 8 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Drissi Bouacida, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser 14 847,28 euros, en réparation du préjudice que lui a causé la prise en charge fautive dont elle a été victime ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 3 000 euros à verser à Me Drissi Bouacida au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- une maladresse du praticien engageant la responsabilité de l'AP-HM a été commise et a conduit à la perte des dents 14 et 17 ;

- le préjudice de Mme A B doit être réparé à hauteur de 1 847,28 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées, 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 5 000 euros au titre de la date de consolidation le 22 janvier 2021 du fait du préjudice subi durant 45 mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, l'AP-HM, représentée par Me Carlini, conclut à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que les prétentions de la requérante sont excessives.

La requête a été communiquée à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été informées le 25 janvier 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à retenir que l'AP-HM, afin de pallier l'erreur commise par le praticien lorsqu'il a dû déposer une partie du bridge maxillaire à droite en perforant les racines des dents 14 et 17, s'est engagée à réaliser à ses frais une réhabilitation implantaire avec la forme de deux implants (en 14 et 17) puis la mise en place d'un bridge implanto-porté et que, de son côté, Madame B s'engage à ce que le côté gauche soit réhabilité à ses frais dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de se prononcer sur de telles mesures.

Par un courrier enregistré le 31 janvier 2024, Mme B a produit ses observations sur le moyen d'ordre public.

Mme A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juin 2019.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- l'ordonnance du 23 juin 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur C D à hauteur de 2 160 euros.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Goues, substituant Me Carlini, pour l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a bénéficié de soins en traitement de douleurs dentaires entre avril et juin 2017 au sein du service d'odontologie de l'hôpital de la Timone de l'AP-HM. A la suite de nouvelles douleurs dentaires survenues en octobre 2018, l'endodontiste du service d'odontologie a estimé nécessaire d'extraire trois des dents de Mme B. Mme B demande la condamnation de l'AP-HM à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises lors de sa prise en charge.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HM :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi, lors d'une intervention visant à déposer le bridge dentaire des dents 14 à 17 afin de le remplacer par un bridge provisoire, une perforation des dents 14 et 17 due à une maladresse du praticien. Ce geste fautif est de nature à engager la responsabilité de l'AP-HM, ce qu'au demeurant elle ne conteste pas.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 5 % durant deux ans entre le 30 juin 2017 et le 22 janvier 2021, date de consolidation, soit 1 302 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 17 euros par jour, par la somme de 1 107 euros.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme B, évaluées à 2 sur une échelle de 7 par l'expert, seront justement réparées par une somme de 2 000 euros.

6. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que Mme B a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 2 sur une échelle de 7 compte-tenu de son édentation. Il y a lieu de fixer l'indemnité due à ce titre à la somme de 1 800 euros.

7. En dernier lieu, si la requérante se prévaut d'un préjudice subi pendant une durée de 45 mois, la période de maladie traumatique s'étendant de la date du fait générateur jusqu'à la date de consolidation le 22 janvier 2021, devant être indemnisé selon elle à hauteur de 5 000 euros, elle ne démontre pas l'existence d'un préjudice distinct de ceux précédemment indemnisés. Dès lors, cette demande ne peut qu'être rejetée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices de Mme B doivent être réparés à hauteur de 4 907 euros par l'AP-HM.

Sur la déclaration de jugement commun :

9. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les dépens :

10. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'AP-HM, partie perdante, les frais de l'expertise ordonnée en référé le 29 mai 2020, taxés et liquidés à la somme de 2 160 euros par ordonnance du 23 juin 2021.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

12. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM, partie tenue aux dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Drissi Bouacida de la somme de 1 500 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat aux missions d'aide juridictionnelle confiées.

D É C I D E :

Article 1er :L'Assistance publique - hôpitaux de Marseille est condamnée à verser à Mme A B une somme de 4 907 euros.

Article 2 :Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille.

Article 3 :L'AP-HM versera à Me Drissi Bouacida, avocat, la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 :Le présent jugement est déclaré commun à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes (CPAM) et à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille.

Copie en sera adressée au docteur D, expert.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Trottier, président,

M. Derollepot, premier conseiller,

Mme Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Derollepot

Le président,

signé

T. Trottier

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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