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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110296

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110296

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2021, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de décharge de responsabilité solidaire pour le paiement des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles son mari et elle-même ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) d'ordonner la mainlevée de l'hypothèque portant sur son domicile principal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle est divorcée de M. C depuis le 11 octobre 2018, qu'elle a toujours satisfait à ses obligations fiscales et qu'il existe une disproportion marquée entre sa situation financière et patrimoniale et la dette fiscale de 72 566 euros issue des revenus distribués par la société Amandyne à son ex-époux au paiement de laquelle elle est solidairement tenue.

Par un mémoire, enregistré le 26 août 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable du fait du sursis assortissant la réclamation d'assiette à l'encontre des créances fiscales en cause qui ne sont plus exigibles.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des conclusions de la requête de Mme A tendant à ordonner la mainlevée de l'hypothèque sur le bien immobilier dont elle est propriétaire dès lors que les contestations relatives aux sûretés dont dispose le Trésor pour garantir le recouvrement des créances fiscales se rattachent à la contestation de la forme des poursuites et échappent, en conséquence, à la compétence de la juridiction administrative.

Le 3 mai 2023, Mme A a produit des observations en réponse à cette information en indiquant que sa demande porte précisément sur la procédure de rehaussement ainsi que sur le montant de celui-ci et que ce ne sont pas les modalités formelles tendant à la prise de cette hypothèque qui sont remises en cause, dès lors que ces démarches ont été réalisées dans le respect des règles régissant cette mesure de sureté, mais qu'il est constant que si le juge administratif vient à prononcer l'annulation du rehaussement à son encontre, cette décision emportera nécessairement la mainlevée de l'hypothèque prise sur son bien immobilier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claudé-Mougel,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les revenus des années 2015 et 2016 de Mme A et M. C, alors mariés, ont été rehaussés à la suite de la vérification de la comptabilité de la société Amandyne dont ils étaient associés. Leur convention de divorce a été déposée au rang des minutes de Me Mathieu, notaire à Cabriès, le 11 octobre 2018 et enregistré à l'Etat civil par le maire de cette commune le 24 octobre suivant. Par une lettre du 15 mars 2021, notifiée à l'administration fiscale le 24 mars suivant, Mme A a demandé la décharge de son obligation solidaire de paiement de ces impositions. Elle demande au tribunal l'annulation de la décision du 22 septembre 2021 par laquelle cette demande a été rejetée, ainsi que la mainlevée de l'hypothèque prise sur son domicile principal.

Sur la demande tendant à la mainlevée de l'hypothèque prise sur le domicile principal de Mme A :

2. Les conclusions de Mme A tendant à la mainlevée de l'hypothèque prise sur son domicile principal sont relatives à une mesure de sûreté conservatoire que les comptables sont en droit de prendre, en vertu de l'article 1929 ter du code général des impôts, au titre du privilège du Trésor pour garantir le recouvrement des créances fiscales. Ces conclusions se rattachent ainsi à la contestation en la forme des poursuites et échappent, en conséquence, à la compétence de la juridiction administrative. Ces conclusions ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur la demande tendant à la décharge de solidarité pour le paiement de l'impôt sur le revenu :

3. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts dans sa version alors applicable : " " I. ' Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; / 2° De la taxe d'habitation lorsqu'ils vivent sous le même toit. / II. ' 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : / a) Le jugement de divorce ou de séparation de corps a été prononcé ou la convention de divorce par consentement mutuel prenant la forme d'un acte sous signature privée contresigné par avocats a été déposée au rang des minutes d'un notaire () / / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. Elle est alors prononcée selon les modalités suivantes : / a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint () d) Pour les intérêts de retard et les pénalités mentionnées aux articles 1727,1728,1729,1732 et 1758 A consécutifs à la rectification d'un bénéfice ou revenu propre au conjoint ou au partenaire de pacte civil de solidarité du demandeur, la décharge de l'obligation de paiement est prononcée en totalité. () / 3. Le bénéfice de la décharge de l'obligation de paiement est subordonné au respect des obligations déclaratives du demandeur prévues par les articles 170 et 982 à compter de la date de la fin de la période d'imposition commune. / La décharge de l'obligation de paiement ne peut pas être accordée lorsque le demandeur et son conjoint ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité se sont frauduleusement soustraits, ou ont tenté de se soustraire frauduleusement, au paiement des impositions mentionnées aux 1° et 2° du I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B, soit en organisant leur insolvabilité, soit en faisant obstacle, par d'autres manœuvres, au paiement de l'impôt. () ". Aux termes de l'article 382 ter de l'annexe II au code général des impôts : " Le directeur départemental des finances publiques ou le directeur chargé du service à compétence nationale se prononce dans un délai de six mois à compter de la date de sa réception sur la demande de décharge de responsabilité. Ce délai peut être prorogé dans la limite de trois mois après information du demandeur par lettre simple. () ". Enfin, aux termes de l'article 382 quater de l'annexe II au code général des impôts : " Si aucune décision n'a été prise dans les délais prévus à l'article 382 ter ou lorsque la décision, notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, ne lui donne pas satisfaction, le demandeur doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à compter : / a) Soit de la date d'expiration du délai mentionné au premier alinéa de l'article 382 ter ; () / La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates. () ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article 1691 bis du code général des impôts, ni de celles des articles 382 bis et suivants de l'annexe II à ce code prises pour leur application, que la faculté de présenter une demande en décharge de responsabilité solidaire serait limitée aux impositions devenues définitives, ni qu'une réclamation d'assiette assortie d'une demande de sursis de paiement aurait pour effet de suspendre l'instruction d'une demande préalable de décharge de solidarité présentée sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts. La fin de non-recevoir opposée en défense ne peut donc qu'être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé de la demande :

5. Il résulte de l'article 1691 bis du code général des impôts que lorsqu'ils sont soumis à imposition commune, les époux sont solidairement responsables du paiement de l'impôt sur le revenu et qu'à défaut de paiement spontané, l'administration peut poursuivre chacun des conjoints pour la totalité de l'impôt sans être tenue de répartir entre eux la dette fiscale du foyer. Cependant, l'article 1691 bis du code général des impôts institue un droit à décharge de la solidarité au bénéfice des contribuables qui remplissent les conditions qu'il énonce. La situation matrimoniale, financière et patrimoniale du contribuable souhaitant bénéficier d'une décharge de l'obligation solidaire au paiement de l'impôt sur le revenu établi au nom du foyer fiscal s'apprécie à la date de la demande faite en ce sens par le contribuable auprès du directeur départemental des finances publiques. Il appartient au requérant qui revendique le bénéfice de ces dispositions de mettre le tribunal, saisi d'un recours concernant une demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt, à même d'apprécier l'existence, à la date de la demande, d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale des anciens conjoints, et la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur.

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, la convention de divorce entre Mme A et M. C a été déposée au rang des minutes de Me Mathieu, notaire à Cabriès, le 11 octobre 2018.

7. En deuxième lieu, l'administration ne conteste pas que Mme A a respecté les obligations déclaratives fixées par l'article 170 du code général des impôts à compter du moment où elle a été imposée individuellement, ni n'allègue que les époux se seraient soustraits à leurs obligations déclaratives à l'époque de leur imposition commune, ou auraient tenté de le faire.

8. En troisième lieu, il résulte des éléments produits à l'instance par Mme A, qui ne sont pas davantage contredits en défense, en particulier de la notification de retraite du 6 septembre 2018, que celle-ci dispose d'une pension de retraite de 1 169,09 euros, laquelle est grevée par des charges de surendettement d'un montant global de 725 euros, lui laissant un reste à vivre d'un peu plus de 440 euros. L'administration ne fait valoir aucun élément relatif au patrimoine mobilier et immobilier de la requérante, susceptible de démontrer qu'elle serait en mesure de faire face à sa dette fiscale. A cet égard, bien que Mme A soit propriétaire de sa résidence principale, dont elle a estimé la valeur, à la suite d'une demande du tribunal, à 220 000 euros, et dont la vente serait dès lors susceptible de couvrir la dette fiscale en litige, il n'est pas établi, et n'est au demeurant pas allégué par l'administration, que dans l'hypothèse d'une telle vente pour apurer cette dette, Mme A pourrait faire face à l'ensemble de ses autres dettes et charges, en particulier afin de se reloger. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances qu'il existe une disproportion marquée, au sens de l'article 1691 bis du code général des impôts, entre le montant de cette dette et la situation financière et patrimoniale de Mme A.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé de faire droit à sa demande de décharge de son obligation solidaire de payer les impositions dues par le foyer qu'elle formait avec son époux, présentée sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée de son obligation solidaire de paiement des impositions sur les revenus, pénalités et frais mis à la charge du foyer fiscal qu'elle formait alors avec son ancien mari au titre des années 2015 et 2016, selon les modalités fixées au a) et au d) du 2. de l'article 1691 bis du code général des impôts.

Article 2 : L'État versera une somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

A. Claudé-Mougel La présidente,

signé

A. Menasseyre

La greffière,

signé

R. Berkat

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

5

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