vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110371 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL RINGLE ROY & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 novembre 2021, 15 mars, 5 août et 17 octobre 2022, l'Etablissement public d'aménagement et de développement (EPAD) Ouest Provence, représenté par Me Richard, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la société Agilis à lui verser, à titre de provision, la somme de 2 638 800 euros TTC, assorti des intérêts à taux légal et de leur capitalisation, à parfaire ;
2°) de mettre à la charge de la société Agilis la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Les travaux n'ont pas été réceptionnés de sorte que la responsabilité contractuelle de la société Agilis est engagée ;
- L'absence d'achèvement du mur acoustique est imputable à la société Agilis, laquelle est responsable de l'effondrement du mur ;
- La société Agilis a commis des manquements dans la réalisation du mur ;
- Elle n'a pas été moteur dans la recherche des causes et la proposition de solutions de reprise qui aurait permis à l'expert de remettre son rapport dans un délai raisonnable ;
- Elle est tenue de procéder aux travaux de reprise ;
- Le mur peut être reconstruit à l'identique, ainsi que l'a validé l'expert ;
- Les pénalités de retard lui sont donc applicables ;
- Le montant de ces pénalités, calculé sur la base de 4 398 jours, s'élève à 2 199 000 euros HT, à parfaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier, le 1er juillet, 19 septembre et 7 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société Agilis conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'EPAD Ouest Provence une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a aucune part dans la conception de l'ouvrage ;
- les travaux étaient achevés au 10 mars 2009 et ils ont été réceptionnés le 12 mars 2009 suivant compte-rendu du 10 mars 2009 et, en tout état de cause, par application de l'article 41.3.2° du CCAG travaux ;
- elle a respecté les délais prévus au marché pour l'exécution des travaux ;
- les travaux ont d'ailleurs été remis à la société Espaces-verts du littoral pour procéder à la végétalisation du mur ;
- aucune reprise de travaux suivant le procédé initial n'était susceptible d'intervenir : s'agissant de l'écran nord, l'expert conclut à la nécessité de recourir à un maître d'œuvre et s'agissant de l'écran sud, cela implique de passer par le stade attenant, ce qui n'est pas autorisé dans le cadre marché initial ;
- l'utilisation de modules plastique recyclés de Sodilor lui a été imposée par l'EPAD, qui est donc responsable des désordres ;
- l'obligation est sérieusement contestable dès lors qu'elle dépend de l'appréciation portée au fond ;
- l'effondrement du mur ne peut être considéré comme une inexécution de ses obligations contractuelles ;
- à titre subsidiaire, le montant des pénalités demandées revêt un caractère manifestement excessif et il convient d'en réduire le montant à de plus justes proportions ;
- l'EPAD n'a pas respecté la procédure relative aux pénalités dès lors que le retard n'a pas été constaté par le maître d'œuvre conformément à l'article 20 du CCAG travaux.
Vu :
- l'ordonnance n° 0908438 du 21 décembre 2009 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a ordonné une expertise et désigné, en qualité d'expert, M. C A ;
- l'ordonnance n° 1001399 du 15 avril 2010 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a étendu la demande d'expertise aux sous-traitants, au fabricant et aux assureurs ;
- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 12 décembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
2. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge des référés de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou non sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi. De même, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que le juge des référés peut allouer n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Le Syndicat d'agglomération nouvelle Ouest Provence, aux droits duquel vient la métropole Aix-Marseille-Provence, a confié la mission de maîtrise d'ouvrage déléguée à l'EPAD Ouest Provence pour la réalisation d'un mur antibruit le long de la RN 568 sur la commune de Fos-sur-Mer. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée à un groupement composé des entreprises Seria, Acouplus et Atelier Fleuridas Paysage. Les travaux de construction, consistant en la réalisation de trois écrans acoustiques en plastique recyclé et végétalisable, ont été confiés à la société Agilis par acte d'engagement du 10 juillet 2008, laquelle s'est fournie auprès de la société Sodilor pour les structures en plastique recyclé fabriquées par la société Hahn/Lueft. Le délai d'exécution prévu au contrat était de quatre mois. Dans la nuit du 21 au 22 mai 2009, la partie nord du mur s'est effondrée et un constat d'huissier dressé le 14 octobre 2009 a mis en évidence des déformations importantes des écrans, menaçant de s'effondrer. Saisi par l'EPAD, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a, par une ordonnance du 21 décembre 2009, désigné un expert judiciaire, qui a remis son rapport le 14 décembre 2020. L'EPAD demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la société Agis à lui verser la somme provisionnelle de 2 638 800 euros TTC euros au titre des pénalités de retard dues en raison de l'inachèvement des travaux.
Sur la demande de provision :
4. Aux termes de l'article 4.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en cause intitulé " pénalités de retard " : " Le titulaire subira, par jour de retard dans l'achèvement de travaux, une pénalité journalière de 500 euros HT ". Aux termes de l'article 20.1 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux, applicable au marché en cause : " () Les pénalités sont encourues du simple fait de la constatation du retard par le maître d'œuvre. ".
5. L'article 3 de l'acte d'engagement du marché, auquel renvoie le CCAP du marché s'agissant du délai d'exécution, stipule que " le délai d'exécution des travaux est de 4 mois " et qu'il part " de la date fixée par l'ordre de service prescrivant de commencer les travaux ". Par ordre de service n° 2 du 10 septembre 2008, Agilis a été invitée à démarrer les travaux le 29 septembre 2008, lesquels ont été interrompus à compter du lundi 13 octobre 2008. Par ordre de service n° 4 du 16 octobre 2008, les travaux ont repris le 20 octobre 2008 et la fin du délai contractuel décalée au 5 février 2009. Ce délai a été prolongé par ordre de service n° 5 pour une durée de 12 jours, jusqu'au 23 février 2009. Les travaux ont de nouveau été interrompus à plusieurs reprises du fait d'intempéries et la nouvelle date de fin de chantier fixée au 12 mars 2009. Par ordre de service n° 8, les travaux ont été interrompus à compter du 10 mars 2009 pour permettre à l'EPAD de réfléchir à l'opportunité de travaux supplémentaires pour l'écran sud. A la suite de l'effondrement de la partie nord du mur dans la nuit du 21 et 22 mai 2009, l'EPAD a mis en demeure la société Agilis, le 9 octobre 2009, de reconstruire le mur à l'identique dans un délai de quatre mois, commençant à courir à l'expiration d'un délai de huit jours à compter de la réception du courrier.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment des compte-rendu de réunions de chantier des 10 et 18 mars 2009, que les travaux réalisés par Agilis étaient achevés, sans toutefois avoir été réceptionnés. Le compte-rendu du 18 mars 2009 prévoit ainsi de fixer la date de réception au jeudi 12 mars 2009 avec levée des réserves au 18 mars 2009. Par ailleurs, si l'EPAD soutient que la société Agilis devait procéder, à compter de sa mise en demeure du 9 octobre 2009, à la reconstruction du mur à l'identique au titre de ses obligations contractuelles, dès lors que les travaux n'avaient pas été réceptionnés, il résulte de l'instruction qu'un expert a été missionné le 21 décembre 2009 par le tribunal pour déterminer la cause des désordres ainsi que " la nature, le coût et la durée des travaux nécessaires à réparer les désordres ", de sorte qu'à cette date, il n'était pas possible de déterminer le choix du procédé constructif permettant de réparer les désordres en cause. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut l'EPAD au titre des pénalités de retard qui seraient applicables à la société Agilis pour ne pas avoir reconstruit le mur à l'identique est sérieusement contestable et il n'y a pas lieu d'y faire droit.
Sur les frais d'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Agis, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par l'EPAD Ouest-Provence au titre des frais d'instance non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EPAD Ouest-Provence une somme à verser à la société Agilis au titre de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'EPAD Ouest-Provence est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'EPAD Ouest Provence et à la société Agilis.
La juge des référés,
Signé
C. B
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P. La greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026