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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110406

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110406

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantJULLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021, Mme C A, représentée par Me Jullien, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subi à la suite de l'opération du 5 novembre 2015 à l'hôpital de la Conception ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner avant-dire droit un expert médical aux fins de déterminer la responsabilité de l'AP-HM et l'étendue des préjudices qu'elle a subi à la suite de l'opération du 5 novembre 2015 ;

3°) de condamner l'AP-HM aux dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'AP-HM a commis des fautes relevant, a minima, du défaut d'information voire du non-respect du consentement, susceptible d'engager sa responsabilité en ce qu'elle avait demandé une ligature des trompes sous anesthésie et qu'elle en a été fermement dissuadée par le Dr D qui lui a indiqué que la pose d'implants " Essure " était une meilleure alternative à une ligature des trompes sans faire état du fait que l'intervention se déroulerait sans anesthésie et sans l'informer en amont des souffrances que cette intervention allait engendrer ;

- en l'absence d'anesthésie durant l'intervention, elle a subi des préjudices corporels et psychiques importants dont elle demande l'indemnisation.

Par un mémoire enregistré le 20 avril 2022, l'AP-HM, représentée par Me Deguitre, conclut, à titre principal, au rejet de la requête en l'absence de faute et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal ordonne avant-dire droit une expertise médicale et mette les frais d'expertise à la charge de la requérante.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 15 février 0222, Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, conseillère,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Deguitre pour l'assistance publique - hôpitaux de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A était âgée de 45 ans lorsqu'elle a sollicité une contraception définitive par ligature des trompes, sous anesthésie générale ou péridurale, auprès du Dr B le 5 mars 2015. Ce dernier l'a mis en relation avec le Pr D qu'elle a rencontré le 5 mars 2015 et qui lui a proposé une autre méthode de contraception, consistant en une pose d'implants " Essure ". L'intervention chirurgicale a eu lieu le 5 novembre 2015 à l'hôpital de la Conception, dépendant de l'AP-HM, et les implants posés seront finalement retirés en novembre 2018, soit trois ans plus tard. Mme A demande à titre principal la condamnation de l'AP-HM à l'indemniser des souffrances et préjudices qu'elle estime avoir subi de ce fait.

Sur la responsabilité et les conclusions à fin d'expertise avant-dire droit :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative :

" La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

4. Il résulte de l'instruction et ce, malgré la production de plusieurs pièces médicales et compte-rendu d'intervention, que le tribunal n'est pas en mesure de déterminer avec certitude l'absence de faute de l'AP-HM s'agissant des conséquences dommageables subies par Mme A, suite à l'intervention du 5 novembre 2015 relative à la pose d'implants Essure. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un spécialiste en gynécologie et obstétrique sur ces points et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.

Sur la charge des frais d'expertise :

5. En vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. En vertu de l'article R. 761-4 du même code, la liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par une ordonnance du président de la juridiction, après consultation, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. L'article R. 621-13 dudit code dispose que lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et

R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Cette ordonnance est ainsi prise après le dépôt du rapport d'expertise. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions de l'assistance publique -hôpitaux de Marseille tendant à ce que les frais d'expertise soient totalement mis à la charge de la requérante, cette demande étant prématurée.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin expert en présence des parties à l'instance.

Article 2 : Cet expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Cet expert qui devra être un médecin spécialiste en gynécologie et obstétrique, aura pour mission de :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A, sans que le secret médical lui soit opposable, et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, aux interventions et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital de la Conception relevant de l'AP-HM pour la mise en place d'un dispositif Essure, ainsi que tous dossiers des praticiens et établissements ayant eu à connaître de son cas ; de convoquer et d'entendre les parties et tous sachants ; de procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ;

2°) d'examiner Mme A et de décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge par l'AP-HM le 5 novembre 2015 ; de décrire le contexte médical et les conditions de la mise en place du dispositif Essure pratiquée dans cet établissement ; de décrire l'état pathologique de Mme A ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) de donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements, les interventions et les soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; de donner son avis notamment sur la pertinence du choix de mise en place des implants Essure et l'utilité des gestes opératoires pratiqués, ainsi que sur la mise en œuvre d'une anesthésie durant l'intervention du 5 novembre 2015 ;

4°) de manière générale, de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme A par l'AP-HM à compter du 5 novembre 2015 ; de rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; de rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; en l'absence de faute, de dire si la situation de Mme A relève d'un aléa thérapeutique ; de donner son avis sur les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle a souffert à compter du 5 novembre 2015 ;

5°) de donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6°) de préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, pratiqué sur la personne de Mme A au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; d'indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel Mme A était particulièrement exposée ; de dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque ;

7°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement éventuel reproché à l'AP-HM, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec les conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, son évolution, ou toute autre cause extérieure ;

8°) de donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison des manquements éventuellement constatés ;

9°) de dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si

Mme A a été informée de la nature de l'opération qu'elle allait subir le 5 novembre 2015 à l'hôpital de la Conception relevant de l'AP-HM et des conséquences normalement prévisibles de cette intervention et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, de préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

10°) d'indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé et dans la négative, d'indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

11°) dans le cas de consolidation, de préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, d'en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) de préciser, le cas échéant, la durée de l'incapacité temporaire de Mme A en indiquant si elle a été partielle ou totale, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) de dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, de fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, de mentionner dans quel délai ;

14°) de fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

15°) de dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier, le cas échéant, une indemnisation au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux subis en distinguant, s'il y a lieu, la part imputable au manquement éventuellement constaté ou de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

16°) s'il y a lieu, de faire toutes autres constatations nécessaires, d'entendre les observations de tous intéressés et d'annexer à son rapport tous documents utiles.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 6 : Les conclusions de l'AP-HM tendant à ce que les frais d'expertise soient d'ores et déjà mis à la charge de Mme A sont rejetées.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Jullien, à l'assistance publique - hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Journoud

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régional de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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