vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110422 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, la SARL Bati France, représentée par le cabinet CMS Francis Lefebvre Avocats, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration lui a refusé le bénéfice du régime de la marge à la vente des terrains du lotissement " Le Clos Saint Pierre ", alors que l'application de ce régime est conditionnée au seul fait que l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert de droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- c'est à tort que l'administration a assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée la vente de la maison située à Le Paradou, alors que cette maison remplissait, de fait, les conditions d'habitabilité nécessaires au 21 septembre 2012 ;
- elle est fondée à invoquer les paragraphes 40 et 60 de l'instruction référencée BOI-TVA-IMM-10-20-20-20120912.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Bati France ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Bati France, qui exerce l'activité de marchand de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle lui a été notifiée une proposition de rectification en date du 20 décembre 2018. L'administration a remis en cause le bénéfice du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge que la société requérante avait appliqué à la vente de terrains à bâtir situés à Eyguières. Le service a également considéré que la vente de la maison située sur la commune de Le Paradou aurait dû être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée. Il a, en conséquence, réclamé à la SARL Bati France des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. Celle-ci demande la décharge de ces rappels et des pénalités correspondantes.
Sur l'application du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur marge à la vente de terrains à bâtir situés à Eyguières :
2. Le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du b. du 2. de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.
3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les États membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir, ou d'une opération mentionnée au 2° du 5 de l'article 261 pour laquelle a été formulée l'option prévue au 5° bis de l'article 260, si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / a) soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain ou de l'immeuble ; / b) soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués ".
4. Dans son ordonnance du 10 février 2022, Ministre de l'économie, des finances et de la relance c. Les Anges d'Eux SARL, Echo 5 SARL et Cletimmo SAS (aff. C-191/21), la Cour de justice de l'Union européenne a précisé que le régime dérogatoire prévu à l'article 392 de la directive du 28 novembre 2006 s'applique aux seuls terrains à bâtir qui, définis comme tels par les Etats membres, sont achetés en vue de leur revente et qu'ainsi, l'application du régime de la taxation sur la marge suppose, en vertu de cet article 392, une identité juridique entre le bien acquis et le bien revendu. Elle a précisé que l'article 392 de la directive devait être interprété en ce sens qu'il exclut l'application du régime de taxation sur la marge à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains acquis bâtis sont devenus, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, des terrains à bâtir, mais qu'il n'exclut pas l'application de ce régime à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains ont fait l'objet, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, de modifications de leurs caractéristiques telles qu'une division en lots.
5. Il résulte des dispositions de l'article 268 du code général des impôts, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti.
6. D'une part, il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que la SARL Bati France soutient, le bénéfice du régime de taxation à la marge n'est pas uniquement conditionné au fait que l'acquisition par le cédant n'ait pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, l'administration pouvait lui opposer l'absence d'identité juridique entre les biens vendus et les biens acquis.
7. D'autre part, il est constant que la SARL Bati France a acquis trois parcelles sur lesquelles était édifiée une maison à usage d'habitation et qu'elle a procédé à la réunion des parcelles, à la démolition de la construction et à la division de l'assiette foncière en vue de la réalisation d'un lotissement. Ainsi, la société requérante a cédé des terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice du régime de la marge et lui a réclamé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en conséquence.
Sur l'assujettissement de la taxe sur la valeur ajoutée de la vente de la maison située à Le Paradou :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
8. Aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. () / 2. Sont considérés : / () / 2° Comme immeubles neufs, les immeubles qui ne sont pas achevés depuis plus de cinq années (). II. - Les opérations suivantes sont assimilées, selon le cas, à des livraisons de biens ou à des prestations de services effectuées à titre onéreux. / 1. Sont assimilés à des livraisons de biens effectuées à titre onéreux : () / 2° L'affectation par un assujetti aux besoins de son entreprise d'un bien produit, construit, extrait, transformé, acheté, importé ou ayant fait l'objet d'une acquisition intracommunautaire dans le cadre de son entreprise lorsque l'acquisition d'un tel bien auprès d'un autre assujetti, réputée faite au moment de l'affectation, ne lui ouvrirait pas droit à déduction complète ". La date d'achèvement des travaux, pour l'application de ces dispositions s'entend de la date à laquelle la construction est habitable, même si des travaux accessoires restent à effectuer.
9. Il résulte de l'instruction que la SARL Bati France a acquis, le 28 février 2013, une maison d'habitation située sur la commune de Le Paradou, qu'elle a revendue le 22 septembre 2017 sans soumettre cette vente à la taxe sur la valeur ajoutée au motif que la construction avait été achevée plus de cinq ans auparavant. L'administration a remis en cause ce non-assujettissement.
10. La société requérante ne produit aucun élément permettant d'établir que la maison achetée était habitable avant le 21 septembre 2012, soit au moins cinq ans avant la vente. A cet égard, le compromis de vente qu'elle produit, daté du 20 novembre 2012, postérieur à la date du 21 septembre 2012, mentionne, certes, que le bien vendu est assuré, qu'il est raccordé au réseau d'assainissement, qu'il possède une installation intérieure électrique et qu'un diagnostic de performance énergétique a été établi. Toutefois, ce compromis précise également que la construction à usage d'habitation est " inachevée et partiellement habitable " et que " eu égard à l'état actuel du bien, le vendeur déclare n'avoir déposé à ce jour aucune déclaration d'achèvement de travaux ".
11. Par ailleurs, l'administration oppose en défense, sans être contredite, que la société a fait, antérieurement à l'acquisition du bien, une demande de transfert de permis de construire le 23 novembre 2012, autorisé par le maire de Paradou le 26 décembre 2012 et que les travaux engagés ont été régulièrement comptabilisés pour un montant total de 286 000 euros au cours de l'année 2013. Le service précise que la SARL Bati France a déposé une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux à la mairie du Paradou le 14 août 2013 en indiquant que le bien était un immeuble neuf au sens du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts. De plus, la société requérante ne conteste pas avoir déposé au centre des impôts fonciers de Tarascon une déclaration en matière de taxe foncière indiquant une date d'achèvement des travaux permettant une utilisation effective du bien au 15 août 2015 et qu'aucune taxe d'habitation n'a été établie avant cette date.
12. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le bien immobilier situé à Le Paradou était achevé depuis plus de cinq ans à la date de sa cession.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
13. La SARL Bati France n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 40 et 60 de l'instruction administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-20-20, dès lors qu'il concerne le fait générateur de la taxe sur la valeur ajoutée en cas de livraison à soi-même d'immeubles, et non la vente d'immeubles.
14. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée la vente de la maison située à Le Paradou.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Bati France doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Bati France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Bati France et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
G. Pouliquen
Le président,
Signé
J.B. BrossierLa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026