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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110490

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110490

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110490
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantTOUHLALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 2 décembre 2021, Mme B D épouse A, représentée par Me Touhlali, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme de 6 509 euros à titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'AP-HM est engagée dès lors qu'elle n'a pas été informée sur le procédé à suivre pour la dépilation préopératoire qu'elle a dû réaliser seule ;

- la responsabilité pour faute de l'AP-HM est également engagée en raison de l'oubli d'un fil à l'intérieur de sa jambe gauche après l'opération du 17 octobre 2013 ;

- elle est fondée à solliciter la réparation de ses préjudices, à savoir des souffrances endurées à hauteur de 3 500 euros, un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 580 euros, un préjudice esthétique permanent à hauteur de 1 000 euros et un préjudice d'agrément à hauteur de 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, l'AP-HM conclut à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.

Elle fait valoir que :

- elle ne conteste pas le principe de sa responsabilité sans faute au titre de l'infection nosocomiale ;

- le montant du déficit fonctionnel temporaire ne saurait excéder la somme de 580 euros ;

- le montant des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de 1 500 euros ;

- le montant du préjudice esthétique permanent ne saurait excéder la somme de 500 euros ;

- la demande au titre du préjudice d'agrément doit être rejetée dès lors que Mme D épouse A ne présente aucune séquelle définitive.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°1502515 du 26 avril 2016 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au Dr C à hauteur de 2 095,32 euros.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Simon, présidente rapporteure ;

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Geiger substituant Me Carlini, représentant l'APHM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse A a subi une opération chirurgicale, consistant en l'ablation d'une veine saphène grâce à la technique du " stripping ", le 17 octobre 2013, en raison d'une insuffisance veineuse superficielle du membre inférieur gauche au sein de l'Hôpital Nord de Marseille, relevant de l'AP-HM. Elle demande au tribunal de condamner cette dernière à l'indemniser des préjudices qu'elle a subi du fait de cette intervention.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

En ce qui concerne le défaut d'information fautif :

2. Aux termes de l'article L. 1111-2 du même code : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () Cette information incombe à tout professionnel de de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. () ".

3. Lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité du refus du patient d'être informé, la seule circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. Un manquement des médecins à leur obligation d'information engage la responsabilité de l'hôpital dans la mesure où il a privé le patient d'une chance de se soustraire au risque lié à l'intervention en refusant qu'elle soit pratiquée. C'est seulement dans le cas où l'intervention était impérieusement requise, en sorte que le patient ne disposait d'aucune possibilité raisonnable de refus, que les juges du fond peuvent nier l'existence d'une perte de chance.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 février 2016, que Mme D épouse A s'est vue diagnostiquer une infection à staphylocoque doré un an après l'opération qu'elle a contractée lors de celle-ci. Or, la requérante a, à la demande de l'équipe médicale, procédé à une dépilation par rasage avant son opération sans avoir reçu de celle-ci aucune information ni aucune consigne particulière relative au procédé à suivre pour opérer une telle dépilation alors qu'une dépilation par rasage constituait un facteur favorisant des infections du site opératoire. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que cette opération devait être réalisée en urgence. Dans ces conditions, ce défaut d'information de Mme D épouse A quant au procédé à suivre concernant la dépilation préopératoire qu'elle devait réaliser elle-même mais également des risques qu'elle encourait si une telle dépilation venait à mal se passer est de nature à engager la responsabilité de l'APHM pour faute.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'AP-HM du fait de l'infection nosocomiale contractée à la suite de l'accident médical non-fautif :

5. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 % () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.

6. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient, et qui n'était, ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine sur la prise en charge.

7. Mme D épouse A a présenté une infection postopératoire d'une ligature utilisée lors de l'intervention chirurgicale du 17 octobre 2013 laquelle a été diagnostiquée le 8 septembre 2014. Cette ligature a été effectuée avec des fils non résorbables afin d'éviter un saignement post-opératoire. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 février 2016, que d'une part cette ligature est indispensable pour assurer une bonne hémostase des fils non résorbables et que d'autre part, ces fils non résorbables sont utilisés de façon courante en chirurgie pour effectuer des ligatures et sont susceptibles de s'infecter. Ainsi, l'infection du fil résorbable dont a été victime Mme D épouse A doit être regardée comme une infection nosocomiale au sens des dispositions précitées alors que, par ailleurs, cette infection nosocomiale ne dépasse pas le seuil de gravité imposé par les dispositions de l'article D. 1142-1 précitées.

8. Dans ces conditions, Mme D épouse A est également fondée à soutenir que l'AP-HM, laquelle n'apporte pas la preuve d'une cause étrangère, est seule responsable de l'infection nosocomiale qu'elle a subie au décours des complications dont elle a été victime durant l'intervention du 17 octobre 2013.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaire :

S'agissant des souffrances endurées :

9. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise que les souffrances endurées de Mme D épouse A doivent être évaluées à 2 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera justement réparé par l'allocation d'une somme de 1 800 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

10. Il résulte de l'instruction et du rapport d'expertise que Mme D épouse A a présenté un déficit fonctionnel temporaire de classe 1 (10%) pour la période du 23 octobre 2013 au 27 novembre 2013 soit 36 jours, puis du 8 septembre 2014 au 1er janvier 2015, date de la consolidation de l'intéressée, soit 115 jours. En retenant une base d'indemnisation de 13,33 euros, ce préjudice sera justement réparé par l'allocation d'une somme de 201 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

11. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise précité, que Mme D épouse A présente un préjudice esthétique permanent, lequel se traduit par une cicatrice dyschromique élargie qui est visible sur la jambe concernée par l'opération du 17 octobre 2013. Ce préjudice est évalué par l'expert à 0.5 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera par suite justement réparé par l'allocation d'une somme de 500 euros.

S'agissant du préjudice matériel :

12. Mme A fait état d'un préjudice matériel qu'elle évalue à hauteur de 429 euros sans toutefois apporter le moindre argument à l'appui de cette demande. Par suite, il y a lieu de rejeter ce chef de préjudice.

S'agissant du préjudice d'agrément :

13. Le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs.

14. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport expertise, que Mme D épouse A ne présente pas de déficit fonctionnel permanent. En l'absence d'un tel déficit, la requérante ne peut prétendre à l'indemnisation de son préjudice d'agrément lequel résulterait de l'impossibilité de bénéficier de son adhésion au club sportif " fitness club ".

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse A est seulement fondée à obtenir le versement d'une somme globale de 2 501 euros.

Sur la déclaration de jugement en commun :

16. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit à l'instance. Il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les dépens :

17. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de 2 095,32 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 24 avril 2016. Dans les circonstances de l'espèce, cette somme doit être mise à la charge définitive de l'AP-HM.

Sur les frais du litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 2 501 euros à Mme D, épouse A, à titre de dommages et intérêts.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 2 095,32 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes pour la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 4 : L'AP-HM versera la somme de 1 500 euros à Mme D, épouse A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, épouse A, à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au Dr E C, expert.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeait :

Mme Simon, présidente,

M. Derollepot, premier conseiller,

Mme Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. DEROLLEPOT

La présidente rapporteure,

signé

F. SIMONLa greffière,

signé

A. C

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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