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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110629

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110629

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110629
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021, Mme A C épouse B, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros, assortie des intérêts à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable du 4 octobre 2021, en réparation du préjudice résultant pour elle de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adapté à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'elle a été reconnue par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 18 février 2016, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat ;

- elle a subi, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, des troubles dans ses conditions d'existence dont le montant est évalué à 5 000 euros, ainsi qu'un préjudice " médical et moral " estimé à 10 000 euros, compte tenu notamment de la suroccuptation du logement dans lequel vivent également son époux, sa fille et sa sœur handicapée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier 2022 et 7 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée à la requérante soit minorée.

Il soutient que le préjudice de la requérante n'est pas certain dès lors que l'intéressée a refusé plusieurs offres de logement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaspard-Truc, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclarée prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 18 février 2016. En l'absence de proposition de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, Mme A C épouse B a saisi le tribunal, aux fins de voir ordonner son logement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement n° 1803169 du 5 juillet 2018 devenu définitif, le magistrat désigné par le président du tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au relogement de l'intéressée dans un délai de quatre mois. Par courrier du 30 septembre 2021 reçu le 4 octobre suivant, l'intéressée a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. En l'absence de réponse expresse, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme C épouse B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme globale de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement par l'Etat.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse B a, ainsi qu'il a été dit au point 1, été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 18 février 2016, au motif qu'elle vivait avec son époux, son enfant mineur et sa sœur handicapée dans un logement suroccupé.

5. Il résulte de l'instruction que si une proposition de logement lui a été faite le 9 mars 2016, la candidature de l'intéressée n'a pas été retenue. En revanche, la requérante s'est vu proposer le 5 juillet 2016 un logement locatif social qu'elle a refusé au motif que les établissements scolaires situés aux alentours " étaient de mauvaise qualité ". Toutefois, cette circonstance ne constitue pas un motif légitime de refus, alors qu'il n'est pas contesté que le logement qui lui avait ainsi été proposé correspondait à ses besoins et à ses capacités et tandis que Mme C épouse B n'apporte aucun élément de nature à retenir l'existence d'une situation de carence dans les établissements scolaires situés à proximité de l'immeuble. Par suite, le préfet doit être regardé comme ayant satisfait à son obligation de relogement dès le 5 juillet 2016, soit dans le délai imparti par la commission de médiation. Dans ces conditions, l'Etat n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité du fait du défaut d'exécution de la décision de la commission de médiation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat. Dès lors, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C épouse B n'ayant pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Le préfet des Bouches-du-Rhône ayant satisfait à son obligation légale de proposer à la requérante un logement adapté à ses besoins et capacités dans le délai imparti, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme C épouse B demande en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requêté de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. Gaspard-Truc

La greffière

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des

territoires , en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2110629

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