jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110635 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | SCP ALPAZUR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 7 décembre 2021 et le 16 mai 2022, M. C B, représenté par Me Wierzbinski, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Veolia eau - compagnie générale des eaux à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'accident survenu le 21 février 2018 ;
2°) de mettre à la charge de la société Veolia eau - compagnie générale des eaux la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- contrairement à ce que soutient Veolia, sa requête est recevable ;
- la responsabilité de la société Veolia, gestionnaire du réseau d'eau potable de la commune de Gap, est engagée sans faute du fait de la rupture d'une canalisation ayant permis la formation d'une plaque de verglas à l'origine de l'accident dont il a été victime, en sa qualité de tiers à l'ouvrage ;
- son préjudice matériel s'élève à la somme de 7 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2022, la société Veolia eau - compagnie générale des eaux, représentée par Me de Angelis, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, en l'absence de décision préalable à l'introduction de la requête ;
- il n'est pas établi que l'accident soit exclusivement imputable à l'eau issue de la rupture d'une canalisation, circonstance imprévue et fortuite ;
- la faute de la victime est de nature à l'exonérer intégralement de sa responsabilité.
La requête a été communiquée à la commune de Gap, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Niquet en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Segond pour la société Veolia eau - Compagnie générale des eaux.
Considérant ce qui suit :
1. M. B expose qu'alors qu'il circulait le 21 février 2018 à bord de son véhicule, route de Veynes, sur le territoire de la commune de Gap, la présence d'une plaque verglacée due à la rupture d'une canalisation d'eau l'a conduit à perdre le contrôle de son véhicule. Le requérant demande au tribunal de condamner la société Veolia, délégataire de la gestion du service public de l'eau, à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice matériel qu'il a subi du fait de cet accident.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Lorsqu'un requérant a introduit devant le juge administratif un contentieux indemnitaire à une date où il n'avait présenté aucune demande en ce sens devant l'administration et qu'il forme, postérieurement à l'introduction de son recours juridictionnel, une demande auprès de l'administration sur laquelle le silence gardé par celle-ci fait naître une décision implicite de rejet avant que le juge de première instance ne statue, cette décision lie le contentieux.
3. Il est constant que M. B, par l'intermédiaire de son conseil, a présenté le 5 novembre 2021 une demande indemnitaire préalable auprès de la société Veolia. Une décision implicite de rejet de cette demande est née pendant l'instruction de ce dossier près le tribunal. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée par la société Veolia doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
4. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la main courante de la police nationale ainsi que du " soit-transmis " de cette main courante à l'assureur de M. B, que le 21 février 2018, route de Veynes, au niveau du carrefour dit de D, sur le territoire de la commune de Gap, la rupture d'une canalisation d'eau gérée par la société Veolia a conduit à la formation d'une plaque de verglas sur la route. Le véhicule de M. B, ainsi que huit autres véhicules, ont été accidentés à cette occasion.
En ce qui concerne le régime de responsabilité :
5. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
6. Si la société Veolia soutient que M. B a la qualité d'usager de la voie publique, à laquelle la canalisation en cause est incorporée, elle ne l'établit pas par ses seules allégations. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'il a la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public que constitue la canalisation d'adduction d'eau qui s'est rompue et dont il n'est pas contesté que la gestion était déléguée à la société Veolia. Par ailleurs, la rupture de cette canalisation présente un caractère accidentel.
7. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la société Veolia est engagée du fait de l'accident survenu à M. B le 21 février 2018, route de Veynes, au niveau du carrefour dit de D, sur le territoire de la commune de Gap.
En ce qui concerne le préjudice :
8. Il résulte de l'instruction, éclairée par le rapport d'expertise automobile établi le 1er juin 2018, que le véhicule de M. B, immatriculé BN-844-WV était économiquement irréparable, que sa valeur de remplacement s'établit à 7 000 euros et que la valeur du bien après l'accident est estimée à 1 120 euros. Dans ces conditions, et alors que le chiffrage réalisé par l'expert n'apparaît pas disproportionné et n'est pas davantage contesté par la société Veolia, le préjudice matériel de M. B résultant directement de l'accident s'établit à la somme de 5 880 euros, correspondant à la valeur de remplacement du véhicule, à laquelle doit être retranchée la valeur du véhicule lui-même après accident, dont il n'a pas été indemnisé par son assureur.
En ce qui concerne les causes exonératoires :
9. En premier lieu, la société Veolia fait valoir qu'aucun défaut d'entretien normal de la canalisation en litige ne saurait lui être imputé dès lors, notamment, que cette canalisation était en bon état. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le requérant dispose de la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public que constitue la canalisation à l'origine de la fuite d'eau. Or, eu égard au principe énoncé au point 5 du présent jugement, la société Veolia est responsable, même en l'absence de faute, des dommages subis par M. B. Elle ne saurait ainsi se dégager de sa responsabilité en invoquant l'entretien normal de l'ouvrage.
10. En deuxième lieu, la société Veolia soutient que la rupture de la canalisation était imprévisible et que le verglas situé sur la route n'était pas nécessairement exclusivement lié à la rupture de cette canalisation, mais, compte tenu de la période hivernale, pouvait résulter de la nature même de la route. Toutefois, alors que neuf véhicules ont été accidentés, il résulte de deux témoignages établis le 4 octobre 2020 que la route en cause n'est habituellement pas verglacée, et il résulte de l'instruction que si des températures négatives ont été recensées le jour et la veille de l'accident, il n'est pas établi que l'humidité ou des précipitations auraient rendu la route glissante. Par ailleurs, compte tenu de la période hivernale dans la ville de Gap, la société Veolia ne saurait se prévaloir d'une situation de force majeure.
11. En dernier lieu, si la société Veolia soutient que l'accident en cause est imputable à l'imprudence de M. B ainsi qu'à la vétusté de son véhicule, il résulte de l'instruction que trois agents de police ont constaté sur place que neuf véhicules ont été accidentés au même endroit ce même jour, impliquant nécessairement que la dangerosité du site était imprévisible et que l'accident ne peut être imputable, même pour partie, à l'imprudence du conducteur. Par ailleurs, il résulte des termes du rapport d'expertise du véhicule que les quatre pneus du véhicule présentaient chacun une usure de 30 %, insuffisante pour considérer que l'accident en cause relèverait d'une faute de la victime à ne pas avoir procédé à l'entretien de son véhicule.
12. Il résulte de ce qui précède que la société Veolia doit être condamnée à verser à M. B, en réparation du préjudice matériel directement causé par la plaque de verglas née de la rupture d'une canalisation d'adduction d'eau dont était responsable cette société, la somme de 5 880 euros (cinq mille huit cent quatre-vingts euros).
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la société Veolia tendant à leur application et dirigées contre M. B, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, et alors qu'il n'est pas fait état de dépens, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société Veolia le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La société Veolia est condamnée à verser la somme de 5 880 euros (cinq mille huit cent quatre-vingts euros) à M. B.
Article 2 : La société Veolia versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Veolia, à la commune de Gap et à M. A B.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. Niquet
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026