jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110947 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | CARRASCOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, et des mémoires enregistrés les 21 octobre et 4 novembre 2022, M. F D, représenté par Me Carrascoca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active et la mise à sa charge d'une somme de 10 175,67 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2019 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cet indu ;
3°) à titre subsidiaire de minorer le montant de l'indu ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active est entachée d'incompétence ;
- il n'a pas entendu faire obstacle au contrôle de sa situation ;
- il a toujours rempli les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active, n'ayant perçu aucune rémunération en sa qualité de gérant de sociétés ;
- les bases de liquidation de l'indu ne sont pas claires dès lors que deux dates sont mentionnées dans la décision.
Le 28 juin 2022, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre et 7 novembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer dès lors qu'il a retiré sa décision du 18 octobre 2021 ;
- aucun moyen n'est fondé.
M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Menasseyre, rapporteure,
- et les observations de Mme B et de Mme A, pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône sur la base de ses déclarations dans lesquelles il indiquait vivre seul et être entrepreneur individuel. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier du 24 octobre 2019, notifié la radiation de ses droits au 1er mai 2018 et demandé le reversement d'une somme de 10 175,67 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2019. Par un recours administratif préalable, M. D a contesté la radiation de ses droits et le bien-fondé de l'indu. Par une décision du 18 octobre 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active et l'indu. M. D demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que par une décision du 23 septembre 2022, la présidente du conseil départemental a annulé l'indu de revenu de solidarité active en litige en tant qu'il porte sur la période du 1er janvier au 30 avril 2018 et a sollicité la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône afin qu'elle procède à un nouveau calcul du montant de l'indu de revenu de solidarité sur la seule période de mai 2018 à septembre 2019. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. D en tant qu'il porte sur la période du 1er janvier au 20 avril 2018.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
4. En premier lieu la décision attaquée a été signée par M. E C, adjoint à la cheffe du service de la gestion de l'allocation et du contentieux, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la présidente du conseil départemental, en date du 16 août 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du département des Bouches-du-Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". L'article R. 262-35 du même code précise que : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies () ". En vertu du 1° de l'article R. 262-40 de ce code, le président du conseil général met fin au droit au revenu de solidarité active à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".
6. D'autre part, l'article L. 262-37 du même code dispose que : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil général : / () 4° () lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-38 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active et de la prime d'activité mentionnée à l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale. ) ". L'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil général met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / () 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation, lorsque les ressources du foyer sont d'un montant supérieur à celui du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 ou lorsque l'interruption est prononcée en application de l'article L. 262-12, et d'interruption du versement de la prime d'activité mentionnée à l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale. Lorsque la prime d'activité est versée et que les ressources sont supérieures au montant forfaitaire, le bénéficiaire peut demander la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active ; 3° Au terme de la durée de suspension du versement décidée en vertu du 2° de l'article R. 262-68 lorsque la radiation est prononcée en application de l'article L. 262-38 () ". En outre, il résulte de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article R. 262-83 du code de l'action sociale et des familles, que la non-présentation à l'organisme chargé du service de la prestation des pièces justificatives nécessaires au contrôle des conditions d'ouverture de droit entraîne la suspension " du versement de la prestation jusqu'à la production des pièces demandées ".
7. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation l'ensemble des ressources dont il dispose ainsi que sa situation familiale et tout changement en la matière. Si l'autorité administrative est en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation et, sous réserve des délais de prescription, de décider de récupérer les sommes qui ont ainsi été indûment versées à l'intéressé.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contrôle établi le 23 août 2019, que M. D a fait l'objet d'un contrôle de sa situation par un agent de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône mais qu'en dépit des démarches du contrôleur qui a fixé trois rendez-vous les 13 juin, 11 juillet et 12 août 2019, les deux derniers à la demande de l'intéressé, il n'a pu être rencontré. S'il soutient qu'à chacune de ces dates il était en Algérie, son père étant malade, il résulte des justificatifs d'achats de billets d'avion produits que M. D était sur le territoire français le 11 juillet 2019, date du second rendez-vous, le rapport de contrôle mentionnant à cet égard qu'une femme à son domicile a déclaré qu'il était parti travailler. Ainsi, alors que le requérant ne produit aucun élément au soutien de l'allégation selon laquelle il s'est rendu au chevet de son père, au demeurant sans déclarer à la caisse d'allocations familiales, ainsi qu'il lui incombait, son départ du territoire, son argumentation n'est pas de nature à justifier ses multiples absences lors du contrôle de sa situation. Il doit, dès lors, être regardé comme ayant fait obstacle au contrôle de sa situation. Par ailleurs, si M. D soutient qu'il n'a pas été rémunéré sur la période en litige en sa qualité de gérant de la SARL GBC, dont il établit la mise en sommeil, et de gérant minoritaire de la SARL Saphir, l'intéressé n'établit pas ses conditions de subsistance alors qu'il supportait sur cette période un loyer d'un montant de 821 euros et percevait des prestations sociales à hauteur de 885 euros. S'il soutient qu'il était hébergé chez sa mère, il ne l'établit pas alors qu'il résulte du rapport d'enquête que le bailleur a confirmé que seul M. D était titulaire du bail d'habitation. Ainsi, en l'absence de toute justification permettant d'établir comment il pouvait s'acquitter des dépenses de la vie courante, il n'est pas fondé de soutenir que le département des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en considérant qu'il n'était pas possible de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. D en tant qu'il porte sur la période du 1er janvier au 20 avril 2018.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au département des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026