lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110978 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | VALERIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021 Mme D B, représentée par Me Valerian, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, en date du 14 mai 2021, prononçant sa radiation du dispositif du revenu de solidarité active à compter du 1er mai 2020 ;
2°) d'annuler la décision de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, en date du 18 octobre 2021, rejetant son recours administratif préalable obligatoire et confirmant sa radiation du dispositif du revenu de solidarité active pour la période du 1er mai 2020 au 27 juillet 2021 inclus ;
3°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône en application des dispositions des articles L. 911-1, et suivants, du code de justice administrative, de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active de septembre 2020 au 27 juillet 2021 inclus, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000,00 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat pour l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le règlement départemental d'aide sociale est illégal en ce qu'il prévoit le classement sans suite des demandes en l'absence de retour des pièces demandées dans un délai de trois mois ;
- à supposer que Mme B n'ait pas respecté le délai de trois mois imposé par le règlement départemental d'aide sociale, cette circonstance est sans influence sur l'issue du litige, dans la mesure où au 29 avril 2021, date de la radiation, la caisse d'allocations familiales était en possession des pièces justificatives manquantes ;
- le département des Bouches-du-Rhône n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances entourant son dossier,
- elle remplissait les conditions d'octroi du revenu de solidarité active ;
- la caisse d'allocations familiales et le département des Bouches du Rhône ont commis plusieurs négligences dans la gestion administrative de son dossier.
La requête a été communiquée au département qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Le 4 février 2022, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Charbit, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Mme B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 décembre 2021.
Vu la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charbit,
- et les observations de Mme A et Mme C représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône, suite à sa demande du 4 mai 2012. Le 7 mars 2020 et le 25 novembre 2020, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a demandé un certain nombre de pièces justificatives concernant une activité de présidente de société par action simplifiée. Par courrier du 14 mai 2021, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône l'a informée de sa radiation du dispositif de revenu de solidarité active à compter du 1er mai 2020. Par un recours administratif préalable en date du 7 juillet 2021, Mme B a sollicité l'annulation de cette décision. Par une décision du 18 octobre 2021, le président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la décision de radiation. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant lui qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant justifie avoir exercé ce recours, le juge administratif doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
3. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 14 mai 2021, par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a notifié à Mme B sa radiation du dispositif de revenu de solidarité, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 18 octobre 2021 de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône prise sur son recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressée le 7 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction ; qu'au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
5. D'une part, en vertu de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un certain montant fixé par voie réglementaire, a droit au revenu de solidarité active. Cette allocation a pour objet de porter les ressources du foyer au niveau de ce montant. Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux."
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". L'article L. 262-37 du même code dispose que : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / () / 4° () lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-35 du même code : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ". Aux termes de l'article R. 262-40 de ce code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / 1° Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies ". En outre, il résulte de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article R. 262-83 du code de l'action sociale et des familles, que la non-présentation à l'organisme chargé du service de la prestation des pièces justificatives nécessaires au contrôle des conditions d'ouverture de droit entraîne la suspension " du versement de la prestation jusqu'à la production des pièces demandées ".
7. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités et aux ressources des membres du foyer ainsi que tout changement en la matière. L'organisme chargé du service de la prestation qui constate son empêchement à procéder aux contrôles prévus par le chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, peut suspendre le versement du revenu de solidarité active en vertu du 4° de l'article L. 262-37 du même code, en mettant en œuvre la procédure prévue par cet article, ou en vertu de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale. Si l'autorité administrative est, en outre, en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation et, sous réserve des délais de prescription, de décider de récupérer les sommes qui ont ainsi été indûment versées à l'intéressé.
8. Il résulte [0][0]de l'instruction et notamment des termes de la décision attaquée[0], que pour prendre la décision de radiation de la requérante du dispositif de revenu de solidarité active, confirmée par la décision en litige, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est fondée sur l'absence de réponse aux demandes de justificatifs envoyées à la requérante les 7 mars 2020 et 25 novembre 2020, relatifs à la société par action simplifiée " In Extremis B.E. ", présidée par la requérante, auxquelles celle-ci a répondu le 17 novembre 2020 et le 9 mars 2021, en fournissant les statuts de la société, le Kbis, les bilans simplifiés, une attestation sur l'honneur selon laquelle ladite société n'a jamais fonctionné, ni généré de bénéfices. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir qu'à la date de la décision de radiation du 14 mai 2021[0], elle avait répondu aux demandes de justificatifs demandés et établit avoir déféré à l'ensemble des demandes du département pour l'examen de sa situation au regard de ses droits au revenu de solidarité active. Dans ces conditions, elle est fondée à soutenir que la décision du 18 octobre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation et, en conséquence, à en solliciter l'annulation.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée et à être rétablie dans ses droits au revenu de solidarité active du mois de mai 2020 au mois de juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dans la mesure où le tribunal ne dispose pas des éléments nécessaires à la détermination des droits de Mme B, il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de procéder à l'ouverture des droits au revenu de solidarité active de Mme B du mois de mai 2020 au mois de juin 2021 et de procéder au calcul de ses droits jusqu'à la date du présent jugement dans un délai de quatre mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
11. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros, à verser à Me Valerian, avocat de Mme B, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 octobre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la radiation des droits au revenu de solidarité active de Mme B à compter du 1er mai 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône d'ouvrir des droits au revenu de solidarité active à Mme B à compter du 1er mai 2020 et de procéder au calcul de ses droits, jusqu'à la date du présent jugement, dans un délai de quatre mois.
Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera à Me Valerian, avocat de Mme B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au département des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. CharbitLa greffière,
signé
S. Ibram
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026