lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110979 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 10e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | SCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 16 décembre 2021, le 20 mars 2023 et le 11 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Leonhardt, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser une somme globale de 18 748 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que quatre propositions de logement n'ont pu aboutir depuis qu'il a été reconnu prioritaire et devant être logée d'urgence le 20 octobre 2016, alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat ;
- il a été précédemment indemnisé par un jugement n°1904541 du 16 septembre 2020 de ce tribunal, pour une période allant du 20 avril 2017 au 21 mai 2019 ;
- ses conditions de vie se sont depuis dégradées ;
- son logement actuel est sur-occupé et ses allocations logement ont été suspendues de ce fait à compter du 1er janvier 2021 ;
- il justifie de sa demande indemnitaire préalable ;
- l'absence de renouvellement d'une demande de logement social ne délie pas le préfet de son obligation ;
- si le préfet allègue que ses services n'ont pas la possibilité d'imposer un candidat aux commissions d'attribution, celui-ci ne peut ainsi s'exonérer de sa responsabilité dès lors qu'il est soumis à une obligation de résultat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée au requérant soit minorée.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt donnant qualité pour agir dès lors que la demande de logement social de M. B a été radiée ;
- la requête est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- quatre propositions n'ont pu aboutir respectivement en raison d'un refus sans motif impérieux de la part du requérant, d'une inadéquation entre le logement et la composition familiale, d'une attribution à un autre candidat et enfin d'une absence de réponse à la dernière proposition.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.
Aucune partie n'était présente ni représentée.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 20 octobre 2016. Le préfet des Bouches-du-Rhône disposait d'un délai de six mois pour que M. B se voit attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités. Quatre propositions de logement ayant échoué, M. B a présenté une demande indemnitaire préalable le 1er octobre 2021, dont le préfet a accusé réception le 5 octobre 2021 et qu'il a implicitement rejetée. M. B demande par conséquent la condamnation de l'Etat au versement d'une indemnisation d'un montant de 10 000 euros.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. () ".
3. D'autre part, le troisième alinéa de l'article L. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation dispose que toute demande de logement social " fait l'objet () d'un enregistrement dans le système national d'enregistrement (). Chaque demande est identifiée par un numéro unique délivré au niveau national ". Aux termes du dixième alinéa du même article : " Aucune attribution de logement ne peut être décidée, ni aucune candidature examinée par une commission d'attribution si la demande n'a pas fait l'objet d'un enregistrement assorti de la délivrance d'un numéro unique ". Enfin, l'article R. 441-2-8 du même code dispose, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Une demande ne peut faire l'objet d'une radiation du fichier d'enregistrement que pour l'un des motifs suivants () : / a) Attribution d'un logement social au demandeur () ; / b) Renonciation du demandeur adressée par écrit () ; / c) Absence de réponse du demandeur à un courrier envoyé à la dernière adresse indiquée par l'intéressé () ; / d) Rejet pour irrecevabilité de la demande au regard des conditions législatives et réglementaires d'accès au logement social () ; / e) Absence de renouvellement de la demande dans le délai imparti par la notification adressée au demandeur () "
4. Il résulte des dispositions des articles L. 441-2-1 et R. 441-2-8 précitées du code de la construction et de l'habitation que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, s'il constate qu'un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d'urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, doit ordonner à l'administration de loger ou reloger l'intéressé, sauf si celle-ci apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu. Toutefois, un comportement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle. La seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision soit radié du fichier des demandeurs de logement social en application des dispositions citées ci-dessus, n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'État de l'obligation qui pèse sur lui d'en assurer l'exécution. Il n'en va ainsi que si la radiation résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits ayant motivé cette radiation révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.
5. Le préfet n'établit pas que la radiation de la demande de logement social de M. B révèlerait de sa part une renonciation au bénéfice de la décision de la commission de médiation ou un comportement faisant obstacle à l'exécution de la décision de la commission de médiation, eu égard au caractère récent de ladite radiation, le 28 mai 2021, à la date d'introduction de la présente requête, le 16 décembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt donnant qualité pour agir de M. B doit être écartée.
6. Par ailleurs, M. B établit avoir présenté une demande indemnitaire préalable le 1er octobre 2021, reçue en préfecture le 5 octobre suivant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence de demande indemnitaire préalable doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la faute :
7. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".
8. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Ces troubles doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
9. M. B a été indemnisé par un jugement n°1904541 du 16 septembre 2020 du tribunal de céans pour une période courant du 20 avril 2017 au 21 mai 2019. Il résulte de l'instruction que le préfet a depuis fait une unique offre de logement à M. B le 29 janvier 2020. Si le préfet fait valoir que M. B se serait abstenu de répondre à cette proposition, il n'établit toutefois pas cette circonstance.
10. Il s'ensuit que la carence de l'Etat à assurer le relogement de M. B constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
11. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, M. B avait été indemnisé par un jugement n°1904541 du 16 septembre 2020 de ce tribunal pour une période courant du 20 avril 2017 au 21 mai 2019. La période de responsabilité susceptible d'incomber à l'Etat court donc du 22 mai 2019 au 16 décembre 2021, date d'enregistrement de la présente requête ainsi que cela est demandé. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence, de deux ans et sept mois, et du nombre de personnes ayant vécu au foyer pendant la période en cause, soit neuf personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à M. B dans les circonstances de l'espèce et sur une base de 250 euros par personne et par an, une somme de 5 700 euros.
S'agissant du préjudice financier :
12. M. B avait été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence au motif que son logement était sur-occupé avec des enfants mineurs à charge. Il soutient que ses allocations logement ont été suspendues à compter du mois de janvier 2021 par la caisse d'allocation familiale (CAF) en raison de la sur-occupation de son logement et qu'il s'est retrouvé dans l'incapacité de régler son loyer, accumulant par là une dette locative. Il demande ainsi à ce que lui soit versé une somme de 8 748 euros, correspondant à une perte de 729 euros mensuels de janvier 2021, date de la suspension des allocations à décembre 2021, date d'enregistrement de la requête.
13. Toutefois, M. B n'établit pas qu'il se trouvait dans l'incapacité de régler ses loyers en raison de la suspension de ses allocations logement exclusivement du fait de la carence de l'Etat à assurer son relogement, celui-ci n'étant pas privé de toute source de revenu, dès lors qu'il est par ailleurs bénéficiaire d'autres prestations sociales. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser M. B au titre du préjudice financier.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leonhardt, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leonhardt de la somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 5 700 (cinq mille sept cent) euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Leonhardt une somme de 1 100 (mille-cent) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Anaïs Leonhardt et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
J-L. PECCHIOLILa greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ La greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026