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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110980

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110980

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110980
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP D'ASSOMPTION-HUREAUX-POLETTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 décembre 2021 et 11 août 2023, M. C B, représenté par Me Hureaux, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser une indemnité de 3 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de l'accident de la circulation de son fils A B ;

2°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable, ;

- l'accident a eu lieu à l'intersection entre la RD 569 et la RD 73d ;

- le panneau " stop " n'était pas suffisamment visible et l'intersection n'était pas signalée, la végétation trop abondante masquait la visibilité de la courbe et du stop ; cette absence de signalisation démontre le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- son préjudice matériel doit être réparé par le versement d'une indemnité de 3 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 800 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est mal dirigée dès lors que le dommage allégué concerne un chemin qui appartient à la voirie communale ;

- le requérant n'établit pas la matérialité des faits ;

- contrairement à ce qui est soutenu, la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage est rapportée ;

- en n'adaptant pas sa vitesse aux conditions de visibilité et à la configuration des lieux, le fils du requérant a commis une faute de nature à exonérer le département de sa responsabilité ;

- l'indemnité réclamée n'est pas justifiée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ollivaux en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Urien pour le département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur C B expose que son fils A, auquel il avait prêté son véhicule automobile, a été auteur le 12 août 2021 d'un accident de la circulation à l'intersection du " Chemin Donne " et de la RD n°569, à Orgon. Le département des Bouches-du-Rhône ayant expressément rejeté la demande préalable d'indemnisation que lui avait adressée M. B par courrier du 20 août 2021, ce dernier demande au tribunal de condamner cette collectivité à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice matériel.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il est constant que le véhicule de M. B a été accidenté le 12 août 2021 à l'intersection du " Chemin Donne " et de la route départementale 569, consécutivement au non-respect du panneau stop par son conducteur avant de s'engager sur la route départementale. M. B, dont le fils A était usager de l'ouvrage public, justifie dès lors de la matérialité de l'accident. Toutefois, ni les témoignages produits, établis plus de trois mois après les faits par des personnes qui n'ont pas assisté à l'accident, ni le constat d'huissier du 9 novembre 2021, ni les photographies non datées et de mauvaise qualité versées aux débats ne sont de nature à établir le lien de causalité entre cet accident et le défaut allégué d'entretien normal de la voie. A supposer, comme le requérant le soutient, qu'en raison d'une végétation trop abondante le panneau stop n'ait été visible qu'une fois dépassés les cinquante mètres précédant l'intersection et que le panneau triangulaire signalant, à cette distance, cette intersection ait été manquant, il résulte de l'instruction, et notamment des photographies produites par le requérant et annexées au constat d'huissier, d'une part, que l'intersection était pour autant parfaitement visible plusieurs centaines de mètres en amont par l'effet du terre-plein doté d'un panneau bleu et blanc qu'elle comporte et, d'autre part, qu'elle était également annoncée par un panneau de signal ferroviaire automatique. Il est enfin constant que l'intersection était dotée, à l'endroit de l'accident, d'un panneau stop et d'un marquage au sol correspondant. Dans ces conditions, eu égard à la configuration des lieux, le département des Bouches-du-Rhône doit être regardé comme apportant la preuve de l'entretien normal de la voie et M. B ne démontre pas le lien de causalité qu'il allègue entre une telle défectuosité et le dommage dont il se prévaut. Dans ces conditions, il n'est en tout état de cause pas fondé à rechercher la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui pour la présente instance et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par le département des Bouches-du-Rhône.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

J. Ollivaux

Le greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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