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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2111119

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2111119

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2111119
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantGIBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2021 et le 20 octobre 2022, Monsieur B A, représenté par Me Gibon, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation du préjudice résultant pour lui de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adaptée à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'il a été reconnu par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 30 novembre 2017, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat ;

- il a subi, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, des troubles dans ses conditions d'existence dont le montant est évalué à 8 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée au requérant soit minorée.

Il soutient que M. A a fait l'objet de plusieurs propositions de relogement.

Par une décision du 24 janvier 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaspard-Truc, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclaré prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 30 novembre 2017. En l'absence de proposition de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, M. A a saisi le tribunal, aux fins de voir ordonner son relogement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement n° 1803922 du 10 août 2018 devenu définitif, le magistrat désigné par le président du tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au relogement de l'intéressé dans un délai de quatre mois. Par courrier du 20 octobre 2021, l'intéressé a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. Cette demande a implicitement été rejetée. Par la présente requête, M.A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme globale de 8 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'absence de relogement par l'Etat.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans les Bouches-du-Rhône à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

4. Toutefois, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressée le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.

5. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu reconnaître le droit au logement opposable par une décision du 30 novembre 2017 de la commission de médiation pour les motifs suivants : " Dépourvu de logement ".

6. Si le préfet des Bouches-du-Rhône soutient avoir proposé trois offres de logement au requérant les 5 juin, 23 août et 15 novembre 2018 qui n'ont pu aboutir, il résulte de l'instruction que le bailleur social a refusé la candidature de M. A compte tenu de ses ressources insuffisantes. Cette seule circonstance ne saurait suffire à délier le préfet de son obligation de procéder au relogement de l'intéressé.

7. Il résulte de l'instruction qu'une quatrième proposition a été faite à M. A par le préfet le 15 février 2019 pour un logement de type 1 situé 37 rue de la Pinède, 13011 Marseille, appartenant au bailleur social SA HLM Logirem, qui n'a pas été attribué à l'intéressé, ce dernier ayant refusé cette proposition en raison d'un sentiment d'insécurité lié au secteur connu pour le trafic de drogue et dangereux selon lui, ainsi qu'en atteste le courrier qu'il a adressé à la préfecture le 7 mai 2019, réceptionné le 9 mai suivant. Si l'existence, dans l'immeuble où est situé le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait d'une vulnérabilité particulière du demandeur ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle crée des risques graves pour lui ou pour sa famille justifie un refus du logement proposé, le requérant se borne toutefois en l'espèce à invoquer l'insécurité accrue du fait de sa nationalité roumaine. Il n'établit pas par ces seules allégations qu'il éprouverait ainsi des craintes légitimes d'être exposé à une situation d'insécurité. Dès lors, M. A doit être regardé comme ayant refusé cette quatrième proposition de logement social sans justifier d'un motif impérieux de refus alors que ledit logement correspondait aux caractéristiques déterminées par la commission de médiation. Le refus sans motif impérieux par M. A de cette proposition, dès lors qu'il avait été informé des conséquences d'un refus d'une offre adaptée dans la décision de la commission de médiation du 16 novembre 2017 a mis fin à la responsabilité de l'Etat.

8. Le requérant est donc seulement fondé à soutenir que l'obligation de l'Etat à son égard de réparer le préjudice qui résulte de son non-relogement n'est pas sérieusement contestable et que cette situation engage la responsabilité de l'Etat jusqu'au 9 mai 2019, date à laquelle le refus non justifié de la quatrième proposition de logement peut être fixé d'après le courrier produit à l'instance.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

9. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas été relogé à l'expiration du délai de six mois après la décision de la commission de médiation du 16 novembre 2017 jusqu'au 9 mai 2019. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit environ 17 mois après l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation du 16 novembre 2017, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser au requérant une somme de 355 euros sur la base d'une indemnisation de 250 euros par personne composant le foyer et par an.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser une somme globale de 355 euros à M. A.

Sur les frais d'instance :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement que réclame le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme globale de 355 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Gibon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. Gaspard-Truc

La greffière

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales , en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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