mercredi 18 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2111127 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021 sous le n° 2111127, M. F H, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler le titre exécutoire n° 01300-2021-26352 du 5 octobre 2021 par lequel le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a mis à sa charge la somme de 15 690,14 euros ;
3°) de le décharger du paiement de cette somme ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Desfarges, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé, la décision querellée doit être annulée pour violation de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- le titre contesté ne comporte aucune motivation compréhensible lui permettant d'en comprendre les raisons ;
- la dette est inexistante puisqu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et que les aides et secours financiers dont il a bénéficié ne doivent pas être pris en compte, de telle sorte que l'indu n'est pas fondé mais entaché d'erreur de droit et d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le département n'a pas compétence en matière de prime d'activité, et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 février 2022.
II.- Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021 sous le n° 2111128, M. F H, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours administratif préalable qu'il a engagé le 17 mars 2021 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 296,54 euros ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Desfarges, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée est contraire aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est illégale en l'absence d'avis préalable de la commission de recours amiable, qui constitue une garantie ;
- l'action de la caisse d'allocations familiales est prescrite ;
- aucun décompte de la créance litigieuse n'est produit, ce qui ne lui permet pas de la contester utilement ;
- la retenue pratiquée est illégale ;
- il n'est pas prouvé que l'agent chargé du contrôle ait été assermenté ;
- la décision n'est pas motivée et a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, et donc des droits de la défense ;
- il n'a jamais perdu sa résidence stable et conteste les revenus supplémentaires ;
- de bonne foi, il demande à pouvoir bénéficier du droit à l'erreur ;
- subsidiairement, étant de bonne foi et n'ayant commis aucune fausse déclaration, il sollicite au regard de la précarité de sa situation une remise totale de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour cause de forclusion et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le département n'a pas compétence en matière de prime d'activité, et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 décembre 2021.
III.- Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021 sous le n° 2111129, M. F H, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours administratif préalable qu'il a engagé le 17 mars 2021 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 15 690,14 euros ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Desfarges, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée est contraire aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise par une personne dont il n'est pas justifié de la compétence pour ce faire ;
- la motivation de la décision du 24 février 2021 notifiant l'indu est irrégulière ;
- la décision attaquée est illégale en l'absence d'avis préalable de la commission de recours amiable, qui constitue une garantie ;
- la retenue pratiquée est illégale ;
- la décision n'est pas motivée et a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, et donc des droits de la défense ;
- il n'a jamais perdu sa résidence stable et conteste les revenus supplémentaires ;
- de bonne foi, il demande à pouvoir bénéficier du droit à l'erreur ;
- subsidiairement, étant de bonne foi et n'ayant commis aucune fausse déclaration, il sollicite au regard de la précarité de sa situation une remise totale de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le département n'a pas compétence en matière de prime d'activité, et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 décembre 2021.
IV.- Par une requête enregistrée le 19 mai 2022 sous le n° 2204153, M. F H, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours administratif préalable qu'il a engagé le 17 mars 2021 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 15 690,14 euros ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Desfarges, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision attaquée a été émise en dépit de ses précédents recours, de telle sorte qu'elle méconnaît l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle est contraire aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise par une personne dont il n'est pas justifié de la compétence pour ce faire ;
- la retenue pratiquée est illégale ;
- la décision n'est pas motivée et a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, et donc des droits de la défense ;
- il n'a jamais perdu sa résidence stable et conteste les revenus supplémentaires ;
- de bonne foi, il demande à pouvoir bénéficier du droit à l'erreur ;
- subsidiairement, étant de bonne foi et n'ayant commis aucune fausse déclaration, il sollicite au regard de la précarité de sa situation une remise totale de dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le département n'a pas compétence en matière de prime d'activité, et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 décembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boidé, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 7321-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné ;
- les observations de M. H ;
- et les observations de Mme B et de M. G, pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties et leurs mandataires ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 7 mars 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de remise de dette présentée par M. F H le 17 mars 2021, relative à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 690,14 euros au titre de la période allant de février 2019 à janvier 2021, et à un indu de prime d'activité d'un montant de 296,54 euros au titre de la période allant de février à mars 2019. Ces indus avaient initialement été notifiés à M. H le 24 février 2021, et un titre exécutoire portant avis de somme à payer pour 15 690,14 euros a été émis à son encontre par la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône le 5 octobre 2021. Par ses requêtes, M. H demande l'annulation de ce titre exécutoire et des décisions, explicite et implicite, par lesquelles sa demande de remise de dette du 17 mars 2021 a été rejetée.
2. Les requêtes analysées ci-dessus de M. H présentent ainsi à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la caisse d'allocations familiales :
3. Il résulte de l'instruction qu'aucun accusé de réception indiquant les voies et délais de recours n'a été adressé à M. H à la suite de sa demande de remise gracieuse présentée le 17 mars 2021. Par suite, la fin de non-recevoir invoquée pour tardiveté de la requête n° 2111128 doit être rejetée.
Sur les conclusions des requêtes n° 2111128, 2111129 et 2104153, dirigées contre les décisions implicite et explicite de rejet de la demande de remise gracieuse :
4. Il résulte de la décision du Conseil d'Etat n° 381272 du 9 mars 2016, d'une part, qu'une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire du revenu de solidarité active ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application, de telle sorte que le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
5. En premier lieu, alors qu'il est constant que par son recours préalable du 17 mars 2021, M. H n'a pas contesté le bien-fondé des indus mis à sa charge mais uniquement sollicité le bénéfice d'une remise gracieuse de sa dette, il résulte de ce qui précède que sont inopérants les moyens de ses requêtes qui sont dirigés contre la notification d'indus datée du 24 février 2021 et tirés, d'une part, d'un défaut de motivation, de la méconnaissance des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration et des articles 1302, 1302-1 et 1353 du code civil, de la méconnaissance des droits de la défense, de la prescription des indus en litige et de l'absence de décompte ou de preuve de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle ainsi, d'autre part que ses arguments tendant à contester le bien-fondé des indus litigieux, relatifs à la prétendue résidence stable et effective en France de M. H et de son épouse. En outre, et eu égard à l'office du juge en matière de remise gracieuse, sont également inopérants les moyens tirés des vices propres des décisions, implicite et explicite, rejetant la demande de remise gracieuse de M. H, tirés d'un défaut de motivation, de l'incompétence du signataire de la décision du 7 mars 2022, de la méconnaissance du contradictoire et de l'absence de saisine de la commission de recours amiable. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, qui est relatif à l'action en recouvrement de prestations indues, est également inopérant dans le cadre du présent litige relatif à une demande de remise gracieuse. Enfin, il est constant qu'aucune retenue n'a été effectuée, de telle sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale est lui aussi inopérant. Par suite, l'ensemble de ces moyens ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, les décisions implicite et explicite en litige rejetant la demande de M. H tendant à la remise gracieuse des indus mis à sa charge ne constituent pas une sanction. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'un droit à l'erreur sur le fondement des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
8. En l'espèce, il résulte du rapport d'enquête réalisé par un contrôleur dûment assermenté de la caisse d'allocations familiales qu'en se bornant à invoquer sa bonne foi, M. H n'établit pas que, comme il le soutient, les diverses non-conformités relevées de sa situation par rapport à ses déclarations, qui ont fondé les indus mis à sa charge, ne résulteraient pas de fausses déclarations de sa part au sens des dispositions citées ci-dessus du code de l'action sociale et des familles. En effet, ces non-conformités sont tirées de la méconnaissance par l'intéressé et son épouse, depuis 2016, des conditions de résidence en France dont il n'est pas démontré qu'ils n'en avaient pas été informés préalablement, de crédits bancaires non déclarés et restés justifiés, et de l'absence de déclaration de la modification de sa situation familiale intervenue le 1er juillet 2018, sa fille n'étant plus à sa charge depuis cette date. Or, M. H ne conteste pas la réalité de ces constatations, qui ont été réalisées sur le fondement tant de ses propres déclarations que des informations obtenues par exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication. A cet égard, les seules assertions écrites du requérant, qui ne sont aucunement étayées, sont manifestement insuffisantes, et l'intéressé n'a pas contesté lors de l'audience la réalité des non-conformités ayant fondé l'indu litigieux. Or, conformément aux dispositions citées ci-dessus au point 7, de telles omissions et fausses déclarations, tout comme d'ailleurs l'absence de preuve de la précarité évoquée de la situation de M. H, s'opposent à ce que la remise gracieuse qu'il sollicite lui soit accordée. Il suit de là que les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge des requêtes n° 2111128, 2111129 et 2204153 de M. H doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de ces requêtes à fin d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les conclusions de la requête n° 2111127, dirigées contre le titre exécutoire :
10. D'une part, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. / () ". En outre, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. ". Et aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
12. Selon l'avis du Conseil d'Etat n° 421481 du 26 septembre 2018, il résulte des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
13. En l'espèce, M. H soutient qu'il n'est pas établi que le bordereau du titre exécutoire qu'il conteste ait été dûment signé, alors que le titre qu'il a réceptionné n'est pas revêtu de la signature de son auteure, Mme E D. En réponse à ce moyen, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône produit une capture d'écran informatique présentée comme constituant le bordereau du titre de recette litigieux, mentionnant comme signataire Mme I C et ne comportant aucune signature. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que, au sens des dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, il appartient à l'autorité administrative de justifier que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'auteur de cette décision, dont les nom, prénoms et qualité doivent être mentionnés également sur l'ampliation adressée au redevable. Dans ces conditions, et alors au surplus qu'il n'est pas justifié de la délégation accordée à Mme C, le titre en litige ne satisfait pas aux conditions posées par les dispositions citées ci-dessus du code des relations entre le public et l'administration et du code général des collectivités territoriales.
14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2111127, que M. H est fondé à demander l'annulation du titre exécutoire n° 26352 émis à son encontre le 5 octobre 2021.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
15. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que la caisse d'allocations familiales et le conseil départemental des Bouches-du-Rhône ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes pour l'essentiel, il n'y a pas lieu de mettre à leur charge la somme que M. H demande sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre exécutoire n° 26352 émis le 5 octobre 2021 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. H est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F H, au conseil départemental des Bouches-du-Rhône et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
M. ALa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Nos 2111127
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026