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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2111298

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2111298

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2111298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantDUQUESNE-CLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 décembre 2021, 10 janvier 2024 et 6 mars 2024, M. E C, Mme D C et la mutuelle assurance des instituteurs de France (MAIF), représentés par Me Duquenne-Clerc, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier (CH) de La Ciotat et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) devenue Relyens, à verser une somme globale de 220 620 euros à M. C en réparation de ses préjudices ;

2°) de condamner le CH de La Ciotat et Relyens à verser une somme de 28 000 euros à Mme C en réparation de ses préjudices ;

3°) de condamner le CH de La Ciotat et Relyens à verser une somme de 5 630 euros à la MAIF en réparation de ses préjudices ;

4°) de mettre les entiers dépens à la charge du CH de La Ciotat et de Relyens ;

5°) de mettre à la charge du CH de La Ciotat et de Relyens une somme de 5 000 euros à leur verser en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

6°) à titre subsidiaire, d'ordonner une contre-expertise.

Ils soutiennent que :

- à la suite d'une chute de 3 mètres de hauteur dont M. C a été victime le 25 février 2019, ce dernier a été pris en charge au CH de La Ciotat pour une radiographie réalisée le jour-même et dont l'interne des urgences à fait une interprétation erronée en ne relevant aucune fracture et en l'autorisant à regagner son domicile ;

- les experts ont retenu un retard de prise en charge de la compression médullaire survenue dans la nuit du 1er au 2 mars 2019 peu avant 5 heures du matin et alors qu'un scanner n'est réalisé qu'à 9 heures 30, que le médecin de garde n'est sur place qu'à 10 heures 45 pour un appel du SAMU13 en vue du transfert du patient vers l'hôpital de la Timone à 11 heures 04 ;

- le CH de La Ciotat est responsable de ces deux manquements fautifs susceptibles d'engager sa responsabilité, de même que le défaut de surveillance adapté dont M. C a pâti et alors même que sa pathologie du rachis en présence d'un hématome épidural identifié le 26 février 2019 à la suite de sa chute nécessitait d'emblée son transfert à la Timone en l'absence de possibilité de prise en charge sur place en cas de nécessité d'intervention ;

- le taux de perte de chance de 20% retenu par les experts n'est pas adapté à la situation dès lors que l'évolution des troubles sphinctériens séquellaires a été favorable avec une régression des troubles sensitivo-moteurs ce qui démontre que les séquelles ne se seraient pas produites si M. C avait été pris en charge plus rapidement ;

- il convient en l'espèce de retenir le taux de perte de chance fixé par le médecin expert missionné par l'assurance privée de M. C, à savoir 80% ;

- compte-tenu des manquements fautifs à retenir à l'encontre du CH de La Ciotat dans sa prise en charge, M. C est en droit d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices temporaires, à savoir : un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 8 775 euros, des souffrances endurées à hauteur de 25 000 euros, un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 4 000 euros et un besoin en assistance par une tierce personne à hauteur de 17 610 euros ;

- M. C est également en droit d'obtenir la réparation de ses préjudices permanents, à savoir : un déficit fonctionnel permanent de 25% à hauteur de 120 000 euros, un préjudice d'agrément à hauteur de 1 500 euros, un préjudice esthétique permanent à hauteur de 8 000 euros, un préjudice sexuel à hauteur de 20 000 euros, un préjudice scolaire et universitaire à hauteur de 15 000 euros et une incidence professionnelle avec des pertes de gains professionnels futurs à hauteur de 50 000 euros ;

- par ailleurs, Mme C, mère de la victime directe, qui présente un état anxieux majoré et des crises d'angoisse depuis l'accident de son fils, est en droit d'obtenir la réparation de ses préjudices propres en lien direct et certain avec les fautes commises, à savoir : des frais exposés pour se rendre au chevet de son fils et, plus généralement, des frais de transport, d'hébergement et de restauration engagés pendant la maladie traumatique de ce dernier et éventuellement après consolidation, à hauteur de 4 000 euros avant application du taux de perte de chance, un préjudice d'accompagnement à hauteur de 20 000 euros et un préjudice d'affection à hauteur de 15 000 euros ;

- enfin, la MAIF, en charge de la protection juridique de M. C, sollicite le remboursement de l'indemnité contractuelle de 6 400 euros représentant à hauteur de 5 630 euros une avance pour laquelle elle est subrogée.

Par des mémoires, enregistrés les 28 février 2022 et 13 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Côte-d'Or demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le CH de La Ciotat et son assureur Relyens à lui verser la somme totale de 527 855,99 euros au titre de ses débours ;

2°) de condamner le CH de La Ciotat et Relyens à lui la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 alinéa 9 du code de la sécurité sociale ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 avril 2022 et 15 février 2024, le CH de La Ciotat et son assureur Relyens, représentés par Me Deguitre, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires des requérants et s'oppose à la demande de contre-expertise.

Ils font valoir que :

- la demande de contre-expertise est dépourvue de toute utilité ;

- ils s'en remettent au rapport d'expertise judiciaire et au taux de perte de chance de 20% qu'il fixe ;

- il convient de rejeter les postes de préjudice non retenus par les experts désignés par le tribunal, à savoir : les frais divers et assistance par tierce personne temporaire, les préjudices professionnels (perte de gains, incidence professionnelle), le préjudice scolaire, universitaire ou de formation, les dépenses de santé future, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel ;

- les prétentions indemnitaires des requérants ne sauraient excéder la somme de 74 512,00 euros soit 14 902,40 euros après application du taux de perte de chance de 20%, sauf à considérer que l'incidence professionnelle peut être indemnisée à hauteur de 10 000 euros, soit 2 000 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

Par lettre du 21 avril 2022, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et indiquant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R.613-2 du code de justice administrative.

Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été émise le 2 avril 2024, notifiée à 13 heures 34.

Un mémoire présenté pour le CH de La Ciotat et Relyens a été enregistré le 2 avril 2024 à 21 heures 04, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 23 mai 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions des Consorts C et de la MAIF tendant à ce que les sommes allouées à la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or au titre de ses débours soient assorties des intérêts moratoires sont irrecevables.

Une réponse au moyen d'ordre public a été enregistrée pour les requérants le 23 mai 2024 et a été communiquée aux parties.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les ordonnances du 25 octobre 2023 par lesquelles le président du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme globale de 4 520 euros (2 520 euros pour le Dr A et 2 000 euros pour le Dr B) et les a mis à la charge de M. C.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- les observations de Me Duquesne-Clerc pour les consorts C et la MAIF et celles de Me Deguitre pour le CH de La Ciotat et Relyens.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 février 2019, M. C, alors âgé de 17 ans, a été victime d'une chute dans les Calanques se réceptionnant sur le coccyx et la région basse du rachis lombaire. Il a été pris en charge au CH de La Ciotat où une radiographie lombaire a été réalisée le jour-même et interprétée par l'interne du service des urgences comme ne démontrant pas de fracture. Toutefois, un scanner réalisé le 26 février 2019 a mis en évidence plusieurs fractures et un hématome épidural. Si un retour au domicile en ambulance était prévu le 1er mars 2019, l'évolution clinique a été marquée par un tableau algique et l'apparition d'un déficit sensitivo-moteur des membres inférieurs dans la nuit du 1er au 2 mars 2019 évoluant vers une paraplégie. Le scanner réalisé en urgence a révélé une majoration de l'hématome épidural compressif dorsal devant être traité chirurgicalement et nécessitant le transfert de M. C à l'hôpital de la Timone. Celui-ci entend rechercher la responsabilité du CH de La Ciotat dans le cadre de sa prise en charge à compter du 25 février 2019, et obtenir la réparation des préjudices qu'il estime avoir. Sa mère, Mme C, victime indirecte, demande également la réparation de ses préjudices, de même que la MAIF son assureur qui lui a versé des indemnités.

Sur la responsabilité du CH de La Ciotat :

En ce qui concerne les fautes médicales :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant a été victime le 25 février 2019 d'une chute d'une hauteur de 3 mètres dans les rochers des Calanques de La Ciotat consistant en un choc traumatique important du coccyx et la région basse du rachis lombaire. Il est constant que cette chute représente un état antérieur ayant conduit M. C à se présenter aux urgences du CH de La Ciotat où une radiographie lombaire réalisée le jour-même sera initialement interprétée par l'interne du service comme ne démontrant pas de fracture avec un retour au domicile le soir même. Toutefois, il résulte de l'instruction que, dans le cadre d'un retour au service des urgences le 26 février 2019 pour une surveillance de l'évolution de l'état de santé de l'intéressé, un scanner a mis en évidence plusieurs fractures et un hématome épidural. L'évolution clinique postérieure a été marquée par un tableau algique et l'apparition d'un déficit sensitivo-moteur des membres inférieurs dans la nuit du 1er au 2 mars 2019 vers 5 heures du matin, évoluant vers une paraplégie. Le second scanner réalisé en urgence a révélé une majoration de l'hématome épidural compressif dorsal nécessitant une intervention chirurgicale et un transfert à l'Hôpital de la Timone pour la réalisation d'une laminectomie. Or, alors qu'une compression médullaire constitue une urgence chirurgicale nécessitant la réalisation d'une intervention dans un délai de 6 à 8 heures, au-delà duquel les troubles neurologiques deviennent irréversibles, il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise, que le dossier de régulation du CH de La Ciotat mentionne un contact du SAMU des Bouches-du-Rhône en vue du transfert de M. C qu'à 11h01, que le SMUR est arrivé à 11h30 pour repartir avec le patient à 11h52 et arriver à 12h14 aux urgences pédiatriques de l'hôpital de la Timone, relevant de l'AP-HM. Ainsi, il s'est écoulé plus de 7 heures entre le début des symptômes de paralysie des membres inférieurs ressentis et signalés par M. C vers 5 heures du matin le 2 mars 2019 et le diagnostic de compression médullaire et la réaction de prise en charge en urgence de l'intéressé. Ce retard de diagnostic est constitutif d'un manquement fautif de nature à engager la responsabilité du CH de La Ciotat.

4. Il résulte de ce qui précède que les consorts C et la MAIF sont fondées à soutenir que la responsabilité pour faute du CH de La Ciotat et de son assureur Relyens doit être engagée et à obtenir l'indemnisation des préjudices en lien direct et certain avec les manquements fautifs retenus.

En ce qui concerne le taux de perte de chance :

5. Il incombe au juge retenant l'existence d'une faute du service public hospitalier lors de la prise en charge d'un patient de déterminer quelles en ont été les conséquences et, s'il n'est pas certain qu'en l'absence de faute le dommage ne serait pas advenu, le préjudice qui résulte directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé, n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte d'une chance de l'éviter.

6. En l'espèce, si le requérant se prévaut, d'une part, des conclusions du rapport d'expertise privé et non contradictoire diligenté par son assureur qui fixe un taux de perte de chance de 80% du fait d'une part du retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire apparue dans la nuit du 1er au 2 mars 2019, et d'autre part, du fait de l'interprétation erronée de la radiographie initiale réalisée le 25 février 2019 à la suite de sa chute concluant à l'absence de fracture avec un retour au domicile prématuré et d'un défaut de surveillance adaptée, il résulte de l'instruction que ces conclusions ont été discutées dans le cadre de l'expertise judiciaire ordonnée par le tribunal et que seul le retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire de plus de 7 heures a eu un impact sur l'apparition des séquelles dont M. C a subi les conséquences dommageables. Par suite, et en présence également d'un état antérieur dû à la chute grave sur la colonne dont M. C a été victime le 25 février 2019, il convient d'appliquer un taux de perte de chance de 20% à chacun des postes de préjudice dont les requérants obtiendront réparation.

Sur l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise, que la date de consolidation, non contestée par le CH de La Ciotat, de M. C doit être fixée au 3 septembre 2021.

En ce qui concerne les préjudices temporaires de la victime directe :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M ; C a présenté un déficit fonctionnel temporaire total, durant les périodes du 3 mars au 9 mai 2019 (68 jours), les 19 juin 2019, 25 septembre 2019, les 31 mars 2021 et 1er mars 2021 (correspondants à 4 jours d'hospitalisation) et du 31 mai au 14 juin 2021 (15 jours), soit 87 jours. Par ailleurs M. C a présenté un déficit fonctionnel temporaire à 45 % durant les périodes du 10 juin au 18 juin 2019 (9 jours), du 20 juin au 24 septembre 2019 (97 jours), du 26 septembre 2019 au 30 mars 2020 (187 jours), du 1er avril 2020 au 28 février 2021 (334 jours), du 2 mars au 30 mai 2021 (90 jours), soit 717 jours. Enfin, le requérant a présenté un déficit fonctionnel temporaire de 35% du 15 juin jusqu'au 3 septembre 2021, soit 80 jours. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total de M. C en l'évaluant à la somme de 1 488 euros après application du taux de perte de chance de 20% retenu au point 6.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. C dans les suites de l'intervention en litige du fait du retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire qu'il a subie ont été évaluées par l'expert à 5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'indemnisant à hauteur de 2 700 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le retard de diagnostic puis de prise en charge de la compression médullaire subie par M. C alors qu'il était hospitalisé au sein du CH de La Ciotat a eu pour conséquence un préjudice esthétique temporaire pour l'intéressé évalué à 3,5 par l'expert sur une échelle de 1 à 7. Toutefois, ce préjudice n'apparaissant pas distinct du préjudice esthétique permanent, il n'y a pas lieu de l'indemniser séparément.

11. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction qu'aucun besoin en assistance par une tierce personne imputable directement aux conséquences des manquements fautifs de retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire que M. C a subi à la suite de la chute grave dont il a été victime le 25 février 2019 n'a été retenu par l'expert. Par suite, et en l'absence de justificatifs permettant d'établir ce besoin et de remettre en cause l'évaluation de l'expert sur ce point, la demande d'indemnisation formulée par les intéressés au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices permanents de la victime directe :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 25% par l'expert. Le requérant étant âgé de 19 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 10 500 euros après application du taux de perte de chance de 20%. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé a d'ores et déjà été indemnisé d'une partie de ce préjudice par son assureur, la MAIF, qui lui a versé une somme de 6 400 euros à titre d'avance sur l'indemnité qui sera mise à la charge du tiers responsable de l'accident. M. C ne pouvant être indemnisé deux fois du même poste de préjudice, il convient de retrancher cette somme dans la limite du taux de perte de chance retenu au point 6, en lien avec les manquements fautifs du CH. Dans ces conditions, M. C est fondé à obtenir une indemnité de 9 220 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les manquements retenus à l'encontre du CH de La Ciotat sont à l'origine pour M. C d'un préjudice esthétique permanent évalué à 3,5 par l'expert sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste en l'évaluant à la somme de 1 080 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

14. En troisième lieu, le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C, âgé de 17 ans au moment des faits, pratiquait le sport et notamment le basket-ball, ainsi que la gymnastique, sports pour lesquels il produit ses demandes de renouvellement de licences et inscriptions en clubs. Compte-tenu du montant retenu pour l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent de M. C, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation de son préjudice d'agrément à hauteur de 7 500 euros en réparation intégrale, soit 1 500 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

15. En quatrième lieu, s'il résulte de l'instruction que l'expert ne retient pas de préjudice érectile ou positionnel au bénéfice de M. C, les séquelles sphinctériennes en cause, chez un sujet jeune, entrainent nécessairement des difficultés d'ordre fonctionnel, des répercussions psychologiques et une diminution de la libido et de l'accès à la sexualité. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 10 000 en réparation, soit 2 000 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

16. En cinquième lieu, le préjudice scolaire tend à réparer la perte d'une ou plusieurs années d'études, l'allongement du temps des études, la modification ou le renoncement à certaines orientations, l'échec scolaire induit par le fait générateur, l'interruption d'une scolarité ordinaire, l'impossibilité totale d'être scolarisé. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'aucun préjudice scolaire ou universitaire n'est retenu par l'expert et la circonstance que M. C a été contraint, compte-tenu des séquelles sphinctériennes dont il souffre, de solliciter un tiers-temps pour les épreuves du baccalauréat, puis un aménagement d'épreuves afin de pouvoir composer à proximité des sanitaires et bénéficier de l'autorisation de s'y rendre durant la première heure de l'épreuve n'est pas de nature à caractériser un tel préjudice. Par ailleurs, il se borne à soutenir sans l'établir par aucune pièce qu'il a dû reporter d'une année sa scolarité en diplôme universitaire de technologie. Par suite, la demande d'indemnisation formulée par M. C au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.

17. En septième et dernier lieu, le préjudice d'incidence professionnelle a pour objet d'indemniser les incidences périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage ou encore du préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap.

18. Si M. C, mineur au moment des faits, n'a pas encore exercé d'activité professionnelle et qu'il n'est pas déclaré inapte à l'exercice de tout emploi, il résulte de l'instruction qu'il ne pourra exercer que des activités professionnelles compatibles avec ses séquelles et les contraintes qui en résultent et subit ainsi une dévalorisation sur le marché du travail. Dès lors que l'intéressé présente un déficit fonctionnel permanent significatif de 25% et qu'il est contraint d'effectuer plusieurs auto-sondages quotidiens, il sera fait une juste appréciation de son incidence professionnelle à hauteur de 12 000 euros.

19. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à obtenir la condamnation du CH de La Ciotat et de Relyens son assureur, à lui verser une somme de 29 988 euros en réparation de ses préjudices.

En ce qui concerne les préjudices de Mme D C, victime indirecte :

20. En premier lieu, Mme C se prévaut de la prise en charge de frais divers en lien direct et certain avec l'état de santé de son fils consécutif à sa prise en charge fautive au CH de La Ciotat et notamment des frais de déplacement, d'hébergement et de restauration. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante se contente d'évaluer ce préjudice à 4 000 euros sans produire de pièce justificative permettant d'en apprécier la réalité et le montant. Par suite, Mme C n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de ce poste de préjudice.

21. En deuxième lieu, le préjudice d'accompagnement est destiné à réparer les bouleversements sur leur mode de vie au quotidien, dont sont victimes les proches de la victime directe de l'accident médical, jusqu'au décès de celle-ci. Il concerne les proches ayant partagé une communauté de vie effective et affective avec la victime directe. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si M. C subi un déficit fonctionnel permanent de 25%, d'une part, un taux de perte de chance de 20% a été fixé au point 6 de la présente décision afin de tenir compte de son état antérieur résultant de la chute dont il a été victime le 25 février 2019, et d'autre part, il n'est pas décédé. Par suite, Mme C n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de ce poste de préjudice dont elle n'établit au demeurant pas l'existence.

22. En troisième et dernier lieu, le préjudice d'affection de Mme C résultant de la vue de la douleur et d'une forme de déchéance de son fils compte-tenu des séquelles sphinctériennes dont il souffre, sera justement indemnisé à hauteur de 7 500 euros en réparation intégrale, soit 1 500 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

23. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant-dire droit qui n'apparait pas justifiée en l'espèce, que Mme C est seulement fondée à obtenir la condamnation du CH de La Ciotat et de Relyens son assureur, à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation de son seul préjudice d'affection.

Sur les conclusions de la mutuelle assurance des instituteurs de France (MAIF) :

24. Il résulte de l'instruction que la MAIF, assureur de M. C et partie dans la présente instance, justifie par la production de pièces au dossier avoir pris en charge une avance de 6 400 euros. Par suite, elle est fondée à être subrogée dans les droits de son assuré à hauteur de ce montant et à en demander l'indemnisation à hauteur de 1 280 euros après application du taux de perte de chance de 20%.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or :

En ce qui concerne les débours :

25. Il résulte de l'instruction que la CPAM de Côte-d'Or sollicite la prise en charge de débours pour un montant total de 527 855,99 euros et produit une attestation d'imputabilité du médecin-conseil en date du 13 mars 2024. Le décompte produit par la caisse comprend les frais correspondant à six périodes d'hospitalisation de M. C entre le 2 mars 2019 et le 14 juin 2021, pour un montant global de 72 791,17 euros. La caisse indique également des frais médicaux du 2 avril 2019 au 3 septembre 2021 pour un montant de 3 298,40 euros, des frais pharmaceutiques du 21 avril 2019 au 3 septembre 2021 pour un montant de 614,07 euros, des frais de transport 2 avril au 1er juillet 2019 pour un montant de 606,44 euros et des frais d'appareillage du 15 mars 2019 au 3 septembre 2021 pour un montant de 10 446,12 euros. Enfin, le décompte des débours fait état de frais futurs à compter du 4 février 2024 à hauteur de 419 753,12 euros. L'attestation d'imputabilité du médecin-conseil qui n'est pas valablement contredite par l'AP-HM qui ne produit aucun élément en défense de nature à la remettre en cause alors que les dates d'engagement des frais sont bien situées entre la date des manquements fautifs dans la nuit du 1er au 2 mars 2019, en lien direct et certain avec les séquelles sphinctériennes dont souffre M. C, et la date de consolidation retenue au 3 septembre 2021. Par suite, la CPAM de Côte-d'Or est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 105 571,19 euros au titre de ses débours correspondant à des prestations strictement imputables aux manquements fautifs retenus et après application du taux de perte de chance de 20%.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

26. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM de Côte-d'Or est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros.

Sur les frais d'expertise :

27. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 4 520 euros par deux ordonnances du président du tribunal administratif de Marseille du 25 octobre 2023, à la charge définitive du CH de La Ciotat et de Relyens.

Sur les frais du litige :

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de La Ciotat et de Relyens une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par les consorts C et la MAIF et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le CH de La Ciotat et Relyens son assureur sont condamnés à verser une somme de 29 988 euros à M. C en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le CH de La Ciotat et Relyens sont condamnés à verser une somme de 1 500 euros à Mme C à titre de dommages et intérêts.

Article 3 : Le CH de La Ciotat et Relyens sont condamnés à verser une somme de 1 280 euros à la MAIF.

Article 4 : Le CH de La Ciotat et Relyens sont condamnés à verser une somme de 105 571,19 euros à la CPAM de Côte-d'Or en réparation de ses débours.

Article 5 : Le CH de La Ciotat et Relyens sont condamnés à verser une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité socialeà la CPAM de Côte-d'Or.

Article 6 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 4 520 euros sont mis à la charge définitive du CH de La Ciotat et de son assureur Reylens.

Article 7 : Le CH de La Ciotat et Relyens verseront une somme globale de 2 000 euros aux consorts C et à la MAIF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme D C, à la mutuelle assurance des instituteurs de France, au centre hospitalier de La Ciotat, à Relyens mutual insurrances et à la caisse primaire d'assurance maladie de Côte d'Or.

Copies en seront adressées au Dr A, expert médical et au Dr B, sapiteur.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

L. Journoud La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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