jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200012 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VAISSIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022, la Société Générale Entreprise Rénovation (GER), représentée par Me Vaissière, demande au tribunal :
1°) de condamner la Société d'économie mixte immobilière de la ville de Salon-de-Provence (SEMISAP) à lui verser la somme de 21 861,57 euros au titre du solde du marché et de la garantie à première demande ;
2°) de mettre à la charge de la SEMISAP une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la SEMISAP n'était pas fondée à mettre en œuvre la garantie à première demande dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de respecter ses obligations contractuelles et qu'elle a irrégulièrement fait procéder à la réalisation des travaux par une entreprise tierce ;
- le caractère définitif du décompte général s'oppose à ce que le maître d'ouvrage réclame des sommes correspondantes à la réalisation de travaux nécessaires aux désordres allégués et qui n'ont pas été mentionnées dans le décompte, et donc mette en œuvre la garantie à première demande ;
- il appartient à la SEMISAP de justifier de la notification du décompte général afin de prouver la tardiveté de son mémoire en réclamation ;
- les pénalités de retard ne sont pas fondées ;
- la retenue pour absence injustifiée n'est pas fondée ;
- la retenue pour absence de remise des DOE n'est pas fondée dès lors qu'elle a remis les documents le 19 janvier 2021 ;
- la retenue pour absence d'intervention durant la garantie de parfait achèvement n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, la SEMISAP, représentée par Me Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société GER une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les demandes se rapportant à la contestation du décompte général sont irrecevables dès lors que ce dernier est devenu définitif en l'absence de mémoire en réclamation adressé dans le délai de trente jours ;
- elle était bien fondée à mettre en œuvre la garantie à première demande pour pallier les défaillances de la société GER.
Un mémoire présenté par la société GER, enregistré le 4 juillet 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray ;
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- les observations de Me Vaissière, représentant la société requérante et de Me Chavalarias, représentant la SEMISAP.
Considérant ce qui suit :
1. En 2018, la SEMISAP a lancé une consultation pour la construction d'une maison intergénérationnelle composée d'une crèche et de dix logements. Par un acte d'engagement signé le 6 août 2018, elle a attribué à la société GER, pour un prix global et forfaitaire de 170 000 euros hors taxes (HT), la réalisation des travaux du lot n°3 " menuiseries extérieures-serrurerie ". La réception des travaux a été prononcée le 24 juillet 2020 avec réserves. À la suite de désordres apparus après la réception, la SEMISAP a fait intervenir une entreprise tierce et mis en œuvre la garantie à première demande. Par un courrier du 4 juin 2021 réceptionné le 7 juin 2021, la SEMISAP a notifié à la société GER le projet de décompte général du marché. La société GER a adressé, le 6 juillet 2021, un mémoire en réclamation sollicitant le versement de la somme de 14 061,57 euros TTC. La SEMISAP a rejeté cette demande le 26 juillet 2021. Par la présente requête, la société GER demande au tribunal de condamner la SEMISAP à lui verser la somme totale de 21 851,67 euros au titre du solde du marché et de la garantie à première demande qui lui a été prélevée.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes des stipulations de l'article 50.1.1 du CCAG " travaux " applicable au marché en litige suivant l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières : " 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / () / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général ()". Aux termes de l'article 3.2.1 du même document : " Tout délai mentionné au marché commence à courir à 0 heure, le lendemain du jour où s'est produit le fait qui sert de point de départ à ce délai ". Aux termes de son article 3.2.2 : " Lorsque le délai est fixé en jours, il s'entend en jours calendaires et il expire à minuit le dernier jour du délai ". Et aux termes de son article 3.2.4 : " Lorsque le dernier jour du délai est un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai est prolongé jusqu'à la fin du premier jour ouvrable qui suit, à minuit ".
3. Il résulte des stipulations de l'article 50.1.1 du CCAG précité, auxquelles le cahier des clauses administratives particulières du marché en cause ne déroge pas, que l'entrepreneur dispose d'un délai de trente jours à compter de la date à laquelle il a reçu notification du décompte général pour faire parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur un mémoire en réclamation. Si, avant l'expiration de ce délai, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas reçu le mémoire contestant le décompte final, celui-ci devient définitif et ne peut plus être contesté.
4. Il résulte de l'instruction que la SEMISAP a notifié le 7 juin 2021 à la société GER le décompte général du marché en litige. La société requérante a adressé son mémoire en réclamation, à destination de la SEMISAP, le mercredi 7 juillet 2021, qui l'a réceptionné le jeudi 8 juillet, alors que, en application des stipulations précitées, ce mémoire devait lui parvenir au plus tard le 7 juillet 2021 à minuit. Il s'ensuit que, ainsi que le fait valoir la SEMISAP, la réclamation était tardive, de sorte que le décompte général du marché en litige notifié le 7 juin 2021 a acquis un caractère définitif et ne peut dès lors plus être contesté.
5. Il résulte de ce qui précède que les demandes de la société GER sollicitant la condamnation de la SEMISAP à lui verser les sommes correspondantes aux pénalités de retard, à la retenue pour absence injustifiée, à la retenue pour absence de remise du dossier des ouvrages exécutés (DOE) et à la retenue pour absence d'intervention durant la garantie de parfait achèvement au titre du décompte général et définitif du marché sont, ainsi que le fait valoir la SEMISAP, irrecevables.
Sur la demande de restitution de la somme versée au titre de la garantie à première demande :
6. Aux termes de l'article 61 de l'ordonnance du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics, alors applicable : " Les marchés publics peuvent prévoir, à la charge du titulaire, une retenue de garantie, une garantie à première demande ou une caution personnelle et solidaire, dans les conditions et sous réserve des exceptions prévues par voie réglementaire ". L'article 122 du décret du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics prévoit dans sa rédaction applicable au marché litigieux : " Le marché public peut prévoir, à la charge du titulaire, une retenue de garantie qui est prélevée par fractions sur chacun des versements autres qu'une avance. () La retenue de garantie a pour seul objet de couvrir les réserves à la réception des travaux, fournitures ou services ainsi que celles formulées, le cas échéant, pendant le délai de garantie. / Le délai de garantie est le délai pendant lequel l'acheteur peut formuler des réserves sur des malfaçons qui n'étaient pas apparentes ou dont les conséquences n'étaient pas identifiables au moment de la réception () ". Aux termes de l'article 5 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " Il est prévu une retenue de garantie de 5% qui sera appliquée sur chaque demande de paiement. Le titulaire pourra remplacer la retenue de garantie par une garantie à première demande () ".
7. Aux termes de l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales " travaux ", applicable au marché litigieux : " Le délai de garantie est, sauf prolongation décidée comme il est précisé à l'article 44. 2, d'un an à compter de la date d'effet de la réception. / Pendant le délai de garantie, () le titulaire est tenu à une obligation dite obligation de parfait achèvement, au titre de laquelle il doit : () b) Remédier à tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre, de telle sorte que l'ouvrage soit conforme à l'état où il était lors de la réception ou après correction des imperfections constatées lors de celle-ci () ". L'article 12.6 du cahier des clauses administratives particulières du marché prévoit que : " le délai de garantie prévu à l'article 44.1 du CCAG travaux ne fait l'objet d'aucune stipulation particulière () ".
8. Il résulte de l'instruction que la société GER s'est vue délivrer, le 28 février 2019, par la CIC Lyonnaise de Banque, une garantie à première demande à hauteur de 10 200 euros. Il n'est pas contesté que la réception des travaux a été prononcée le 24 juillet 2020 avec réserves ne portant pas sur les désordres en cause. Il résulte de l'instruction que la SEMISAP a signalé à la société GER l'existence de désordres affectant l'espace intergénérationnel et relevant de son champ d'intervention par courriel du 29 avril 2021 puis par une mise en demeure adressée le 4 mai 2021 et un courriel de rappel du 27 mai 2021, soit dans le délai de garantie d'un an prévu à l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales précité. Par un courrier du 17 mai 2021, adressé par son conseil, et par un email du 27 mai 2021, la société GER a fait savoir qu'elle était d'accord sur le principe d'une intervention mais n'a toutefois pas réalisé les travaux demandés. Dès lors que la société GER n'a pas procédé à la reprise des malfaçons signalées par le maître d'ouvrage, la SEMISAP était fondée à prélever sur le montant de la retenue de garantie une part de 7 800 euros destinés à couvrir le coût des travaux de reprise réalisés par la société TFMS, lesquels sont justifiés par des devis et factures correspondantes. Contrairement à ce que soutient la société GER, le prélèvement de cette garantie est distinct des pénalités mises à sa charge dans le décompte général en application de l'article 8.2.3 du cahier des clauses administratives particulières pour défaut d'intervention pendant la garantie de parfait achèvement, à hauteur de 100 euros par jour de retard. Enfin, la circonstance que la SEMISAP ait notifié le projet de décompte à la société GER le 7 juin 2021 ne faisait pas obstacle à ce que la SEMISAP lui réclame le coût des travaux nécessaires à la reprise des désordres constatés durant la garantie de parfait achèvement. La société GER n'est dès lors pas fondée à réclamer la restitution de la retenue de garantie opérée par la SEMISAP.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société GER doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SEMISAP, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société GER demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société GER une somme de 2 500 euros au titre des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société GER est rejetée.
Article 2 : La société GER versera une somme de 2 500 euros à la SEMISAP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société Générale Entreprise Rénovation et à la Société d'économie mixte immobilière de la ville de Salon-de-Provence.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026