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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200243

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200243

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200243
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CERMOLACCE - GUEDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Cermollace, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la métropole d'Aix-Marseille Provence et la compagnie d'assurance de cette dernière, la MATMUT, à lui verser la somme de 46 737,95 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son accident de la circulation le 15 décembre 2018 à Septèmes-les-Vallons ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la métropole d'Aix-Marseille Provence et de la compagnie d'assurances MATMUT la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le chemin du Pigeonnier sur lequel il circulait, sur le territoire de la commune de Septèmes-les-Vallons, était affecté d'un défaut d'entretien normal résultant de la présence de verglas non signalisée ;

- le lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public est démontré ;

- aucune faute ne peut lui être reprochée ;

- il est en droit de voir prises en charge ses dépenses de santé, les frais d'assistance à expertise, les frais d'expertise et de communication du dossier et à obtenir réparation de ses préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux pour une somme globale de 46 737,95 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, la société MATMUT, représentée par Me Gasior, conclut au rejet des conclusions formées à son encontre par M. C, à ce que la métropole d'Aix-Marseille Provence soit condamnée au versement de la somme de 531,33 euros correspondant aux sommes qu'elle a avancées en exécution du contrat qui la lie à ce dernier, et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions de la requête sont mal dirigées, dès lors qu'elle est l'assureur du requérant et non de la métropole d'Aix-Marseille Provence ;

- la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille Provence est pleinement engagée.

La requête a été communiquée à la métropole d'Aix-Marseille Provence, qui n'a pas produit d'observations.

La requête a également été communiquée à la Caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG) et à la Mutieg A Asso, qui n'ont pas produit d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 décembre 2023.

Par un courrier du 2 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête dirigées contre la MATMUT, avec laquelle M. C a conclu un contrat d'assurance de droit privé.

Le 3 septembre 2024, M. C a produit des observations en réponse au moyen relevé d'office et déclare se désister purement et simplement de ses conclusions dirigées contre son assureur, la MATMUT.

Vu :

- l'ordonnance n° 2006066 du 6 janvier 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Marseille, désignant le Dr B D ;

- le rapport d'expertise médicale déposé au greffe du tribunal le 8 juillet2024 ;

- l'ordonnance n° 2006066 du 1er mars 2021 par laquelle la vice-présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Cermollace pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C soutient avoir chuté, le 15 décembre 2018, alors qu'il circulait à scooter chemin du Pigeonnier, sur le territoire de la commune de Septèmes-les-Vallons, en raison d'une plaque de verglas non signalisée. La métropole d'Aix-Marseille-Provence ayant expressément rejeté le 11 février 2020 la demande préalable d'indemnisation qu'il lui avait adressée à la suite de cet accident, M. C demande au tribunal de condamner cette collectivité à lui verser une somme globale de 46 737,95 euros en réparation des préjudices en résultant et sa compagnie d'assurances.

Sur les conclusions dirigées contre la MATMUT :

2. Par un mémoire du 3 septembre 2014, M. C a déclaré se désister de ses conclusions indemnitaires dirigées contre la MATMUT. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions dirigées contre la métropole d'Aix-Marseille Provence :

En ce qui concerne la responsabilité :

3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité, maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que l'accident dont M. C a été victime le 15 décembre 2018 a eu lieu sur une route dont la gestion incombe à la métropole d'Aix-Marseille Provence. Par suite, le requérant est fondé à rechercher la responsabilité de cette collectivité.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de la police municipale, dressé le jour de l'accident, que M. C a été victime d'un accident de scooter le 15 décembre 2018, dont la police municipale a été avisée par les pompiers vers 12h, en raison de la présence d'une " grande plaque de verglas au carrefour du chemin ", à l'origine de difficultés rencontrées par plusieurs véhicules sur la voie de circulation. En outre, aux termes de son attestation datée du 4 janvier 2019, le centre d'incendie et de secours des Pennes-Mirabeau/Septèmes les Vallons confirme l'intervention de ses pompiers à 11h59, pour cet accident impliquant un seul véhicule, le deux-roues de M . C, ceux-ci ayant procédé au transport de l'intéressé au centre hospitalier Nord de Marseille dans les suites immédiates de l'accident. Ces faits sont corroborés par le témoignage établi le 22 janvier 2019 par une automobiliste qui indique avoir assisté à l'accident et avoir patiné avec son véhicule sur la plaque de verglas, ainsi que celui d'un riverain, dans son attestation du 22 janvier 2019, qui expose que le croisement entre le chemin de Velaux et le chemin du Pigeonnier, qui délimite le territoire des communes précitées, est quotidiennement baigné d'eau coulant de la colline en hiver, et verglacé quand il fait très froid. [0]Dans ces conditions, tant la matérialité que les circonstances de l'accident de M. C sont établies. Il n'est pas contesté qu'en dépit de la récurrence de la présence de verglas résultant de la topographie des lieux de l'accident, aucune signalisation n'a été apposée, ni le lien de causalité directe entre le défaut d'entretien normal de l'ouvrage en cause et le dommage invoqué par le requérant. Il suit de là que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence est engagée en sa qualité de maître d'ouvrage au titre du défaut d'entretien normal de la voie à l'origine des conséquences dommageables de l'accident survenu le 15 décembre 2018.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

6. En premier lieu, M. C doit être regardé comme sollicitant une indemnité de 6 378 euros, au titre du préjudice économique subi constitué par la diminution de sa prime annuelle de performance contractuelle perçue pour l'année 2019, en raison de son arrêt de travail du 15 décembre 2018 au 5 septembre 2019. Il résulte de l'instruction, et notamment des bulletins de salaire versés d'août 2017, juillet 2018, juillet 2019 et juillet 2020 que le requérant a, s'agissant des exercices travaillés ouvrant au bénéfice de la prime en cause, perçu une prime de performance contractuelle d'un montant annuel moyen de 1 900 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice en fixant l'indemnité destinée à le réparer à la somme de 1 222 euros, correspondant à la différence entre le montant moyen de la prime en cause et celui qu'a perçu M. C au titre de l'exercice 2020, arrêté à 678 euros. La métropole d'Aix-Marseille-Provence est condamnée à verser cette somme.

7. En deuxième lieu, M. C justifie avoir engagé des frais afin d'être assisté lors des opérations d'expertise à hauteur de la somme de 600 euros par la production d'une facture de son médecin conseil. Par suite, la métropole d'Aix-Marseille-Provence doit être condamnée au versement de la somme de 600 euros.

8. En troisième lieu, M. C demande le versement d'une indemnité de 150,45 euros au titre des frais pharmaceutiques et médicaux non pris en charge par les organismes sociaux. [0]Il résulte toutefois de l'instruction que, par des versements intervenus les 16 décembre 2021 et 2, 11 février et 7 mars 2022, la société MATMUT, assureur de M. C, a remboursé ces frais en lui versant une somme globale de 531,32 euros au titre de ce reste à charge. Par suite, ce chef de préjudice doit être rejeté.

9. En dernier lieu, M. C sollicite le versement d'une indemnité de 2 232 euros pour l'aide humaine, préconisée par l'expert, dont il a bénéficié pendant sa période de déficit fonctionnel temporaire à 50 %. Toutefois, il n'est ni allégué, ni même établi par une quelconque production que l'intéressé a bénéficié de l'assistance d'une tierce personne au cours de la période envisagée, et ce chef de préjudice doit donc être également rejeté.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. C a supporté, du fait de l'accident dont il a été victime, une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 100 % correspondant à ses hospitalisations en ambulatoire les 27-28 décembre 2018, 3 janvier et 14 juin 2019, une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 15 décembre 2018 au 2 janvier 2019 et du 4 janvier 2019 au 15 février 2019, puis de 25 % du 16 février 2019 au 16 avril 2019 et enfin, de 10 % du 17 avril 2019 au 13 décembre 2019, date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant l'indemnité due à ce titre à la somme de 932 euros.

11. En deuxième lieu, selon les conclusions du rapport d'expertise, les souffrances endurées par M. C, qui a dans un premier temps fait l'objet d'un diagnostic erroné s'agissant de sa blessure au pied, puis subi trois interventions chirurgicales, doivent être évaluées à 3,5 sur une échelle allant de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressé la somme de 5 400 euros.

12. En troisième lieu, M. C sollicite d'une part une somme de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire évalué par l'expert, pour les périodes de déficit fonctionnel temporaire à 50 %, entre le 15 décembre 2018 et le 2 janvier 2019, puis entre le 4 janvier 2019 et le 15 février 2019, à 1,5 sur 7, et d'autre part une indemnité de 1 500 euros en réparation de son préjudice esthétique permanent, que l'expert évalue à 0,5/7, pour le port de cannes, d'une botte de marche pendant ces périodes et au regard de la présence de " deux cicatrices ponctiformes à peine visibles sur le bord interne du pied ". En l'absence d'altération majeure de l'apparence physique du requérant, il n'y a pas lieu d'indemniser ces chefs de préjudice.

13. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. C souffre, après consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent de 10 % in globo, au regard de l'existence de douleurs mécaniques et d'une raideur persistante du lisfranc retentissant sur la marche, ainsi que d'un enraidissement des orteils. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, pour un homme de 60 ans à la date de consolidation présentant des séquelles modérées, en évaluant l'indemnité destinée à réparer ce déficit à la somme de 6 500 euros.

14. En dernier lieu, M. C sollicite une indemnité de 3 000 euros en réparation de son préjudice d'agrément. Si l'expert fait état d'une gêne à la pratique sportive déclarée sans inaptitude, en se bornant à produire une attestation d'une amie mentionnant leur rencontre à l'aquagym, M. C ne justifie pas de la pratique régulière de cette activité sportive avant l'accident. Ce chef de préjudice devra donc être rejeté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la condamnation de la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme globale de 14 654 euros.

Sur l'action subrogatoire de la MATMUT :

16. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances, applicable en matière d'assurance aux véhicules : " l'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui par leur fait ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". L'assureur qui bénéficie de la subrogation instituée par les prescriptions de l'article L. 121-12 du code des assurances dispose de la plénitude des droits et actions que l'assuré qu'il a dédommagé aurait été admis à exercer à l'encontre de toute personne responsable, à quelque titre que ce soit, du dommage ayant donné lieu au paiement de l'indemnité d'assurance. Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré.

17. Il résulte de l'instruction que la MATMUT, en sa qualité d'assureur du véhicule à deux roues de M. C, a remboursé à ce dernier la somme de 531,33 euros pour les frais médicaux et pharmaceutiques restés à sa charge. La MATMUT est ainsi, dans la limite de ces sommes, régulièrement subrogée dans les droits et actions de M. C. Par suite, la métropole d'Aix-Marseille Provence est condamnée à verser cette somme à l'assureur du requérant.

Sur la déclaration de jugement commun :

18. La CAMIEG et la Mutieg A Asso, mises en cause, n'ont pas produit d'observations. Il y a lieu, dès lors, de leur déclarer commun le présent jugement.

Sur les dépens :

19. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 900 euros par une ordonnance de la première vice- présidente du tribunal du 1er mars 2021. Il y a lieu de mettre ces dépens à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille Provence.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la métropole d'Aix-Marseille-Provence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la MATMUT présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la requête de M. C dirigées contre la MATMUT.

Article 2 : La métropole d'Aix-Marseille-Provence est condamnée à verser à M. C une somme de 14 654 euros (quatorze mille six cent cinquante-quatre) euros.

Article 3 : La métropole d'Aix-Marseille-Provence est condamnée à verser à la MATMUT une somme de 531,33 (cinq cent trente-et-un et trente-trois centimes) euros.

Article 4 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 900 euros (neuf cents) euros sont mis à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille Provence.

Article 5 : La métropole d'Aix-Marseille-Provence versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de la MATMUT présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement est déclaré commun à la CAMIEG et à la Mutieg A Asso.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à la MATMUT, à la CAMIEG et à la Mutieg A Asso.

Copie en sera adressée pour information à M. B D, expert.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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