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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200392

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200392

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200392
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantFOUDIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2022 et le 21 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Foudil, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de ses revenus de 2016 et 2017 ;

2°) de prononcer la décharge de la majoration de 25 % appliquée aux bénéfices non commerciaux des années 2016 et 2017 ainsi que celle de la majoration de 40% appliquée sur le fondement des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts.

Il soutient que :

- il justifie de la déductibilité de l'intégralité voire d'au moins 2/3 des sommes versées à ses parents au titre de la pension alimentaire pour l'année 2017 ;

- la majoration prévue par l'article 158-7 du code général des impôts s'appliquant à la base d'imposition des revenus des titulaires de bénéfices non commerciaux non adhérents d'un organisme de gestion agréé viole l'article 1er du premier protocole additionnel à la déclaration européenne des droits de l'homme, ainsi que l'a jugé la cour européenne des droits de l'homme dans son arrêt du 7 décembre 2023 Waldner c/ France ;

- l'administration ne rapporte pas la preuve de son intention d'éluder l'impôt ; dès lors, l'application de la majoration de 40% pour manquement délibéré est injustifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur ses déclarations de revenus des années 2016 et 2017, à l'issue duquel une proposition de rectification en date du 17 juin 2019 lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et contribution sur les hauts revenus. Les impositions en découlant ayant été mises en recouvrement le 30 janvier 2020, et la réclamation contentieuse qu'il a formulée le 5 mars 2020 ayant fait l'objet d'une décision de rejet du 10 novembre 2021, M. A demande au tribunal, dans la présente instance, de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hautes revenus mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la pension alimentaire :

2. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : () / II - Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () / 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions par les articles 205 à 211 du code civil () ". Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Aux termes de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit () ".

3. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification en date du 17 juin 2019, que M. A a déduit de sa déclaration 2042, au titre de l'année 2017, une pension alimentaire d'un montant de 36 978 euros qu'il soutient avoir versée au profit de ses parents domiciliés au Mali.

4. D'une part, le requérant affirme que si sa sœur est bénéficiaire des mandats Western Union dont il produit les bordereaux, c'est en raison de la nécessité que celle-ci soit un intermédiaire du fait de l'âge avancé et de l'état de santé dégradé de leurs parents. Alors que M. A pouvait recourir à tous modes de preuve de droit commun afin de justifier du versement effectif de la pension alimentaire à ses parents, ou de l'utilisation effective des sommes pour les besoins de ces derniers, il ne produit toutefois aucun élément de fait probant, se bornant à verser au dossier un acte d'huissier en date du 10 avril 2018 retranscrivant une déclaration verbale d'emploi des fonds par sa sœur.

5. D'autre part, M. A ne démontre pas davantage que ses parents étaient dans le besoin au sens de l'article 208 du code civil en se bornant à produire un certificat délivré par les services fiscaux du Mali, lequel atteste que M. et Mme B A ne disposent pas de revenu imposable, mais sans comporter aucune indication quant à la période couverte par l'attestation ou le type de déclaration déposée.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la déductibilité de la somme en litige de ses revenus au titre des pensions alimentaires pour l'année 2017. Dans ces conditions, la circonstance que la déduction du versement de la pension alimentaire de 26 964 euros en 2016 a été accordée, seule l'année 2017 ayant donné lieu à rectification, demeure sans incidence. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à demander la déductibilité de l'intégralité ou des 2/3 des sommes qu'il déclare avoir versées au titre de la pension alimentaire au profit de ses parents.

En ce qui concerne l'application de la majoration de 25 % aux bénéfices non commerciaux :

7. Pour contester la majoration de 25 % appliquée, pour le calcul des cotisations d'impôt en litige, à ses bénéfices non commerciaux, en application des dispositions du 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, M. A fait valoir, pour la première fois dans son mémoire du 21 décembre 2023, que cette disposition législative méconnaît les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Aux termes, d'une part, du 7 de l'article 158 du code général des impôts dans sa rédaction applicable à compter du 1er janvier 2010 : " Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion ou association agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater H, () ".

9. Aux termes, d'autre part, de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour () assurer le paiement des impôts () ".

10. Les centres de gestion ou associations agréés mentionnés au 7 de l'article 158 du code général des impôts ont été institués pour procurer à leurs adhérents une assistance technique en matière de tenue de comptabilité et favoriser une meilleure connaissance des revenus non salariaux. Ces dispositions, complétées par la loi du 27 décembre 2008 portant loi de finances pour 2009, prévoient que la majoration n'est pas applicable aux contribuables qui, sans adhérer à une association, font appel " aux services d'un expert-comptable, d'une société membre de l'ordre ou d'une association de gestion et de comptabilité, autorisé à ce titre par l'administration fiscale " et ayant conclu une convention avec cette dernière.

11. Le législateur a ainsi entendu encourager sur le plan fiscal l'adhésion à un tel organisme ou le recours à un expert-comptable afin, d'une part, de mettre en œuvre l'objectif constitutionnel de lutte contre l'évasion fiscale, d'autre part, d'améliorer les conditions d'établissement et de recouvrement de l'impôt.

12. Toutefois, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé, dans son arrêt rendu le 7 décembre 2023 dans l'affaire n° 26604/16 Waldner c/ France, d'une part, que la méthode choisie par le législateur pour atteindre le but qu'il s'était fixé, consistant à assurer le paiement de l'impôt au moyen d'une majoration de l'assiette de l'impôt dû par les non-adhérents à une association agréée, à laquelle l'adhésion n'était pourtant pas obligatoire, et par les contribuables concernés ne faisant pas appel à un autre professionnel agréé, alors qu'une telle faculté leur était pourtant accordée par la loi, ne reposait pas suffisamment sur une " base raisonnable " car contraire à la philosophie générale du système basé sur des déclarations du contribuable présumées faites de bonne foi et correctes, d'autre part, que le taux de la majoration automatiquement applicable, à hauteur de 25 %, entraînait une surcharge financière disproportionnée à l'encontre du contribuable. La Cour en a déduit que la méthode retenue par le législateur au 7 de l'article 158 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable, avait rompu le juste équilibre qui doit exister entre les impératifs de l'intérêt général et ceux de la sauvegarde des droits fondamentaux de l'individu.

13. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que le a du 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts dont l'administration a fait application est contraire aux stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, par suite, à demander la décharge de la majoration de 25 % prévue par cette disposition et appliquée aux suppléments d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, auxquels il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la réduction, en droit et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 à raison de l'application à tort de la majoration prévue au 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts au montant des bénéfices non commerciaux.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

15. L'article 1729 du code général des impôts dispose que : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

16. Il résulte de la proposition de rectification du 17 juin 2019 que, pour justifier l'application à M. A de la majoration pour manquement délibéré prévue aux dispositions citées au point précédent, l'administration fiscale a considéré qu'en déclarant qu'il était adhérant à une association de gestion agréée au titre des années 2016 et 2017 alors qu'il ne pouvait ignorer qu'il en avait été radié avec effet rétroactif au 31 décembre 2015, le contribuable a cherché à éviter une imposition de son bénéfice avec une majoration de 25 %.

17. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 14 que l'application de la majoration de 25 % aux bénéfices non commerciaux de M. A en raison du défaut d'adhésion de celui-ci à une association agréée méconnaît les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le présent jugement prononce par suite la décharge du montant de cette majoration. En conséquence, M. A est fondé à demander également la décharge de la majoration pour manquement délibéré, laquelle n'est justifiée que par sa déclaration à tort d'adhésion à une association de gestion agréée.

D E C I D E :

Article 1er : La base d'imposition de M. A à l'impôt sur le revenu, aux contributions sociales et à la contribution sur les hauts revenus des années 2016 et 2017 est réduite de la majoration de 1,25 appliquée à tort au montant de ses bénéfices non commerciaux.

Article 2 : M. A est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 à hauteur de la réduction en base définie à l'article 1er.

Article 3 : M. A est déchargé des majorations pour manquement délibéré de 40 % mises à sa charge sur le fondement des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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